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Mohamed Nasreddine Allam : C’est une violation flagrante de l’accord de principes

Chaïmaa Abdel-Hamid, Mercredi, 23 février 2022

3 questions à Mohamed Nasreddine Allam, ancien ministre des Ressources hydriques et de l’Irrigation, sur l’annonce éthiopienne du lancement de la production d’électricité du barrage de la Renaissance.

Mohamed Nasreddine Allam

Al-Ahram Hebdo : Comment voyez-vous l’annonce faite cette semaine par l’Ethiopie du lancement de la production de l’électricité du barrage de la Renaissance ?

Mohamed Nasreddine Allam : Cette annonce représente, comme l’a déclaré l’Egypte dans son communiqué, une violation flagrante de l’accord de principes signé entre Le Caire et Addis-Abeba et qui stipule l’obligation de parvenir à un accord entre les trois pays, les pays en amont et en aval, concernant le processus de remplissage et l’exploitation du barrage. L’Ethiopie poursuit ses provocations et continue à agir unilatéralement sans prendre en compte l’intérêt de ses voisins en aval, tout en prétendant de le faire pour leur bien.

Mais les manoeuvres se poursuivent. Cette déclaration est un outil politique utilisé par le gouvernement éthiopien pour regagner l’opinion publique suite aux conflits qui ont frappé le pays pendant plusieurs mois successifs causant des dégâts matériels et humains. En revanche, techniquement parlant, on ne peut pas parler d’un réel fonctionnement, puisqu’une seule turbine des deux mises en place fonctionne. Celle-ci produit une capacité de 375 mégawatts à un niveau de 640 m de l’eau du lac. Mais sachant que le niveau actuel du lac est de 575 m, la production d’électricité ne dépassera pas les 100 mégawatts. Une production très faible, mais qui ne dément pas les intentions éthiopiennes d’imposer le fait accompli à ses voisins. Une position qu’il n’est pas question pour l’Egypte d’accepter.

— Comment interprétez-vous la réaction égyptienne face à cette déclaration provocante ?

— La position de l’Egypte est claire et sa position est basée sur les textes juridiques auxquels les trois pays se sont engagés dans l’accord de principes en 2015. Ce qui explique le texte du communiqué très court et direct publié par le ministère des Affaires étrangères. Ce communiqué est une sonnette d’alarme à la communauté internationale, à l’Union Africaine (UA) et au Conseil de sécurité dénonçant la flagrante violation commise par l’Ethiopie.

— Quelles chances aux négociations après ce développement ?

— On s’attend à une action rapide de la part de l’UA sous la nouvelle présidence du Sénégal. Et ce, afin de mettre fin à cette crise. La seule et unique issue étant le lancement de négociations sérieuses par l’UA dans un délai précis, avec la présence d’un rôle accru des observateurs internationaux, pour parvenir à un accord juridique contraignant concernant le processus de remplissage et d’exploitation du barrage.

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