Egypte > Egypte >

Barrage: Médiations tous azimuts

Chaïmaa Abdel-Hamid, Mardi, 18 mai 2021

Tandis que la date du second remplissage du barrage de la Renaissance approche, le président de l’Union africaine, Félix Tshisekedi, et l’envoyé spécial américain pour la Corne de l’Afrique, Jeffrey Feltman, ont tour à tour visité Le Caire pour tenter de rapprocher les points de vue sur ce dossier épineux.

Barrage  : Médiations tous azimuts

Tandis que la date fixée par les autorités éthiopiennes pour le second remplissage du barrage de la Renaissance approche, les médiations internationales s’accélèrent en vue de trouver une issue au litige qui oppose l’Egypte et le Soudan à l’Ethiopie. Samedi 15 mai, le département d’Etat américain a publié un communiqué appelant à la reprise « immédiate » des négociations sur le barrage de la Renaissance sous l’égide de l’Union Africaine (UA). Le communiqué souligne que « les décisions qui seront prises dans les semaines et les mois à venir auront des répercussions graves sur l’équilibre de la région ». Selon les Etats-Unis, les inquiétudes de l’Egypte et du Soudan « doivent être apaisées tout en prenant en considération les besoins de développement de l’Ethiopie. Cela ne peut se réaliser qu’en entamant des négociations de fond et des échanges constructifs entre les différentes parties ». Les Américains ont affiché leur détermination « à fournir un soutien politique et technique pour faciliter les négociations ». Des déclarations qui font suite à la tournée dans la région de l’envoyé spécial américain pour la Corne de l’Afrique, Jeffrey Feltman. Ce dernier s’est rendu du 4 au 13 mai en Egypte, en Erythrée, au Soudan et en Ethiopie dans la perspective d’établir un dialogue sur le barrage éthiopien. Parallèlement, du 8 au 11 mai, le président de l’UA, Félix Tshisekedi, a également visité les pays concernés par le barrage. M.Tshisekedi a réaffirmé son engagement en faveur d’un « règlement global pour promouvoir une nouvelle ère de coopération entre les trois pays riverains du bassin du Nil ».

Le rôle de Washington

Le président de la commission des affaires africaines au parlement, Chérif Al-Guébali, estime que le communiqué américain est un résultat positif de la tournée de Jeffrey Feltman. « L’appel à la relance immédiate des négociations et à la prise en compte de la Déclaration de principes de 2015 est déterminant. Cette déclaration, ainsi que celle signée par les trois parties en juillet 2020 devant le bureau de l’UA représentent les fondements essentiels de ces négociations qui répondent aux principales exigences égyptiennes et soudanaises à vouloir trouver une issue à la crise avant le remplissage », dit-il. Il ajoute que l’UA, sous la nouvelle présidence de la République démocratique du Congo, tente de faire progresser ce dossier. « Consciente qu’elle ne possède pas tous les moyens de pression sur les différentes parties, l’UA tente d’assumer ses responsabilités jusqu’au bout en persévérant dans les réunions dans le but de rapprocher les points de vue », indique le député. L’ambassadeur d’Egypte à Washington, Moataz Zahran, explique dans un article publié dans le magazine américain Foreign Policy que les Etats-Unis sont en mesure d’exhorter l’Ethiopie à reprendre activement les négociations sur le barrage et favoriser une solution pacifique afin d’éviter des troubles dans la région.

Plus pessimiste, l’ancien ministre de l’Irrigation, M. Mohamad Nasr-Eddine Allam, estime que ces médiations, qu’elles soient américaines ou africaines bien qu’elles soient importantes, sont loin de constituer un progrès compte tenu de l’intransigeance de l’Ethiopie. « Ce qui entrave la progression des négociations n’est pas le manque de rencontres, qui se tiennent depuis plus de dix ans, mais la mauvaise volonté des Ethiopiens qui ne veulent pas être confrontés à un accord juridique contraignant. La preuve en est qu’au cours de ces longues années de négociations, Le Caire a proposé quinze scénarios pour le remplissage et l’exploitation du barrage qui répondaient aux exigences éthiopiennes, sans nuire aux pays en aval. Tous ont été rejetés par Addis-Abeba », explique-t-il. Il en résulte que le seul moyen de faire avancer les négociations est d’exercer de réelles pressions sur l’Ethiopie: « Les Etats-Unis et la Banque mondiale peuvent prendre des mesures persuasives comme l’arrêt des aides financières qui pourraient inciter l’Ethiopie, sans renoncer au projet, à reporter son second remplissage jusqu’à ce qu’un accord soit trouvé. Toutefois, le recours à cette option ne semble pas être à l’ordre du jour ».

Recourir à d’autres intervenants

Pour Ayman Abdel-Wahab, du Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram, l’Egypte doit se tourner vers d’autres intervenants régionaux et internationaux, comme l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis au niveau régional, et la Russie à l’international, qui sont de puissants alliés de l’Egypte et qui possèdent d’énormes investissements en Ethiopie. « L’Egypte doit mettre à profit ces bonnes relations pour convaincre ses partenaires de soutenir sa cause. Les pays du Golfe représentent la clé susceptible de déverrouiller cette impasse », affirme Abdel-Wahab. Il rappelle que l’intervention de l’Arabie saoudite et des Emirats a résolu un différend vieux de vingt ans (1998-2018) entre l’Erythrée et l’Ethiopie, en leur permettant de devenir les deux plus grands exportateurs de viande et de café. Ces intervenants peuvent non seulement exercer des pressions économiques sur l’Ethiopie, mais aussi proposer une initiative politique équitable. Par ailleurs, la Russie, membre du Conseil de sécurité de l’Onu, est également l’un des plus grands alliés de l’Egypte. 40 % des investissements russes en Afrique sont injectés en Egypte. Le Caire est également l’un des plus grands importateurs d’armement russe dans la région.

Jusqu’à ce jour, aucun des pays concernés n’a répondu à l’invitation du secrétaire d’Etat américain pour une reprise des négociations tripartites. Toutefois, l’Egypte reste engagée dans la voie des négociations comme l’a déclaré cette semaine le président Abdel-Fattah Al-Sissi. Il a appelé les Egyptiens à ne pas anticiper l’issue des efforts en cours, en soulignant que l’itinéraire des échanges nécessite de « la patience et de la sagesse ». « L’Egypte poursuivra le processus ardu des tractations et ne renoncera à aucun de ses droits hydriques », a affirmé le président. Il a précisé que sa rencontre de la semaine dernière avec l’envoyé américain pour la Corne de l’Afrique et le président de l’UA visait à relancer les pourparlers et à rechercher un consensus sur le dossier du barrage.

Lien court: