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Tok-tok : La fin de la pagaille ?

Malak Mostafa , Mercredi, 03 août 2022

Des véhicules électriques devront remplacer prochainement les tok-toks, à l’origine de nombreux problèmes. Le projet sera appliqué dans la ville du 6 Octobre, avant sa généralisation à l’ensemble du pays.

Tok-tok : La fin de la pagaille ?
Les tok-toks à l’origine de plusieurs problèmes de circulation.

Dans une nouvelle initiative visant à en finir avec le phénomène du tok-tok qui a envahi le pays, la ville du 6 Octobre, en banlieue sud du Caire, vient d’annoncer la réception du premier véhicule électrique qui sera examiné avant d’être généralisé dans le cadre du projet du remplacement des tok-toks par des véhicules électriques. Selon Adel Al-Naggar, chef de l’Organisme de développement de la ville du 6 Octobre, les nouveaux véhicules sont «économes en énergie, respectueux de lenvironnement, légers et rapides ». Ce choix est une solution aux multiples problèmes que cause la circulation des tok-toks, devenus l’icône de l’anarchie dans la rue égyptienne. « On a pensé à cette alternative pour remédier à ce problème sans porter atteinte au gagne-pain de millions de familles dont les revenus dépendent de ce travail », explique Al-Naggar, faisant savoir que la première phase commencera par 500 véhicules électriques. Ceux-ci, dont le prix n’a pas été encore déterminé, sont fabriqués par l’entreprise Dolibaat Egypt avec un composant local de 45 % qui devrait atteindre 65 %. Ces véhicules à quatre roues et des portes, contrairement aux tok-toks circulant sur trois roues et sans portes, auront un permis de conduire et des plaques métalliques. Ils sont d’ailleurs modernes, dotés du système GPS, plus confortables et équipés de climatiseurs et de vitres électriques. Le véhicule, dont la batterie est chargée pendant 2 heures et demie, pourra parcourir une distance de plus de 100 kilomètres. Sur les procédures du remplacement, Al-Naggar a fait savoir que le propriétaire d’un toktok le livrera à l’Organisme de la ville tout en présentant les papiers de propriété. Le prix du tok-tok sera alors évalué de manière à être considéré comme un acompte pour l’achat du véhicule électrique. Le reste de la somme sera fiancé à crédit par une banque, avec des échéances mensuelles sur 10 ans sans intérêts. Alors que le gouvernement envisage de généraliser ce projet vers la fin de l’année, Dolibaat Egypt a signé un protocole de coopération avec le syndicat des Ingénieurs pour établir 28 centres de formation pour les ingénieurs et les techniciens dans le domaine des voitures électriques, en plus de son plan ambitieux d’établir 1 000 centres de service, de maintenance et de recharge électrique.


Le premier véhicule électrique expérimenté à la ville du 6 Octobre.

Nombreux avantages

Un projet « multidimensionnel » qui vient remédier au phénomène de la propagation dérangeante des toktoks dans les rues du Caire, comme l’estime Hassan Mahdi, expert des routes et de la circulation. « Ce projet devra remédier aux inconvénients de la circulation des tok-toks dans les rues et les ruelles du Caire de façon qui a aggravé les problèmes de circulation et était derrière la hausse du nombre daccidents et de crimes, surtout quils ne sont pas immatriculés », explique Mahdi. Selon les chiffres du ministère du Développement local, il existe 3,4 millions de tok-toks dont seuls 340 000 sont immatriculés, alors que 40 % de leurs conducteurs sont des enfants de moins de 18 ans qui ne disposent pas de permis de conduire. L’apparition des tok-toks à trois roues a commencé en 2005 avec l’exportation d’un grand nombre à prix bas. Ils se posaient alors comme un moyen de transport léger et à tarif réduit pour transporter les passagers, notamment dans les ruelles étroites aux quartiers ruraux et populaires où les voitures et les autres moyens de transport ne pouvaient y accéder. « Or, le phénomène sest rapidement transformé en pagaille en voyant des enfants qui les conduisent commettre maintes infractions du code de la route sans être sanctionnés puisque ces véhicules circulent sans plaque métallique. Plus grave encore, plusieurs crimes de vols, enlèvements et commerce illégal de drogue ont été commis par les conducteurs de ce véhicule. Doù limportance davoir un alternatif légalisé et sécurisé », argumente Mahdi. Sur un autre volet, il note qu’actuellement, alors que des changements radicaux sont en cours dans le monde de la mobilité avec la transition vers le transport vert, l’Egypte a pris des décisions décisives, pour suivre cette transition vers l’énergie électrique dont le lancement du premier train électrique léger, l’augmentation du nombre des bus électriques sans oublier le projet en cours du premier chemin de fer électrique. « Cest dans ce contexte que lalternative électrique au tok-tok présente des avantages importants car cest une voiture à zéro émission carbonique qui économise 45 % du coût du carburant et 30 % des frais du maintien en comparaison avec la voiture à essence. Ce qui va de pair avec lorientation de lEtat de se tourner vers le transport vert et sera aussi au profit des ses utilisateurs », ajoute Mahdi.

Vision partagée par le député Mahmoud Al-Dabaa, membre de la commission du transport à l’Assemblée des députés, qui assure que ce projet offre une meilleure sécurité à la fois pour le conducteur et les passagers. « Il sagit dun véhicule à 4 roues au lieu de 3 et donc plus stable. Il sera en plus immatriculé et leurs conducteurs auront des permis de conduire. Il faut préparer un projet de loi exigeant que le chauffeur ait un permis de conduire, subisse un test de dépistage de la drogue et soit titulaire dun casier judiciaire vierge », explique Al-Dabaa. Et d’ajouter : « Les nouveaux véhicules électriques fonctionnent de la même manière quUber, cest-à-dire par commande, ce qui offrira un meilleur service et maximisera les revenus de leurs propriétaires ». Le député estime cependant que le projet de remplacement ne sera pas facile à généraliser à cause d’une probable résistance de la part des détenteurs des tok-toks. Il rappelle que les précédentes mesures prises pour lutter contre ce phénomène n’ont pas abouti (voir fiche). « Cela nécessite une intervention législative rendant obligatoire le remplacement des tok-toks par ces véhicules électriques ou les autres alternatives que prépare le gouvernement comme la voiture à gaz-essence. Il faut aussi travailler sur la sensibilisation de la société aux dégâts du tok-tok et aux avantages des nouveaux véhicules », estime Al-Dabaa, soulignant que les lois sont importantes, mais que leur mise en application est encore plus importante.

Les mesures prises par le gouvernement pour lutter contre le phénomène du tok-tok :

2014 : Interdiction d’importation des tok-toks.

2019 : Lancement du projet de substitution des tok-toks par des voitures mini-van de 7 passagers. Un projet qui n’a pas vu le jour à cause de la hausse des prix des voitures proposées.

2020 : Interdiction de la circulation des tok-toks aux principales rues et places et la confiscation de tout véhicule contrevenant.

2021 : Interdiction de l’importation des pièces détachées et des composants de base des tok-toks.   

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