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Unis contre la corruption

May Al-Maghrabi, Mardi, 18 juin 2019

Tenu les 12 et 13 juin à Charm Al-Cheikh, le premier Forum africain de lutte contre la corruption s’est penché sur les moyens de faire face à ce fléau à l’échelle du continent. Retour sur deux jours riches en débats.

Unis contre la corruption

« Les participants au forum ont convenus qu’il est nécessaire d’élaborer une stratégie intégrale de lutte contre la corruption qui menace la stabilité du continent et entrave son développement », a déclaré le ministre Chérif Seifeddine, président de l’Autorité de Contrôle Administratif (ACA), en annonçant les 10 recommandations adoptées par le premier Forum africain sur la lutte contre la corruption. Un événement qui vise à renforcer la coopération interafricaine en matière de lutte contre la corruption (voir sous-encadré). Le forum s’est tenu les 12 et 13 juin à la station balnéaire de Charm Al-Cheikh avec la participation de 51 pays africains et 4 pays arabes, représentés au niveau des ministres de l’Intérieur, de la Justice, des organes de lutte contre la corruption et de ceux chargés des gains illicites dans les pays africains. L’agenda du forum, dont les travaux ont été lancés, mercredi, par le président Abdel-Fattah Al-Sissi, incluait plusieurs sessions sur les moyens de stimuler les efforts nationaux de lutte contre la corruption dans les pays africains. L’objectif principal est d’encourager les pays africains à adopter des politiques et des plans d’action visant à éradiquer la corruption, à sensibiliser les populations aux dangers de ce fléau et à mettre l’accent sur les efforts de développement. Pour l’Egypte, combattre la corruption en Afrique est une priorité sur son agenda de la présidence de l’Union Africaine (UA).

Les progrès de l’Egypte

Dans son discours prononcé, mercredi lors de la séance inaugurale, le président Sissi a affirmé que l’Egypte a beaucoup progressé ces dernières années dans la lutte contre la corruption. « L’Egypte est attachée à mener des recherches, des études et des sondages d’opinion afin d’identifier les raisons de la corruption, ainsi que les mesures nécessaires pour y remédier », a dit le président. Il a cité, entre autres, les lois promulguées en vue de lutter contre la corruption et la création de l’Académie nationale de lutte contre la corruption qui offre des stages de formation aux cadres africains sur les mécanismes judiciaires, sécuritaires et administratifs de la lutte anticorruption. « La tenue de ce forum émane de la conviction de l’Egypte de l’importance de consolider l’action africaine commune et d’échanger les expertises en matière de lutte contre la corruption », a souligné le président. Il a promis que l’Egypte doublera le montant des bourses accordées par l’Académie nationale de lutte contre la corruption aux cadres africains. Il a souligné que la corruption, qui sévit sur le continent, entrave la réalisation du programme de développement de l’Agenda 2063 pour l’Afrique. « Il est donc devenu nécessaire d’intensifier les efforts conjoints pour lutter contre la corruption dans les domaines politique, législatif, judiciaire et réglementaire », a-t-il exhorté.

Des propos salués par le ministre ougandais de la Sécurité qui a déclaré que « l’Egypte est l’un des principaux pays à avoir modifié son classement sur l’indice de la corruption en peu de temps ». Selon un rapport de l’ONG Transparency International sur la perception de la corruption en 2018, l’Egypte occupe la 105e place sur 180 pays alors qu’elle occupait la 117e place en 2017. Elle a une note de 35/100 contre 32/100 en 2017. Selon Nour Al-Charqaoui, membre du Conseil économique africain, « le forum a été une occasion pour l’Egypte de partager avec les pays africains son expérience réussie en matière de gouvernance et de lutte contre la corruption. Avec sa stratégie 2014-2018, l’Egypte a réussi à porter des coups durs à la corruption. Elle a renforcé le rôle des appareils de contrôle, réformé l’appareil administratif et modifié des législations relatives à la lutte contre la corruption. Un combat que l’Etat est déterminé à mener jusqu’au bout en mettant en place la deuxième phase de cette stratégie anticorruption 2019-2022 ».

Un défi de taille

Mettant l’accent sur l’ampleur du phénomène en Afrique, le rapport de Transparency International pour l’année 2018 affirme que le continent est la région du monde où la corruption est la plus forte. L’ONG classe chaque pays selon une note allant de 0 (fortement corrompu) à 100 (très peu corrompu) et la moyenne africaine se situe à 32, contre 43 pour la moyenne mondiale. D’ailleurs, le rapport constate qu’approximativement 43 % des Africains vivent dans la pauvreté, tandis que des avoirs volés estimés à 50 milliards dollars s’échappent du continent chaque année et les fonds détournés représentent 25 % des pertes de ressources liées au développement en Afrique. Conscients de l’ampleur du défi, les participants au forum étaient convaincus que la lutte contre la corruption, la bonne gouvernance et le respect de l’Etat de droit constituent les seuls moyens de parvenir au développement.

Comment l’Afrique peut-elle gagner cette guerre contre la corruption ? L’économiste Rachad Abdou explique que la corruption est un problème à la fois politique, économique et éthique. « Outre les richesses pillées, la corruption dissuade les investisseurs et décourage les efforts de développement. Vu qu’il s’agit d’un problème à multiples dimensions, les remèdes à y porter doivent être intégraux. Et c’est pourquoi à la clôture du forum, il a été recommandé de lancer un plan stratégique intégral pour la lutte contre la corruption en Afrique », indique Rachad Abdou.

Selon lui, le plan recommandé pour l’UA doit englober plusieurs volets, dont la recherche et l’analyse stratégiques, la formation et le développement des capacités, l’apprentissage mutuel, le partage des informations et la collecte des données sur les meilleurs moyens de lutter contre la corruption. Il est nécessaire, selon lui, d’identifier les raisons de la diffusion de ce phénomène en Afrique. « La lutte contre la corruption nécessite un environnement propice qui permet la mise en place de politiques de lutte contre la corruption. La corruption est un facteur qui contribue à la crise de la démocratie en sapant les institutions démocratiques qui, à leur tour, ne sont plus en mesure de contrôler la corruption. Un dilemme pas facile à surmonter sans une volonté sincère et des mécanismes de contrôle stricts et intègres », estime l’expert.

Trouver les budgets nécessaires pour la mise en place des programmes anticorruption est un autre défi. « Il faut étudier les moyens d’assurer à l’UA les ressources nécessaires pour permettre aux institutions et aux juridictions d’assumer leurs rôles », constate Rachad Abdou, qui juge nécessaire d’associer la société civile à cette guerre anticorruption. . Il reste que les défis de la lutte anticorruption sont de taille et nécessitent beaucoup d’efforts de la part des pays africains.

Les dix recommandations du forum

— Adoption d’un plan stratégique intégral de lutte contre la corruption en Afrique.

— Mise en place d’un indicateur africain pour la perception de la corruption.

— Lancement d’une plateforme continentale chargée de suivre les procès de corruption et les efforts de lutte contre ce fléau. Les pays africains se sont engagés à respecter les conventions onusiennes qu’ils ont ratifiées.

— Création d’un mécanisme électronique sécurisé pour l’échange instantané des informations relatives au blanchiment d’argent et au financement du terrorisme entre les Etats ayant des intérêts communs.

— La mise en place d’un dispositif de coopération juridique entre les pays africains concernant la restitution des fonds détournés. Il s’agit d’un protocole qui doit être annexé à la Convention de l’Union africaine sur la prévention et la lutte contre la corruption.

— La révision périodique des mécanismes anticorruption et leur développement conformément aux nouvelles données.

— Le renforcement de la coopération avec les partenaires internationaux en vue d’assurer les moyens techniques et financiers requis pour la lutte anticorruption.

— La multiplication des protocoles de coopération entre l’Académie nationale de lutte contre la corruption en Egypte, les centres de formation et les autorités de contrôle africaines.

— La tenue périodique du Forum africain de lutte contre la corruption.

— Le développement des compétences des organismes africains de la lutte contre la corruption.

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