Egypte > Egypte >

Ayman Abdel-Wahab : Ce dialogue vise en premier lieu l’intérêt de l’Egypte

Chaïmaa Abdel-Hamid, Mercredi, 11 mai 2022

Le président Abdel-Fattah Al-Sissi a appelé à un dialogue politique global. Quels sont ses objectifs, son importance et les principaux axes qui y seront traités ? Eléments de réponse avec Ayman Abdel-Wahab, vice-directeur du CEPS.

Ayman Abdel-Wahab

Al-Ahram Hebdo : Pourquoi le président de la République a-t-il, selon vous, appelé à un dialogue national en ce moment précis ? Et quels indices reflète cet appel ?

Ayman Abdel-Wahab : Cette initiative présidentielle reflète plusieurs indices. Le premier est que les priorités qui s’imposaient à l’Etat depuis plusieurs années, comme la lutte antiterroriste et l’imposition de la sécurité ont commencé à laisser leur place à de nouvelles priorités tout aussi importantes pour la phase actuelle, notamment les défis économiques, politiques et sociétaux. Les défis sécuritaires et de la lutte contre le terrorisme ont contribué à ce que nous pouvons appeler « un vide politique » et ont également eu leurs échos sur les secteurs sociaux et culturels.

L’autre indice, c’est que ce dialogue va de pair avec le concept de la Nouvelle République qui vise à élargir la participation effective des acteurs sociétaux et des forces politiques et économiques dans tous les défis qu’affronte l’Etat. Enfin, le troisième indice concerne la nécessité urgente de parvenir à des solutions palpables pour faire face aux crises économiques et les défis qu’affronte l’Egypte, surtout à la suite de la crise du Covid-19 ou de la guerre russo-ukrainienne. Tous ces facteurs expliquent l’urgence de tenir ce dialogue national global.

— Quel objectif devra-t-il être réalisé par ce dialogue ? Et quelles forces vont y participer ?

— L’objectif de ce dialogue politique est de faire participer tous les acteurs de la société à un processus de prise de conscience de l’ampleur et de la nature des défis imposés à l’Etat égyptien dans l’étape à venir et de tenter de présenter des visions élaborées pour surmonter ces défis. Raison pour laquelle le président de la République a insisté à élargir la participation de toutes les forces à ce dialogue. La participation est ouverte à toutes les forces et partis politiques et sociales, y compris l’opposition, les syndicats, les chefs des tribus du Sinaï, les hommes d’affaires et autres. C’est pour cela que nous espérons que ces forces, par leurs différentes tendances, non seulement répondront à cet appel, mais surtout présenteront une participation active et contribueront à réaliser les objectifs de ces rencontres.

— Quels sont, selon vous, les défis qui s’imposent à ces rencontres ?

— Le principal défi c’est de pouvoir organiser le dialogue et la participation énorme de tous les acteurs avant d’engager le dialogue lui-même. Comme première étape, il faut déterminer, en présence d’un représentant de chaque secteur, la vision globale et la philosophie du dialogue. Ensuite, les principaux objectifs et sous-objectifs à atteindre doivent être identifiés. Enfin, il faut s’entendre sur le mécanisme de gestion de ce dialogue et prioriser les discussions selon un ordre logique. Suivre ce plan d’action et s’entendre sur les personnes qui dirigeront le dialogue et définir un calendrier de travail, tous sont, à mon avis, les facteurs de réussite du dialogue national.

— Certains dossiers vont sans doute s’imposer sur ces rencontres. Quels sont les plus importants ?

— Les dossiers qui s’imposeront sont ceux jugés prioritaires pour la phase actuelle. Il s’agit notamment des défis économiques qui seront sans doute en tête des priorités, suivi des questions politiques et sociétales, comme la détention provisoire, l’explosion démographique, la citoyenneté et d’autres. J’espère aussi que les cadres participant à ce dialogue ne négligeront pas les questions sociales et culturelles qui relèvent également d’une grande importance. Celles-ci représentent le moyen de reconquête de la société et le renforcement de sa structure sociale toujours dans le but de faire face aux défis et aux difficultés.

— Comment les partis et les forces politiques devront-ils se préparer pour réaliser les objectifs du dialogue national ?

— Tous les partis et forces politiques doivent travailler à se construire et se redresser intérieurement. Nous avons besoin de réorganiser les forces politiques et sociétales en Egypte pour que celles-ci puissent jouer un rôle effectif dans la société et mettre fin au gel politique dont ils souffrent. Car ils représentent un acteur important pour contrer les défis.

Concernant le dialogue, il ne faut surtout pas le transformer en une occasion de présenter les désirs et les revendications pour gagner l’opinion publique. Tous les participants sont appelés à présenter une vision stratégique des problèmes, de proposer des solutions et de fixer un calendrier pour y faire face, et même de présenter une étude du coût et des moyens de leur résolution. Il s’agit donc de définir les responsabilités de l’Etat, aussi bien que celles des institutions de la société civile et les hommes d’affaires, conformément à la réalité et aux capacités de l’Etat.

— Quelle est l’importance de la participation des figures de l’opposition à ce dialogue ?

— Ces forces ne participent pas en tant qu’opposition. Au contraire, ils sont appelés en tant que figures actives dans la société, afin de mettre leurs différends de côté. Ces différends sont acceptables quand on parle de position politique, mais aujourd’hui, ce dialogue est un dialogue national qui vise à soutenir l’Etat devant tous les défis qu’il affronte. Il s’agit d’un dialogue qui vise en premier lieu l’intérêt de l’Egypte loin de tout intérêt personnel. Ils sont donc appelés à jouer leur rôle avec responsabilité, loin de tout échange d’accusations ou de marchandages.

Lien court:

 

En Kiosque
Abonnez-vous
Journal papier / édition numérique