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L’Egypte renforce sa présence à Rafah

Ahmed Eleiba*, Mercredi, 17 novembre 2021

L’Egypte et Israël ont annoncé, le 8 novembre, une modification du traité de paix égypto-israélien afin de permettre des arrangements de sécurité dans la région de Rafah. Explications.

L’Egypte renforce sa présence à Rafah

C’est officiel. L’Egypte et Israël ont annoncé le 8 novembre une modification, la première du genre, du traité de paix conclu entre les deux pays le 26 mars 1979. Dans un communiqué, le porte-parole militaire, le colonel Gharib Abdel-Hafez, a déclaré que la commission militaire conjointe égypto-israélienne s’était accordée à amender l’accord afin d’augmenter le nombre de gardes-frontières égyptiens dans la région frontalière de Rafah. L’objectif est de permettre aux forces armées de contrôler et de sécuriser les frontières nord-est.

L’article 4 du traité de paix israélo-égyptien stipule qu’« à la demande de l’une des parties, les dispositions sécuritaires mentionnées dans les paragraphes 1 et 2 peuvent être modifiées en vertu d’un accord entre les deux parties ». La modification, effectuée en vertu de cet article, est porteuse de nombreux indices. Le premier est la flexibilité du traité de paix, qui permet d’introduire des modifications en fonction des évolutions sur le terrain. Le deuxième indice se rapporte à la force de l’Egypte qui a réussi à exterminer le terrorisme dans le Sinaï et à contrôler les frontières en fermant les tunnels entre les deux Rafah, l’Egyptienne et l’Israélienne. Un fait qui a nécessité un déploiement militaire exceptionnel au cours de la période passée, soulevant de nombreuses interrogations en Israël sous l’ex-premier ministre Benyamin Netanyahu.

Aujourd’hui, le gouvernement de Naftali Bennett a compris les exigences de la nouvelle phase et la nécessité pour l’Egypte de renforcer sa présence militaire à Rafah. Il a approuvé non seulement l’augmentation du nombre de gardes-frontières égyptiens à Rafah, mais aussi l’amélioration du potentiel qualitatif des forces déployées dans cette zone. Une condition que les gouvernements israéliens précédents refusaient catégoriquement.

Victoire stratégique

Le troisième indice a trait à la stabilité du traité en tant que mécanisme visant à préserver la paix israélo-égyptienne. En effet, la modification du traité nécessite l’approbation des deux parties et cela n’est possible que si les relations entre elles sont bonnes. Le traité de paix a été conclu en 1979 du temps de l’ancien premier ministre israélien, Menahem Begin, connu pour son rigorisme politique. Mais le président Sadate a réussi à assurer les intérêts de l’Egypte en obtenant notamment le retrait d’Israël du reste du Sinaï et le démantèlement des colonies après la victoire du 6 Octobre 1973, qui a donné un avantage stratégique à l’Egypte. En effet, l’Egypte a conclu la paix et l’a imposée à partir d’une position de force stratégique. De même, la modification actuelle du traité, effectuée sous le gouvernement Bennett, considéré comme un gouvernement de droite des plus radicaux en Israël, représente une victoire stratégique pour l’Egypte qui a négocié cet amendement à partir d’une position de force stratégique. L’Egypte, au cours des dernières années, a réussi à combattre le terrorisme dans le Sinaï et poursuit aujourd’hui encore ses efforts dans ce domaine. Parallèlement, un énorme processus de développement a été lancé dans la péninsule du Sinaï. Soulignons aussi la capacité de l’Egypte à jouer le rôle de médiateur entre Israël et les factions palestiniennes. Une médiation qui a abouti à l’arrêt de la quatrième guerre déclenchée cette année entre eux. Toutes ces cartes s’ajoutent à la force stratégique de l’Egypte.

Cet amendement sans précédent a également créé une approche nouvelle et évolutive. Dans le passé, selon l’accord dit du couloir de Salaheddine ou accord de Philadelphie, les troupes égyptiennes sur la ligne frontalière avaient été renforcées de 750 soldats (250 en service, 250 remplaçants et 250 dans les camps) avec un armement très limité (armement personnel). Cet accord figure dans un protocole séparé sans modification du traité principal vu qu’Israël refusait catégoriquement de le faire.

La modification du traité a coïncidé avec deux événements importants. Le premier est la levée de l’état d’urgence dans toute l’Egypte, alors que l’un des principaux motifs de l’état d’urgence était la lutte contre le terrorisme dans le Sinaï. Un fait qui confirme que cette levée de l’état d’urgence va de pair avec les succès réalisés dans la lutte contre le terrorisme et qu’il existe des arrangements sécuritaires dans le Sinaï permettant de préserver la sécurité dans la péninsule, notamment au niveau de Rafah et des frontières qui, pendant des années, ont été une source d’inquiétude pour l’Egypte. En effet, ces frontières étaient pendant des années une passerelle empruntée par les éléments terroristes pour passer de la profondeur palestinienne au Sinaï à travers 3 000 tunnels qui ont également permis à la contrebande de prospérer sous le pouvoir islamiste en Egypte. L’amendement coïncide aussi avec le dialogue stratégique égypto-américain entrepris à Washington entre le ministre égyptien des Affaires étrangères, Sameh Choukri, et son homologue américain, Antony Blinken. Il est tout à fait probable que l’amendement soit l’une des réalisations de ce dialogue. Ce qui confirme le rôle fondamental de Washington dans la conclusion du traité de paix et son parrainage depuis sa signature.

*Chercheur au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram

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