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Barrage éthiopien, les craintes de l’Egypte et du Soudan

Chaïmaa Abdel-Hamid, Mardi, 03 août 2021

Le manque d’informations sur le remplissage du barrage éthiopien de la Renaissance fait craindre aux pays en aval de multiples dangers, notamment avec la saison de la crue.

Barrage éthiopien, les craintes de l’Egypte et du Soudan
L’Egypte et le Soudan se préparent à accueillir la saison de la crue en l’absence d’informations sur le stockage des eaux dans le barrage éthiopien.

Le président Abdel-Fattah Al-Sissi a affirmé, lors de sa rencontre dimanche avec le ministre algérien des Affaires étrangères, Ramtane Lamamra « la constante position de l’Egypte de ne pas céder à ses droits historiques dans les eaux du Nil », soulignant l’importance que toutes les parties « s’engagent dans le processus de négociation et avec une réelle volonté politique de parvenir à un accord juridique contraignant sur les règles de remplissage et d’exploitation du barrage éthiopien ». Pour sa part, Lamamra s’est dit inquiet que les relations entre l’Egypte, l’Ethiopie et le Soudan « traversent une phase délicate, et il est important de parvenir à un accord entre ces pays sur le dossier de l’eau ».

Des déclarations interviennent sur fond d’inquiétudes suite à des informations contradictoires sur le second remplissage du barrage. Le ministre soudanais de l’Irrigation, Yasser Abbas, a déclaré que l’échange d’informations sur le remplissage et l’exploitation du barrage est un « droit juridique », affirmant qu’un accord contraignant est nécessaire.

Tandis que les images satellites montrent que seuls 3 milliards de m3 d’eau ont été stockés lors du second remplissage du barrage, les responsables éthiopiens continuent d’affirmer que le stockage a « atteint ses objectifs » qui consistent à stocker 13,5 milliards de m3 d’eau. Mais pour les observateurs, ces déclarations sont loin de la réalité. Le manque d’informations sur le remplissage du barrage fait craindre aux pays en aval de multiples dangers, notamment avec la saison de la crue. Le Soudan et l’Egypte doivent connaître les quantités d’eau stockées dans le barrage pour pouvoir agir en conséquence en cas d’inondations. L’ancien ministre de l’Irrigation, Mohamad Nasr Allam, rappelle que depuis le début des négociations, l’Ethiopie n’a jamais coopéré avec ses voisins. Addis-Abeba doit faire parvenir aux pays en aval, en particulier au Soudan, des informations sur la quantité d’eau stockée dans le barrage car tout déversement d’eau affecterait le fonctionnement du barrage de Roseires. Ces conditions n’ont jamais été respectées par Addis-Abeba qui s’est contenté d’annoncer le 4 juillet avoir commencé son stockage de l’eau. Aujourd’hui, le Soudan est en situation délicate car ne disposant d’aucune information sur le remplissage du barrage. Prévoyant un stockage de 13,5 milliards de m3 d’eau comme initialement annoncé, le Soudan n’a pas vidé le réservoir de son barrage de Roseires, pour ne pas exposer le pays à une pénurie d’eau. Etant donné que le remplissage éthiopien n’a pas été totalement accompli, le Soudan a été obligé d’ouvrir les 6 vannes de son barrage pour éviter son effondrement en cas de fortes précipitations d’eau. Le ministère soudanais de l’Irrigation a indiqué que le Nil bleu avait atteint, le 1er août, des niveaux record à la station d’eau d’Al-Daim près de la frontière soudanaise.

Un plan B coûteux

Expert hydrique au Centre des recherches africaines à l’Université du Caire, Abbas Chéraki explique que l’Ethiopie n’a transmis aucune information sur le remplissage du barrage aux pays en aval comme l’exige la déclaration de principes de 2015.

Pour éviter une éventuelle pénurie d’eau, l’Egypte a déjà réduit les cultures qui consomment de grosses quantités d’eau, notamment le riz et la canne à sucre. Une mesure qui lui fera perdre 3 milliards de L.E. « Par ailleurs, l’Egypte a dépensé au cours des deux dernières années plus de 100 milliards de L.E. pour le revêtement des canaux d’eau, afin d’éviter le gaspillage. En plus de dizaines de projets de dessalement de l’eau de mer. Tous ces projets sont coûteux et ne permettent pas de compenser les quantités d’eau détournées par l’Ethiopie », explique Chéraki. Il souligne que si l’Ethiopie avait informé l’Egypte que son stockage ne dépasserait pas les 3 milliards de m3 d’eau, l’Egypte aurait pu cultiver 200 000 feddans de riz supplémentaires.

« Chaque m3 d’eau emmagasiné par l’Ethiopie devra être compensé par l’Egypte à travers le réservoir du Haut-Barrage, et cela affectera sa capacité à compenser le déficit hydrique durant les années de sécheresse », prévient Chéraki.

Dans une nouvelle tentative de médiation, le ministre algérien des Affaires étrangères a visité l’Ethiopie, le Soudan et l’Egypte et a souligné « la volonté constante de l’Algérie d’être une partie de la solution » sans révéler plus de détails sur le contenu de cette initiative. Une nouvelle tentative de rapprochement entre les trois pays, qui donne de l’espoir, surtout que l’Algérie avait auparavant mené avec succès une médiation entre l’Ethiopie et l’Erythrée qui avait abouti à la signature d’un accord de paix entre les deux pays en 2000, mettant ainsi fin à de longues années de guerre. L’initiative algérienne donnera-t-elle une nouvelle chance aux négociations ? Affaire à suivre.

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