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L’Egypte dénonce une nouvelle violation éthiopienne

Chaïmaa Abdel-Hamid, Mercredi, 02 mars 2022

Après les déclarations éthiopiennes selon lesquelles le déclarations éthiopiennes a commencé la production électrique, l’Egypte a envoyé une lettre au Conseil de sécurité en guise de protestation.

L Egypte d nonce une nouvelle violation  thiopienne
L Egypte s inqui te des pratiques unilat rales thiopiennes qui portent atteinte ses droits dans les eaux du Nil.

« L’annonce faite par l’Ethiopie, si elle est vraie, est une mesure unilatérale qui vient s’ajouter aux opérations de remplissage de 2020 et 2021. Il s’agit d’une nouvelle violation de la déclaration de principes conclue en mars 2015 », a martelé l’Egypte dans une nouvelle lettre présentée au Conseil de sécurité de l’Onu. Le Caire rejette les déclarations de l’Ethiopie, faites le 20 février et selon lesquelles la production de l’électricité au barrage de la Renaissance a commencé. Dans sa lettre, l’Egypte rappelle que l’Ethiopie n’a pas fait les études requises sur l’impact hydrologique, économique et environnemental du barrage. Le Caire souligne que les agissements éthiopiens « auront des répercussions directes sur les droits et les intérêts de l’Egypte en tant qu’Etat riverain ».

Même réaction de la part du Soudan, dont le ministre de l’Irrigation et des Ressources en eau par intérim, Daw Al-Bait Abdul-Rahman, a déclaré dans un communiqué qu’« avant de prendre cette décision, l’Ethiopie aurait dû fournir aux pays en aval des informations sur le volume de l’eau à la sortie du barrage, pour prendre les précautions nécessaires ». Il a souligné que l’Ethiopie n’a jamais informé le Soudan du début de la production d’électricité. « C’est inacceptable quelles que soient les justifications », a affirmé le ministre.

De nouvelles protestations qui viennent s’ajouter aux différends entre l’Egypte, le Soudan et l’Ethiopie depuis 2011, date du début de la construction du barrage.

Manque de coopération

L’Egypte et le Soudan avaient déjà contesté le premier remplissage unilatéral du barrage par Addis-Abeba en 2020, puis le second remplissage en 2021, en l’absence d’un accord juridiquement contraignant. Le Caire et Khartoum ont eu recours à deux reprises au Conseil de sécurité de l’Onu, l’exhortant, dans des déclarations séparées, à dissuader l’Ethiopie de prendre toute mesure unilatérale, mais en vain. En septembre 2021, l’Onu a publié un communiqué appelant les différentes parties à faire avancer les négociations de manière constructive et coopérative, sous l’égide de l’Union Africaine (UA), avec l’objectif de finaliser, dans un délai raisonnable, le texte d’un accord mutuellement acceptable et contraignant sur le remplissage et l’exploitation du barrage. L’Egypte et le Soudan attendent toujours un retour à la table des négociations.

Professeur de droit international à l’Université du Caire, Mohamad Amr explique que conformément à l’article 5 de la déclaration de principes, l’Ethiopie, le Soudan et l’Egypte doivent négocier un accord sur le remplissage et l’exploitation du barrage. « Avant de parvenir à cet accord, l’Ethiopie n’aurait dû, ni commencer le remplissage, ni mettre en fonctionnement le barrage. Auquel cas cela constitue une violation de la déclaration de principes ». Il rappelle également qu’une série d’accords avaient été signés entre 1902 et 1959, donnant le droit à l’Egypte et au Soudan de s’opposer à tout projet affectant le débit du Nil. Des accords que l’Ethiopie considère comme caducs, car signés à l’époque de la colonisation. « L’Egypte et le Soudan ne sont pas contre le projet éthiopien, mais ils veulent préserver leurs intérêts et garantir leurs droits hydriques par la conclusion d’un accord ».

Mauvaises intentions éthiopiennes

Pour Salah Halima, vice-président du Conseil égyptien des affaires africaines, ces pratiques unilatérales reflètent les mauvaises intentions d’Addis-Abeba. « Dans ses récentes déclarations, le premier ministre éthiopien, Abiy Ahmed, a tenté de se montrer coopératif et rassurant avec ses voisins, en promettant des bénéfices à tous les pays africains, y compris l’Egypte et le Soudan. Mais en réalité, jusqu’à ce jour, l’Ethiopie n’a pas montré la moindre coopération avec les pays en aval. Au contraire, elle est le parti intransigeant à la table des négociations ».

Salah Halima rappelle que « l’Egypte et le Soudan ont demandé à maintes fois la reprise des négociations pour tenter de parvenir à un accord consensuel entre les trois parties. Mais l’Ethiopie fait la sourde oreille, et ne daigne même pas prévenir ses voisins de toutes ses démarches comme le stipulent les lois internationales ».

« Dans les jours à venir, on s’attend à ce que le Sénégal, qui présidera l’UA début mars, invite les trois pays à reprendre les négociations. Une initiative très importante d’autant que le Sénégal a connu une expérience semblable », conclut Halima.

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