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Lutte contre la corruption, la bataille de l’Egypte

May Al-Maghrabi, Mercredi, 16 décembre 2020

L’Egypte a célébré cette semaine la Journée mondiale de la lutte contre la corruption. L’occasion de revenir sur la lutte contre fléau, cruciale pour le développement et la justice sociale.Explications.

	Lutte contre la corruption, la bataille de l’Egypte
Marathon cycliste organisé le 9 décembre à l’occasion de la Journée mondiale de la lutte contre la corruption.

A l’occasionde la célébration de la Journée mondiale de lutte contre la corruption, le 9 décembre, le président Abdel-Fattah Al-Sissi a réaffirmé « l’engagement de l’Egypte et de son peuple à lutter contre la corruption sous toutes ses formes, à renforcer l’Etat de droit et à enraciner les principes de l’intégrité et de la transparence », selon le communiqué de la présidence. Il a également salué « les efforts continus des institutions de l’Etat pour appliquer la stratégie nationale de lutte contre la corruption », les exhortant à déployer davantage d’efforts pour « protéger les ressources du pays ». Le 9 décembre a été déclaré Journée mondiale de lutte contre la corruption suite à l’adoption, le 31 octobre 2003, par l’Assemblée générale de l’Organisation des Nations-Unies (ONU), de la Convention des Nations-Unies contre la corruption.

A cette occasion, l’Autorité de Contrôle Administratif (ACA), plus haute instance de lutte contre la corruption, ont organisé une cérémonie à laquelle a assisté le premier ministre, Moustapha Madbouli, ainsi que des ministres, des ambassadeurs et les présidents des organisations arabes et internationales de lutte contre la corruption. Par ailleurs, sous les auspices de l’ACA, plusieurs marathons ont été organisés dans plusieurs gouvernorats sous le slogan « Unis contre la corruption ».

L’Egypte prend les devants

Dans son allocution, Hassan Abdel-Chafi, président de l’ACA, est revenu sur la stratégie de l’Egypte pour lutter contre la corruption, dont la première phase s’est étendue de 2014 à 2018, et la deuxième, de 2018 à 2022, est actuellement en cours. « C’était une première pour l’Egypte de se doter d’une stratégie nationale intégrale de lutte contre la corruption. Cette stratégie a été lancée avec une vision claire pour combattre par tous les moyens ce phénomène et créer une ambiance propice au développement et à la Justice sociale », s’est félicité Abdel-Chafi. Il a affirmé que la stratégie vise à renforcer les pouvoirs des organes de contrôle, à activer les mécanismes de transparence et d’intégrité au sein de l’appareil administratif et à sensibiliser la population à l’importance de la lutte contre la corruption et aux répercussions de ce fléau. « Il y a une volonté politique de frapper d’une main de fer la corruption », a affirmé Abdel-Chafi. Rappelant que l’Egypte est l’un des premiers pays à adhérer à la convention de l’Onu contre la corruption, il a souligné que la corruption n’est plus « une affaire locale, mais plutôt un phénomène international » qui nécessite une coopération entre les pays. D’où l’intérêt qu’accorde l’Egypte à échanger les expériences avec les organes de lutte contre la corruption dans le monde. L’Egypte a joué un rôle important dans la formation de 749 cadres anticorruption dans 25 pays africains. « Des efforts sincères que le secrétariat de l’Onu a salués sur son site web de même qu’il a salué la stratégie égyptienne de lutte contre la corruption », s’est vanté le président de l’ACA.

D’autres efforts requis

L’Egypte a réalisé la grande majorité des objectifs de la première phase de sa stratégie de lutte contre la corruption. « Le rôle des appareils de contrôle a été renforcé et des réformes législatives et administratives ont été introduites », indique le député Hassan Al-Sayed, membre de la commission économique du parlement. Il indique que le comité économique du parlement a approuvé cette semaine un projet de loi sur la gouvernance de l’économie qui renforcera la lutte contre la corruption. Selon le député, si l’Egypte est déterminée à mener jusqu’au bout cette guerre contre la corruption, c’est parce qu’elle est convaincue qu’elle sape les ressources de l’Etat, entrave le développement et nuit aux principes d’intégrité et de justice sociale. « Les efforts déployés par l’Etat pour lutter contre la corruption rassurent les investisseurs étrangers qui préfèrent injecter leurs investissements dans un pays où il existe un système de contrôle strict. C’est pourquoi l’Egypte accorde une priorité à ce dossier », explique Al-Sayed.

Selon Assem Abdel-Moeti, président du Centre égyptien de la transparence et de la lutte contre la corruption, d’autres réformes sont requises pour réaliser les autres objectifs de cette stratégie qu’il qualifie « d’ambitieuse ». Il trouve nécessaire d’accélérer le plan du gouvernement sur la numérisation des services publics, la gouvernance et l’inclusion financière. « Il s’agit de facteurs-clés pour la réussite de cette stratégie. A titre d’exemple, généraliser la numérisation des services publics permet une meilleure qualité de service et limite surtout le cercle de la corruption, car le citoyen obtient le service via des sites électroniques sans contacter directement les employés dont certains demandent des pots-de-vin », explique Abdel-Moeti. Il ajoute que la gouvernance est aussi l’un des moyens efficaces de la lutte contre la corruption et permet plus de transparence et de contrôle au sein des institutions publiques, alors que la généralisation de l’inclusion financière est indispensable pour couper court au blanchiment d’argent. Abdel-Moeti salue également l’inclusion des ONG dans la deuxième phase de la stratégie de lutte contre la corruption. « Ce partenariat efficace et complémentaire avec les organisations de la société civile et avec les entités syndicales renforce la sensibilisation contre les dangers de la corruption, facilite la formation des fonctionnaires aux mécanismes de lutte contre la corruption et renforce les contrôles au sein de l’appareil administratif », pense Abdel-Moeti, qui appelle le gouvernement à annoncer, chiffres à l’appui, les résultats des deux phases de la stratégie de lutte contre la corruption.

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