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L’enseignement au rythme de la nanotechnologie

Chaïmaa Abdel-Hamid, Mardi, 30 juillet 2019

L’Université du Caire s’apprête à ouvrir la première faculté de nanotechnologie d’Egypte et du Proche-Orient. Une mesure qui s’inscrit dans le cadre d’un plan de réforme ambitieux de l’enseignement supérieur. Explications.

L’enseignement au rythme de la nanotechnologie
La présence d'une faculté spécialisée en nanotechnologie permettra de développer et d'enrichir les recherches des étudiants au sein de leur pays.

Les préparatifs vont bon train pour l’inauguration, en septembre, de la première faculté de nanotechnologie à l’Université du Caire, qui devrait accueillir les étudiants à partir de la nouvelle année universitaire 2019-2020. Il s’agit de la première faculté de ce genre en Egypte et au Proche-Orient. Elle vise principalement à former des cadres spécialisés dans ce domaine et aptes à booster les programmes scientifiques en Egypte, en Afrique et au Moyen-Orient, comme l’a indiqué le recteur de l’Université du Caire, Mohamad Al-Khocht, affirmant qu’il s’agissait d’une importante étape sur la voie de la transformation en université de la 3e génération. « Cette faculté vise principalement à former des cadres spécialisés en nanotechnologie, l’un des domaines scientifiques les plus importants. La diversité des domaines dépendant de la nanotechnologie fait d’elle un pilier du plan de développement durable 2020-2030, du développement industriel et de la tournée vers l’intelligence artificielle », a affirmé le recteur de l’Université du Caire.

Le système d’étude dans cette faculté sera fondé sur des heures de crédit. Basé sur des systèmes et des normes de qualité, l’enseignement est conçu pour que les diplômés atteignent un niveau leur permettant d’être compétitifs sur le marché du travail international. « Des laboratoires équipés sont prêts, et nous nous penchons actuellement sur l’élaboration des programmes, le recrutement des professeurs qualifiés nécessaires et l’obtention des budgets pour la recherche scientifique au sein de la faculté », a souligné Al-Khocht. La nouvelle faculté travaillera avec d’autres disciplines scientifiques, comme la physique, la chimie, les sciences des matériaux, la biologie et l’ingénierie. Par ailleurs, un accord de coopération scientifique a été signé avec l’Université de Hiroshima, au Japon, permettant d’octroyer un double diplôme aux étudiants des facultés scientifiques qui suivent en parallèle des études en nanotechnologie.

L’avenir de la science

La création de la faculté s’inscrit dans le cadre du plan de réforme de l’enseignement supérieur, qui vise à mettre à jour ce dernier avec les derniers développements technologiques. A cet égard, le premier ministre, Moustapha Madbouli, a déclaré que l’Egypte s’engageait dans la création d’universités des 3e et 4e générations. « On étudie actuellement les moyens d’ouvrir des facultés d’intelligence artificielle dans toutes les universités », a-t-il indiqué.

Mohie Mansour, ancien vice-recteur de l’Université de Béni-Soueif et expert en nanotechnologie, souligne que la nanotechnologie et les nano sciences constituent la révolution technologique et scientifique d’aujourd’hui. Elles se situent au croisement de plusieurs disciplines scientifiques, comme l’électronique, la mécanique, la chimie, l’optique et la biologie. Ce qui fait l’importance de cette science en termes de développement industriel et d’intelligence artificielle. « Commencer la réforme de l’enseignement supérieur par la création d’une faculté de nanotechnologie est un bon choix, vu les avancées réalisées par l’Egypte dans ce domaine. Cette science peut être exploitée pour développer les secteurs de la santé, de l’industrie, de l’environnement et de même le secteur militaire. D’où l’importance, voire la nécessité, de poursuivre les recherches, afin d’être au même niveau ou, du moins, de diminuer l’écart entre les pays avancés en ce domaine et l’Egypte », indique Mansour.

Selon le site Statnano.com, qui établit un classement international des pays en matière de recherches en nanotechnologie, l’Egypte occupe la 20e place sur un total de 106 pays, avec 2 235 recherches publiées en 2018 dans ce domaine, contre 1 786 en 2017. Mansour affirme que la nanotechnologie redéfinira la notion des sciences à l’avenir et qu’elle constituera un moteur pour l’économie mondiale en raison de ses applications déterminantes dans la production d’énergie, le dessalement de l’eau et la création de nouveaux matériaux dotés de qualités spécifiques et utilisés dans de nombreuses industries lourdes et pour la construction. La nanotechnologie intervient également dans le secteur des équipements médicaux et pharmaceutiques, la fabrication de médicaments, le traitement et la fabrication de produits dentaires et autres.

Définir une vision claire

Concernant l’importance de la nouvelle faculté, la députée Magda Nasr, membre de la commission de l’éducation et de la recherche scientifique au parlement, explique que les études de nanotechnologie en Egypte se faisaient, jusqu’à présent, sous forme de recherches et dans des centres spécialisés au sein des campus universitaires, à l’exemple de celui de Kafr Al-Cheikh. Mais « la présence d’une faculté spécialisée dans la plus grande université gouvernementale contribuera à l’essor de cette discipline scientifique, avec la formation de chercheurs spécialisés », affirme-t-elle. Et d’ajouter : « Les étudiants voulant effectuer des recherches dans ce domaine se trouvaient obligés de partir à l’étranger pour poursuivre leurs études. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas, puisque les étudiants de toutes les facultés scientifiques pourront développer et enrichir leurs recherches au sein de leur pays ».

Gamal Chiha, président de la commission de l’éducation et de la recherche scientifique au parlement, souligne, pour sa part, que la création de la faculté de nanotechnologie permettra de « définir une vision claire pour la recherche scientifique et de réaliser une intégration entre les différentes universités et centres de recherche, avec, en tête, le réseau national pour les recherches en nanotechnologie, dépendant de l’Académie de la recherche scientifique ».

« On a besoin de révolutionner l’enseignement supérieur et la recherche scientifique pour rattraper les progrès scientifiques et technologiques importants que connaît le monde. Ce qui implique une réforme de fond en comble de l’enseignement universitaire », avait déclaré le président Abdel-Fattah Al-Sissi lors du Forum international de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique, tenu en Egypte en avril dernier. Un défi que l’Egypte a décidé de relever.

Principaux axes du plan de réforme de l’enseignement supérieur

— Lier les programmes d’études au développement numérique.

— Réformer l’enseignement technique grâce à la création d’universités technologiques. Quatre d’entres elles seront opérationnelles à partir de cette année 2019-2020.

— Fonder des universités de 3e et de 4e générations, et introduire de nouvelles disciplines pour répondre aux demandes du marché du travail et créer les emplois exigés par le développement technologique, tout en liant l’enseignement au développement durable.

— Créer de nouvelles universités civiles et gouvernementales ainsi que des filiales d’universités internationales.

— Faire évoluer le système d’enseignement et des examens, qui seront électroniques. Une grande partie des études sera basée sur la recherche et la compétence au détriment de l’apprentissage par coeur.

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