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Attentat d’Al-Arich : La riposte sans répit des forces de l’ordre

May Al-Maghrabi, Mardi, 11 juin 2019

Les auteurs de l’attentat terroriste, qui a ciblé mercredi 5 juin un barrage de sécurité à la ville d’Al-Arich et qui a fait 8 martyrs, ont été éliminés cette semaine par les forces de l’ordre. L’attentat était une tentative désespérée de discréditer les efforts de lutte antiterroriste en Egypte.

Attentat d’Al-Arich : La riposte sans répit des forces de l’ordre
Environ 650 terroristes ont été tués au Nord-Sinaï depuis le début de l’opération Sinaï 2018.

La traque des terroristes au Nord-Sinaï se poursuit depuis l’attentat meurtrier ayant ciblé mercredi 5 juin un barrage de sécurité à la ville d’Al-Arich, chef-lieu du Nord-Sinaï, faisant 8 martyrs dans les rangs de la police. L’attentat a eu lieu aux premières heures du premier jour de l’Aïd Al-Fitr, marquant la fin du mois du Ramadan, lorsque environ une vingtaine d’éléments terroristes ont attaqué un barrage de la police à l’ouest d’Al-Arich. Bilan : huit martyrs parmi les policiers et trois blessés. Lors des échanges de tirs, « cinq terroristes ont été tués et certains ont pris la fuite », selon le communiqué du ministère de l’Intérieur publié mercredi. L’attentat a été revendiqué par le groupe terroriste Ansar Beit Al-Maqdès, branche locale du groupe terroriste Daech au Sinaï.

La riposte des forces de sécurité n’a pas tardé. 26 terroristes impliqués dans cet attentat ont été éliminés dans le cadre d’une opération de sécurité menée dans la province suite à l’attentat. Samedi, les forces de sécurité ont « perquisitionné dans le secteur d’Abou-Aïta à Al-Arich un bâtiment utilisé comme abri par les terroristes. Des échanges de coups de feu ont eu lieu, faisant quatre morts parmi les terroristes qui étaient munis de trois fusils automatiques et d’une ceinture explosive », a affirmé le ministère de l’Intérieur dans un communiqué. Jeudi, le ministère a annoncé avoir abattu 14 éléments terroristes à Al-Arich, faisant partie du groupe ayant commis l’attentat. Selon le ministère, « les assaillants ont été pourchassés et bloqués dans l’une des maisons abandonnées dans la cité Massaïd à Al-Arich », précise le communiqué, ajoutant qu’après l’assaut, 14 armes automatiques, 3 engins explosifs et 2 ceintures explosives ont été saisis. Vendredi, 8 autres terroristes issus du même groupe ont été liquidés lors d’un échange de tirs avec les forces de sécurité. « Les terroristes étaient dissimulés dans une oliveraie au sud d’Al-Arich », selon le communiqué du ministère. L’opération sécuritaire de vendredi a permis en outre de saisir 5 fusils, des explosifs et 2 ceintures explosives.

La riposte des forces de l’ordre visait à « venger le sang des martyrs » et à prévenir toute attaque terroriste dans le Sinaï, où les groupes terroristes subissent des coups durs depuis le lancement en février 2018 de l’opération militaire antiterroriste globale Sinaï 2018. Selon les chiffres officiels, environ 650 terroristes ont été tués au Nord-Sinaï depuis le début de l’opération. D’ailleurs, des dizaines de foyers terroristes ont été détruits et d’énormes quantités d’armes ont été saisies dans le cadre de cette opération. Certains experts affirment que l’attentat d’Al-Arich est une « tentative ratée de la part du groupe terroriste Daech pour déstabiliser le pays, discréditer les efforts de la lutte antiterroriste et prouver que le groupe existe encore, en dépit de ses multiples revers ». La communauté internationale a dénoncé dans les termes les plus fermes l’attentat, affichant sa solidarité avec l’Egypte dans sa guerre contre le terrorisme. D’ailleurs, les institutions politiques et religieuses de l’Etat ont fustigé « un acte perfide qui ne parviendra pas à briser les Egyptiens ».

L’échec malgré un bilan lourd

L’attentat intervient à deux semaines du coup d’envoi de la Coupe d’Afrique des Nations de football (CAN) organisée en Egypte. Un événement au cours duquel les yeux du monde entier seront braqués sur l’Egypte. L’expert sécuritaire Mohamad Zaki loue « l’héroïsme des éléments du barrage de sécurité ». « Ils ont lutté farouchement jusqu’à la dernière balle, et ont réussi à mettre en échec une opération d’envergure si les terroristes avaient réussi à s’infiltrer dans la ville. L’un des terroristes portait une ceinture explosive et il semblait avoir planifié une opération terroriste à l’intérieur d’Al-Arich lors de la prière de l’Aïd », pense Zaki. Il ajoute que la riposte immédiate des forces de sécurité est un message dissuasif à tous ces groupes qui tentent de porter atteinte à la sécurité nationale.

Terrorisme acculé

Un décryptage partagé par Ahmad Ban, spécialiste des mouvements islamistes, qui considère cet attentat comme un échec malgré son bilan lourd pour la police. Selon lui, les circonstances de l’attentat témoignent que les groupes terroristes dans le Sinaï sont plus que jamais acculés et leurs capacités réduites. « Le choix d’une cible vulnérable comme un barrage de sécurité fixe prouve que les terroristes ne sont plus en mesure d’attaquer des bâtiments militaires ou policiers, comme auparavant. D’ailleurs, les armes utilisées dans cet attentat sont des armes légères. En fait, les terroristes peinent à se réarmer à cause des mesures prises par l’armée dans le cadre de la campagne militaire antiterroriste en cours. Autrefois, ils utilisaient des tactiques quasi guerrières et avaient recours à l’arme lourde et d’énormes quantités d’explosifs », explique Ban.

Parmi ces mesures, il mentionne la destruction des tunnels entre la bande de Gaza et le Sinaï utilisés pour l’infiltration des armes et des terroristes, la construction d’une zone tampon d’environ 1 km au Nord-Sinaï, ainsi que le contrôle strict des frontières terrestres et maritimes du Sinaï. Quant au motif de cet attentat, Ban pense qu’il n’y a pas de lien apparent entre l’attaque d’Al-Arich et l’extradition du terroriste Hicham Al-Achmawi vers l’Egypte. « Hicham Al-Achmawi est dissident du groupe Ansar Beit Al-Maqdès depuis qu’il a prêté allégeance à Daech. En Libye, il a fondé le mouvement Ansar Al-Islam, proche de l’organisation d’Al-Qaëda. Or, il y a une grande rivalité entre Daech et Al-Qaëda, ce qui écarte l’hypothèse d’un acte de représailles après l’extradition d’Al-Achmawi. L’attentat d’Al-Arich fait partie des attaques sporadiques lancées par Daech pour tenter de résister aux coups durs qu’ils ont subis au Sinaï. La résurgence de ces attentats fait aussi partie des plans du groupe en Iraq et en Syrie où il tente de resserrer ses rangs. Les terroristes adoptent désormais la stratégie des loups solitaires avec des attaques limitées pour prouver qu’ils sont toujours actifs », explique Ban.

Il reste que la guerre contre le terrorisme n’est pas terminée et il est difficile d’éliminer le terrorisme à 100 %, comme l’estime l’expert. « Eradiquer définitivement le terrorisme dans le Sinaï ne sera pas une tâche facile. La nature montagneuse du terrain, sa proximité avec la bande de Gaza ainsi que les mutations que connaissent ces groupes terroristes dans des pays comme l’Iraq et la Syrie sont des facteurs qui révèlent l’ampleur et la nature de la guerre antiterroriste en cours, une guerre qui nécessitera beaucoup de temps. Mais déjà les résultats réalisés jusqu’à présent sont prometteurs », affirme Ban. Il note que le nombre d’attentats terroristes a baissé depuis 2018 par rapport aux quatre années précédentes, et par conséquent, l’ampleur de la menace terroriste a baissé.

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