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Coup de pouce à l’agriculture bio

Marianne William, Mardi, 31 mars 2020

Le président de la République a ratifié la loi sur l’agriculture biologique. Objectif : réglementer ce secteur prometteur et booster les exportations des produits bio. Explications.

Egypte

La LOI sur l’agriculture biologique est entrée en vigueur après sa ratification par le président de la République. Selon les experts, elle devraitaugmenter les exportations agricoles bio. La loi va de pair avec la stratégie de l’Etat destinée à promouvoir l’agriculture bio, peu répandue en Egypte. Elle est conforme à la Constitution égyptienne qui stipule que « chaque citoyen à droit à une alimentation saine » etque l’Etat « assure la diversité agricole pour garantir les droits des futures générations ».

Emanant de ce principe constitutionnel, la nouvelle loistipule que « la culture des denrées alimentaires doit être conforme aux critères et aux normes internationaux reconnus ». La loi prévoit des mesures destinées à contrer les dommages environnementaux et sanitaires liés à l’agriculture conventionnelle et résultant de l’utilisation massive des produits chimiques. Des pratiques qui contribuent à la pollution des sols, de l’eau et des produits agricoles causant ainsi des maladies graves.

C’est pourquoi la loi exige que les fermes et les unités de production d’aliments biologiques utilisent les meilleures pratiques environnementales afin de préserver la biodiversité etles ressources naturelles, et contrôler les intrants de la production biologique, surtout que le nombre de producteurs et d’exportateurs des produits bio est en croissance. La supervision de l’application de la loi a été confiée à l’Autorité générale de la sécurité des aliments, ainsi qu’au Laboratoire central d’agriculture biologique dépendant du ministère de l’Agriculture. Les deux instances devraient fixer des normes et les spécifications des produits biologiques ainsi que les critères de leur importation et exportation. D’ailleurs, en vertu de la loi, chaque produit aura un logo, et un numéro de code renfermant son nom, la date de production et le nom du certificateur dépendant du ministère de l’Agriculture. Selon la loi, il est interdit de mettre le logo « biologique » sur les produits qui ne le sont pas. Les contrevenants risquent des peines d’amende allant de 5 000 L.E. à 500 000 L.E.

Un secteur qui progresse

Accordant un intérêt à l’agriculture bio dès les années 1990, l’Egypte est devenue le troisième pays arabe et le 7e pays africain dans ce domaine. Selon un rapport du Centre des études agricoles du ministère de l’Agriculture, la superficie des terrains cultivés biologiquement est passée de 85,8 milles hectares, (214 000 feddans) en 2014 à 112 000 hectares (280 000 feddans en 2019), ce qui représente environ 2 % de l’ensemble des terrains agricoles, (10 millions de feddans). Une hausse qui reste médiocrepar rapport à la croissance mondiale que connaît ce secteur, sachant que les superficies de culture bio au niveau du monde sont passées de 1,5 million d’hectares dans les années 1970à 43,7 millions d’hectares en 2014.

C’est dans ce contexte que hadj Mohamad Barghach, fondateur du parti Masr Al-Khadra (l’Egypte verte) se félicite d’une loi qui donnera un nouvel élan à l’agriculture bio en Egypte, une agriculture durable et surtout en faveur de la santé du citoyen, exposé à de multiples dangers vul’utilisation intensive et irrationnelle des engrais chimiques et des pesticides. « Certains agriculteurs ne pensent qu’à protéger leurs cultures des maladies et des insectes nuisibles, et c’est là que réside l’un des plus importants avantages de l’agriculture bio », souligne Barghach. Concernant les mesures prévues par la loi pour garantir la conformité des denrées bio aux normes, il note l’importance des organes de contrôle pour garantir qu’aucun intrant chimique ne soit utilisé dans l’agriculture, et que les semences et les plants ne soient pas modifiés génétiquement jusqu’à la récolte.

Le député Raef Temraz, membre de la commission de l’agriculture au parlement, ajoute que la charte exécutive de la loi en cours d’élaboration, prévoit de commencer l’agriculture bio sur 20 % des terrains agricoles. « Une parcelle de terre agricole sera consacrée dans chaque gouvernorat à l’apprentissage des techniques liées à l’agriculture bio et des méthodes de la production biologique », indique Temraz. Cette conformité aux normes de qualité contribuera, selon le député, à augmenter la compétitivité des produits agricoles égyptiens sur les marchés étrangers. « D’où l’importance de cette loi tant attendue pour augmenter la superficie des terrains cultivés bio et assurer les normes de qualité. L’augmentation des exportations égyptiennes de produits bio servira l’économie et encouragera le tourisme », indique Temraz.

Parmi les bénéfices de l’agriculture bio, le député énumère le fait que les engrais chimiques, comme les engrais minéraux azotés, les engrais phosphatés et les engrais potassiques sont substitués par des engrais d’origine naturelle, issus de déchets végétaux ou animaux. « Ainsi, l’agriculteur n’aura plus besoin d’acheter des engrais, car il fabriquera lui-même l’engrais naturel, préservant l’équilibre naturel. Une solution donc peu coûteuse et plus saine », détaille Temraz.

Plusieurs défis

En dépit des avantages environnementaux de l’agriculture bio, Mohamad Barghach rappelle que l’un des défis de cette agriculture réside dans le fait qu’il faut traiter les terres qui ont été cultivées pendant de longues années de manière conventionnelle et en utilisant des eaux recyclées, polluant les terres et les cultures. A cela s’ajoutent les préoccupations suscitées par le coût éventuel élevé de l’agriculture bio et la difficulté de trouver des débouchés pour ces produits. Une difficulté que legouvernement peut aider à surmonter en facilitant la commercialisation des produits bio. « La nouvelle loi devrait augmenter les superficies cultivées bio et plus la quantité offerte augmentera, plus les prix baisseront », estime Temraz. D’ailleurs, Mohamed Fathi Salem, professeur d’agronomie à l’Université de Ménoufiya, affirme que l’extension des cultures bio augmentera considérablement les exportations de l’Egypte au point que ses exportations agricoles rapporteront cinq fois plus que le Canal de Suez.

Concernant les défis techniques de l’agriculture bio, Maisa Abdel-Moneim, directrice du Laboratoire central d’agriculture biologique au ministère de l’Agriculture, affirme que l’agriculture bio qui respecte les normes n’est pas plus coûteuse que l’agriculture conventionnelle. « Le véritable défi réside dans le fait qu’il faut changer certaines pratiques : arrêter l’utilisation des Organismes Génétiquement Modifiés (OGM), des pesticides et des engrais chimiques, favoriser le recyclage des déchets, lutter contre les insectes ravageurs des cultures avec les prédateurs naturels, et surtout utiliser l’eau douce dans l’irrigation », explique Abdel-Moneim. Elle explique que les terres ayant été exposées aux produits chimiques peuvent être cultivées selon le mode biologique après une période de « conversion ». « L’agriculteur qui souhaite devenir un producteur biologique certifié peut s’inscrire dans l’un des bureaux d’enregistrement et d’inspection. Ceux-ci, sous la supervision du ministère de l’Agriculture, veillent à ce que l’agriculteur suive les règles de production bio durant cette période de conversion qui est de 2 ans pour les cultures annuelles, de 3 ans pour les cultures pérennes comme l’arboriculture », explique la responsable. Selon elle, l’agriculture bio est un remède efficace aux problèmes émanant de l’usage des engrais synthétiques ou minéraux dans l’agriculture conventionnelle à des taux excessifs. C’est dans ce contexte qu’elle trouve dans ce mode d’agricultureune solution idéale àla pollution du sol et de l’eau qui cause souvent de graves maladies pour les consommateurs.

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