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Les élèves offline, le ministère s’explique

May Atta, Mardi, 02 avril 2019

Dans sa première expérimentation, le nouveau système électronique d’examens n’a pas fonctionné. Les élèves sont indignés, les responsables se défendent et les experts poursuivent leur débat sur la réforme de l’éducation.

Les élèves offline, le ministère s’explique
600 000 élèves de la première année secondaire étaient au chômage technique, les 24 et 25 mars, n’ayant pas pu accéder à leurs examens sur la nouvelle plateforme électronique.

S’agit-il d’une simple panne technique ou d’une faille de tout un système éducatif mis en place à la hâte ? La question est sur toutes les lèvres depuis l’échec, la semaine dernière, de la première expérience d’examens électroniques, les élèves de la première secondaire n’ayant pas pu accéder aux examens expérimentaux via leurs tablettes. 600 000 élèves de la première année secondaire de plusieurs gouvernorats se sont trouvés, les 24 et 25 mars, au chômage technique n’ayant pu accéder à leurs examens sur la nouvelle plateforme électronique du ministère de l’Education, faute de connexion Internet. « Un problème qui peut survenir et que le ministère oeuvre à régler », comme l’a assuré Tareq Chawqi, ministre de l’Education. D’ailleurs, mercredi 28 mars, le ministre a annoncé que le problème avait été réglé et que des centaines de milliers d’élèves ont passé leurs examens sur tablette sans souci. Certains ont pu passer leurs examens à travers un autre site Internet, Pearson, qui collabore avec le ministère de l’éducation.

Pour ce dernier, cette panne est loin de remettre en cause le nouveau système éducatif entré en vigueur depuis septembre 2018. « Le nouveau système constitue une réforme de fond en comble qu’il ne faut pas réduire à l’usage de tablettes ou juger sur une simple panne technique. C’est toute une nouvelle philosophie et de nouvelles méthodes d’enseignements touchant le fond et la forme du processus éducatif », a dit Chawqi pour répondre aux critiques.

Selon certains experts, il est normal que de telles difficultés techniques apparaissent, surtout qu’il s’agit de la première expérience du genre en Egypte. C’est notamment l’avis de Hassan Chéhata, expert pédagogique et spécialiste des programmes scolaires à l’Université de Aïn-Chams, qui ne trouve pas de raison pour ce tollé. « Pour faire réussir ce système, les gens doivent patienter au lieu de le critiquer sans fondements valables. Le nouveau système vise à remplacer l’ancien graduellement et ses fruits ne pourront pas être récoltés du jour au lendemain. Personne ne peut nier que les problèmes structuraux persistent, mais nous ne pouvons pas régler tous les problèmes avant de lancer la réforme », estime Chéhata. Il ajoute que ce problème éphémère ne doit pas faire oublier les avancées, telles que l’accès des écoles à Internet, les manuels scolaires élaborés conformément aux standards internationaux ainsi que la formation des enseignants. Autant de réalisations en vue de réformer le système d’enseignement pré-universitaire, même s’il faut déployer davantage d’efforts à l’avenir. Vision partagée par Magda Nasr, membre de la commission parlementaire de l’éducation, qui affirme que cette réforme en profondeur du système éducatif, qui a beaucoup tardé, est nécessaire. « Même si le taux de succès de la première année de l’application de ce système est de 50 %, on peut quand même se féliciter d’avoir marqué une réussite. C’est avec l’expérience qu’on peut identifier les points faibles du nouveau système et oeuvrer à y remédier », défend Nasr.

Au-delà d’une défaillance technique

Les élèves offline, le ministère s’explique
Le ministre de l'Education, Tareq Chawqi.

Or, pour d’autres, s’il y a des défaillances techniques, c’est que le ministère veut aller trop vite et appliquer le nouveau système avant même de lui assurer les moyens de réussite. Appliqué en septembre 2018, le nouveau système de modernisation de l’enseignement pré-universitaire est basé sur la technologie moderne, la réflexion et la recherche plutôt que sur la mémorisation. L’un de ces changements consiste à fournir aux étudiants de première secondaire des tablettes et des cartes SIM gratuites, afin de leur permettre d’accéder à leurs programmes et de les aider à résoudre leurs examens en ligne via les tablettes. Une partie de la relance du programme consiste à introduire un système numérique pour remplacer les anciens examens sur papier. La correction des épreuves et leur notation seront électroniques, et ceci via des logiciels spécialisés. Ainsi, le professeur de classe n’interviendra pas dans l’élaboration des examens. Un système destiné à arrêter les fuites des épreuves sur les réseaux sociaux. Ce système doit aussi remplacer les livres scolaires par la « Banque de connaissances ». Cela peut sensiblement diminuer le budget de la publication des livres scolaires. Alors, le gouvernement a signé 7 contrats de partenariat avec des entreprises internationales spécialisées dans les domaines de l’enseignement numérique et de l’élaboration des programmes scolaires comme York Press et Encyclopedia Britannica, dont l’objectif est d’atteindre l’objectif de compréhension plutôt que de mémorisation, ce que le système éducatif national égyptien a constamment accusé.

Les programmes scolaires n’ont pas été changés cette année, mais c’est la méthode d’évaluation qui est modifiée. Mais le problème est que le ministère de l’Education n’a pu délivrer les tablettes aux étudiants qu’à la moitié du mois de mars, et ils ont dû publier les livres scolaires et les étudiants n’ont pas profité de la « Banque de connaissances » jusqu’à présent, comme l’explique Hagar Diab, mère d’une fille en première secondaire. « Je sais que les examens de mars sont expérimentaux et que les notes ne sont pas calculées, mais nous avons besoin de plus de formation sur l’utilisation de tablette. Les parents ne sont pas contre le nouveau système ; cependant, il doit être appliqué correctement avec toutes les conditions nécessaires pour assurer la discipline et le confort des étudiants ». Elle ajoute que le gouvernement a promis que le nouveau système, surtout la banque de connaissances, diminuerait les cours privés, ce qui n’est pas la vérité, parce que les étudiants n’ont pas reçu les tablettes qu’au mois de mars et sans la banque de connaissances. Nachwa Omar, pédagogue, appelle le gouvernement à fortifier les câbles de connexion Internet. « Il est également crucial d’améliorer la formation des enseignants pour s’adapter à ce système. Il faut activer la banque de connaissances pour diminuer les cours privés », ajoute-t-elle.

Reste que, malgré les divergences de points de vue autour du nouveau système, il ne pourra pas effacer du jour au lendemain l’héritage de trois décennies de système éducatif qui laisse à désirer. L’affaire nécessite donc plus de temps et des moyens pour atteindre les objectifs envisagés.

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