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Hamdi Hassan : « Les massacres et les carnages n’ont jamais fondé de pays ou établi d’autorité »

Ola Hamdi, Mardi, 30 juillet 2013

Cadre des Frères musulmans et ancien député, Hamdi Hassan explique la position de la confrérie face à un pouvoir qu’elle considère comme illégitime. Interview.

Les massacres et les carnages

Al-ahram hebdo : Comment avez-vous accueilli l’appel aux manifestations de vendredi lancé la semaine dernière par le ministre de la Défense Abdel-Fattah Al-Sissi ?

Hamdi Hassan : Ce discours est venu confirmer que ce dont témoigne l’Egypte est bel et bien un coup d’Etat : le général Al-Sissi est le vrai dirigeant du pays, même s’il essaye de se cacher derrière un président ou un premier ministre intérimaire. D’ailleurs, l’appel à des manifestations est un appel à la guerre civile. C’est aussi un message adressé à la communauté internationale pour dire que l’armée exprime la volonté du peuple. En fait, Al-Sissi est dans une situation embarrassante, il croyait que les choses allaient se passer conformément à ses desseins, mais il a fini par se retrouver face à une contestation à laquelle il ne s’attendait pas.

— Mais le ministre de l’Intérieur, Mohamad Ibrahim, a assuré que les places Rabea et Al-Nahda, où ont lieu les sit-in, seraient évacuées « dans le cadre de la loi ».

— De quelle loi parle-t-il ? La loi qui a permis de kidnapper un président élu avec des dirigeants de la confrérie sans aucune charge ? Et pourquoi s’est-il abstenu d’appliquer cette loi contre les fauteurs de troubles durant l’année écoulée ?

— Des dizaines de victimes sont tombées samedi dans des affrontements avec les forces de l’ordre. Qui en est responsable d’après vous ?

— Le premier responsable est la personne qui a trahi son président et sa population, il y a ensuite la responsabilité du ministre de l’Intérieur, qui a déclaré ce même jour que « tout au long de son histoire, le ministère de l’Intérieur n’a jamais tiré une seule balle sur un manifestant ». Qui a donc tiré sur les manifestants devant les bâtiments de la garde républicaine ? J’aimerais leur dire que les massacres et les carnages n’ont jamais fondé de pays ou établi d’autorité.

— D’après le discours officiel, vos supporters sont armés et ce sont eux qui commencent toujours par provoquer les forces de l’ordre, voire leur tirer dessus.

— C’est une incitation contre les manifestants qui défendent la légitimité de la part d’un gouvernement criminel qui n’hésite pas à diffuser des vidéos truquées après avoir interdit les médias qui exprimaient notre point de vue.

— Aujourd’hui, beaucoup de citoyens expriment un sentiment de haine contre les Frères musulmans. Comment entendez-vous retrouver votre popularité qui semble s’effondrer ?

— Malheureusement, 99 % des médias sont hostiles, ils critiquaient le président Morsi à tort et à raison. Ces médias sont l’unique source d’information dans notre société où la majorité des citoyens sont analphabètes. Ils ont réussi à monter les gens contre les Frères. Cela dit, ces millions qui sont sortis dans la rue pour dénoncer le coup d’Etat montrent que les Frères gardent leur popularité. On le prouvera encore le jour où il y aura des élections, et c’est justement pour cela que les putschistes ont préféré rompre le processus politique. J’espère que ce qui s’est passé samedi ouvrira les yeux aux gens.

— Les Frères peuvent-ils se joindre au processus de réconciliation nationale ?

— Le président Morsi avait à maintes reprises appelé ses opposants au dialogue mais il avait toujours reçu une fin de non-recevoir. Aujourd’hui, c’est le droit d’exister qu’on refuse à la confrérie et au courant islamiste. Beaucoup appellent à leur éradication. Malheureusement, ce camp compte des « défenseurs » de la liberté et de la démocratie qui n’hésitent pas à soutenir les militaires dans leur projet d’éliminer la confrérie.

D’ailleurs, comment peut-on participer à un dialogue alors que la plupart des dirigeants de la confrérie sont en prison et les autres, dont moi-même, sont sous le coup d’un mandat d’arrêt ? Et finalement, on doit savoir ce qu’on attend de ce dialogue et de cette réconciliation. Quelle sera la démarche suivante ? Des élections ? Et si les urnes ramènent Morsi, fera-t-il l’objet d’un nouveau coup ?

— Vous êtes accusés de solliciter l’intervention de pays occidentaux, notamment les Etats-Unis, et de vos confréries soeurs à l’étranger contre le pouvoir intérimaire.

— Ce sont les Etats-Unis qui ont planifié et parrainé le coup, tout ce qu’on fait c’est de les dénoncer auprès de leur propre peuple qui, naturellement, doit se ranger du côté de la démocratie. Quant aux pays africains, ils ont été plus honnêtes en rejetant la destitution du président Morsi, du fait que ces pays partagent avec nous la triste histoire des coups d’Etat et des régimes militaires.

— Dans un dernier bilan, vous ne reprochez rien au président Morsi ?

— On reprochait beaucoup au président Morsi. Mais il faut prendre en considération le fait qu’il était un président qui gouvernait tout seul, il avait à dos l’armée, la police, la magistrature, les médias. Il n’avait pas le contrôle sur les rouages de l’Etat et ses décisions n’étaient pas mises à exécution.

— Quel est votre propre plan de sortie de crise ? Votre prochaine démarche ?

— La liberté a un prix. Le peuple doit rester dans la rue et sacrifier des vies humaines pour faire échouer le coup d’Etat. La seule solution c’est de respecter la volonté du peuple et de rétablir la légitimité. Tant que cela nous sera refusé, nous resterons dans la rue face aux chars, prêts à accueillir la mort à bras ouverts.

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