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Terrorisme : La police prend les devants

May Al-Maghrabi, Lundi, 20 avril 2020

La police a neutralisé cette semaine une cellule terroriste dans le quartier d’Al-Amiriya au Caire, qui s’apprêtait à commettre un attentat anticopte. Acculés dans le Sinaï, les groupes terroristes cherchent à subsister à travers des opérations limitées mais retentissantes. Explications.

Terrorisme : La police prend les devants

« Une cellule terroriste a été neutralisée, mardi 14 avril, dans le quartier d’Al-Ami­riya au Caire alors qu’elle s’apprê­tait à attaquer des chrétiens pen­dant les célébrations de Pâques », a annoncé le ministère de l’Intérieur dans un communiqué, sans préciser à quel groupe appartient cette cel­lule. L’opération antiterroriste a coûté la vie à un policier, Mohamad Fawzi Al-Hofi, du département de la Sûreté de l’Etat, alors que trois autres policiers ont été blessés. Les sept membres de la cellule ont tous été tués. « Les forces de l’ordre ont été alertées sur la présence, dans un appartement dans le quartier d’Al-Amiriya, de terroristes takfiris. Elles se sont rendues sur les lieux, un échange de tirs a eu lieu et les terro­ristes ont été liquidés », a indiqué le communiqué du ministère. Les forces de l’ordre ont saisi 6 armes à feu et des munitions dans l’apparte­ment des terroristes. Et un dépôt d’armes a été découvert dans le quartier d’Al-Matariya. « J’ai suivi cette opération héroïque avec beau­coup de fierté. Elle confirme la bravoure de la police et la capacité de l’Etat égyptien à préserver la sécurité des citoyens en dépit des défis. Que Dieu préserve l’Egypte », a affirmé le président Abdel-Fattah Al-Sissi sur sa page Facebook. Le chef d’Etat a présenté ses condo­léances à la famille du martyr et a souhaité un prompt rétablissement aux blessés de l’opération. De son côté, l’épouse du président, Mme Intissar Al-Sissi, a appelé la mère du policier décédé et a exprimé sa fierté quant à « l’héroïsme du martyr et de tous ceux qui combattent le terro­risme avec honnêteté et courage », a-t-elle écrit sur sa page Facebook. Des obsèques officielles, auxquelles ont pris part de hauts responsables et la famille du défunt, ont été organi­sées mercredi pour le martyr de la police dont la dépouille a été enrou­lée dans un drapeau égyptien.

La liquidation de la cellule terro­riste d’Al-Amiriya montre la vigi­lance des forces de l’ordre au moment où l’Egypte est occupée par la lutte contre le coronavirus. Le général Khaled Okacha, membre du Conseil national de la lutte antiterro­riste et président du Centre égyptien de la pensée et des études straté­giques, affirme que cette opération prouve que la guerre contre le terro­risme se poursuit parallèlement aux efforts de l’Etat pour lutter contre la pandémie de coronavirus. « Les ter­roristes voulaient sans doute saisir l’opportunité de la pandémie pour préparer un attentat comme ce fut le cas après la Révolution de 2011, lorsque les groupes terroristes ont profité du vide sécuritaire et poli­tique », affirme Okacha. Mais la police a pris les devants avec ce coup préventif. Une séquence fil­mée à l’extérieur de l’immeuble où se trouvaient les terroristes a été diffusée sur la télévision publique. On y entendait des tirs et des appels diffusés par le haut-parleur deman­dant aux habitants du quartier de rester chez eux loin des portes et des fenêtres.

Qui sont les terroristes ?

Selon Ahmad Ban, spécialiste des groupes islamistes, il est probable que cette cellule appartient au groupe terroriste d’Ansar Beit Al-Maqdès, branche égyptienne de Daech. « Les échanges de tirs entre les forces de sécurité et les éléments terroristes ont duré plusieurs heures. Il est clair que les terroristes étaient formés aux méthodes de combat. Il s’agit probablement d’éléments de Daech qui ont reçu une formation militaire en Iraq, en Syrie et en Libye. D’ailleurs, la cible de la cellule, à savoir les coptes, est en conformité avec l’idéologie takfirie de Daech. Il s’agit probablement de l’aile dite des églises, dirigée par le terroriste Amr Saad Abbas », explique Ban. Il rappelle qu’Al-Amiriya était, dans les années 1990, l’un des quartiers à témoigner d’une multitude d’actes terroristes contre les coptes, dont les biens ont été pillés et les magasins mis à feu par la Gamaa Islamiya. En s’implantant à Al-Amiriya, les terro­ristes ont voulu être proches de leur cible vu que ce quartier comprend un certain nombre d’églises, sou­ligne l’expert.

Même si la crise du coronavirus s’est répercutée sur le financement des groupes terroristes et sur le sou­tien logistique et politique qu’ils recevaient de certains pays, cela ne signifie pas qu’ils ont disparu. « D’où l’importance de maintenir la vigilance sécuritaire », affirme Ban. Pour rappel, depuis 2013, les coptes d’Egypte sont devenus la cible privilégiée des attaques terro­ristes. « Acculés dans le Sinaï face à l’opération militaire globale anti­terroriste Sinaï 2018, les terroristes cherchent désormais à attirer l’at­tention et à subsister via des attaques limitées mais retentis­santes, et c’est ce que leur assure l’attaque des coptes », décrypte Ban. Il souligne que l’opération militaire en cours a démantelé les capacités structurelles des groupes terroristes dans le Sinaï dont les sources d’armement et de finance­ment ainsi que le soutien logistique ont été considérablement affectés. La police a réussi à fragiliser les groupuscules armés issus de la confrérie des Frères musulmans, tels Hasm et Liwaa Al-Sawra qui ne semblent plus être en mesure de commettre des actes terroristes.

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