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Egypte-UA : Bilan fructueux et coopération renforcée

May Al-Maghrabi, Mardi, 11 février 2020

Devant le 33e sommet africain, les 9 et 10 février à Addis-Abeba, le président Abdel-Fattah Al-Sissi est revenu sur la présidence égyptienne de l’Union africaine. L’Egypte, qui a passé le relais à l’Afrique du Sud, reste engagée sur les questions de sécurité et de développement du continent.

Egypte-UA : Bilan fructueux et coopération renforcée

L’Egypte ne se dissociera pas de son environnement africain et est déterminée à poursuivre ses efforts sur le continent noir. C’est ce qu’a déclaré, dimanche, le président Abdel-Fattah Al-Sissi, dans son discours devant la séance inaugurale du 33e sommet de l’Union Africaine (UA), tenu les 9 et 10 février dans la capitale éthiopienne Addis-Abeba sous le thème « Faire taire les armes : favoriser les conditions adéquates au développement de l’Afrique ». Passant la main à son homologue sud-africain, Cyril Ramaphosa, le président Sissi l’a félicité, affirmant que l’Egypte soutiendra les efforts de l’UA. « J’ai eu l’honneur d’être à la tête de l’UA pendant un an. J’ai oeuvré en vue de relever les défis et de répondre aux aspirations des peuples du continent. Aujourd’hui, je m’engage à poursuivre la coopération avec l’union et à soutenir tout effort ou initiative en faveur de l’Afrique », a affirmé le président Sissi. L’Egypte a été élue membre du Conseil de paix et de sécurité de l’UA pour un mandant de deux ans (2020-2022). Un fait qui confirme son rôle actif en Afrique.

Dressant le bilan d’un an de présidence égyptienne de l’UA, le président Sissi a affirmé qu’elle a témoigné d’importantes contributions au niveau politique, économique et sécuritaire. Au niveau économique, le président a souligné le lancement du plan d’action 2021-2030 pour le développement de l’infrastructure en Afrique et du plan de liaison électrique continentale ainsi que du projet de liaison routière entre Le Caire et la capitale sud-africaine, qui devrait contribuer à la promotion du commerce interafricain. Sur le plan politique, il a rappelé que l’Egypte est parvenue à renforcer la sécurité et la paix sur le continent en mettant en avant le principe des solutions africaines aux problèmes africains. « L’Egypte a fait des progrès dans le renforcement de la paix et de la sécurité en Afrique et dans le renforcement des relations interafricaines. Elle a pris des mesures importantes pour régler les différends africains », a-t-il affirmé, en avouant que les conflits internes et le terrorisme restent parmi les principaux défis auxquels sont confrontés les pays africains.

Ayman Chabana, directeur du Centre des études africaines à l’Université du Caire, revient sur les mesures prises lors de la présidence égyptienne de l’UA en vue de réaliser l’intégration continentale, développer les infrastructures et instaurer la paix et la sécurité dans le cadre de l’agenda 2063 de l’UA. « Il y a eu le lancement de la zone de libre-échange africaine, la promotion des dossiers africains devant les instances internationales et l’approche égyptienne sur la lutte contre le terrorisme en Afrique », dit-il. Selon lui, le mandat égyptien à l’UA a été l’un des plus actifs. « Cette réussite revient au fait que l’Egypte a accordé un grand intérêt aux valeurs de coopération, d’entente, de défense des intérêts communs et de non-ingérence dans les affaires d’autrui », énumère Chabana.

Force africaine de lutte antiterroriste

C’est dans ce contexte d’engagement envers le continent que le président Sissi a lancé, lors de son discours, une nouvelle initiative sur la création d’une force africaine pour la lutte contre le terrorisme chargée d’établir la paix et la sécurité sur le continent. « L’Egypte est prête à accueillir un sommet africain spécial pour discuter de la création de cette force », a déclaré le président, appelant les pays de l’UA à se concerter sur la structure de cette force, qui oeuvrera sous la supervision du Conseil de paix et de sécurité de l’UA et du Comité technique spécialisé sur la défense, la sécurité et la sécurité. Le président Sissi a ajouté que les résultats seront présentés à la Commission de l’UA. Pour Mounir Al-Dib, spécialiste des groupes extrémistes, c’est une importante initiative pour s’attaquer au terrorisme qui sévit en Afrique. « Les approches partielles sont insuffisantes pour faire face à la menace terroriste, notamment dans la région du Sahel et en Libye. Et ce, sans oublier la présence de Daech en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale, et son expansion du Niger au Tchad. Une telle entité permettra de s’attaquer d’une manière plus effective au phénomène du terrorisme transfrontalier en Afrique », estime Al-Dib. Bien que la structure de cette force n’ait pas été encore définie, il est prévu qu’elle réunirait les forces militaires et les services de renseignements des pays africains. Al-Dib rappelle que dans le cadre de l’intérêt accordé par l’Egypte à la coordination avec l’Afrique sur ce dossier, Le Caire a créé en 2018 un centre CEN-SAD de lutte contre le terrorisme basé en Egypte.

La crise en Libye a été omniprésente sur la table de l’UA. C’est un dossier auquel l’Egypte accorde un grand intérêt. « Malheureusement, le consensus international que nous avons observé à Berlin a été rompu par des parties régionales bien connues qui n’ont cessé de violer l’embargo sur les armes et ont continué à envoyer des milliers de combattants étrangers de la Syrie vers la Libye », s’est indigné le président Sissi lors de la réunion du Conseil de paix et de sécurité de l’UA consacrée à la crise libyenne. Le président a mis en garde contre la menace que représente la situation actuelle en Libye pour la région arabe et africaine. « Les répercussions sécuritaires de la crise libyenne sont dangereuses et dépassent les frontières libyennes pour s’étendre aux pays voisins, dont les pays du Sahel qui ont de longues frontières avec le pays », a déclaré le président, exhortant le Conseil de paix et de sécurité de l’UA à adopter une position africaine ferme. Il a de même plaidé pour une approche intégrale destinée à agir en prenant en considération les dimensions sécuritaires, économiques, sociales et de développement, et en soutenant les efforts des pays du Sahel. « Une approche à laquelle avait appelé l’Egypte il y a déjà 9 ans », a rappelé le président Sissi.

Par ailleurs, le président Sissi a participé, samedi, au Forum des chefs d’Etat et de gouvernement des pays participant au Mécanisme Africain d’Evaluation par les Pairs (MAEP), tenu le 8 février au siège de l’UA à Addis-Abeba. Créé en 2003, il s’agit d’un dispositif de contrôle réciproque visant à favoriser la bonne gouvernance en Afrique. « Le Mécanisme Africain d’Evaluation par les Pairs (MAEP) a été fondé sur une volonté africaine incarnant notre principe des solutions africaines aux problèmes africains. Il est indépendant dans son travail et n’est soumis à aucune ingérence de l’intérieur ni de l’extérieur du continent », a indiqué le président.

En marge du sommet

Le président Sissi a investi ce rassemblement des chefs d’Etat africains pour négocier d’importants dossiers avec les leaders du continent. Lors de sa rencontre, dimanche, avec le secrétaire général des Nations-Unies, Antonio Guterres, il a souligné la volonté de l’Egypte de renforcer la coopération avec l’Onu sur les moyens de relancer son rôle dans la lutte contre la corruption. De son côté, Guterres a félicité le président Sissi pour les efforts intenses lors de sa présidence de l’UA. Lors de sa rencontre avec son homologue algérien, Abdel-Méguid Taboune, le président Sissi a souligné le soutien de l’Egypte à l’Algérie face au terrorisme. De son côté, le président algérien a salué les réalisations de l’Egypte dans les domaines de la sécurité, de la stabilité et du développement. Le président s’est par ailleurs entretenu, samedi, avec le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, de la promotion des relations bilatérales.

« La participation de l’Egypte au sommet de l’UA a été très active. Une réussite due à la stratégie du président Sissi, dont l’objectif est le retour de l’Egypte à son environnement africain », conclut le politologue Tareq Fahmi.

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