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Egyptsat-A en orbite

May Atta, Mardi, 26 février 2019

Développé en coopération avec la Russie, le satellite égyptien de télécommunications Egyptsat-A a été lancé avec succès au Kazakhstan. Il fournira des images de très haute résolution et servira dans des domaines aussi divers que l’agriculture, le développement durable et l’environnement.

Egyptsat-A en orbite
Egyptsat-A est un satellite capable de prendre des photos de très haute résolution.

La Russie a lancé, jeudi 21 février, avec succès, le satellite de télécommunications Egyptsat-A, conçu pour l’Egypte. Une fusée Soyouz transportant le satellite a décollé à 16h47 GMT au cosmodrome russe de Baïkonour, au Kazakhstan. Lorsque tous les tests seront terminés, le contrôle du satellite passera entièrement aux mains de l’Egypte. Le satellite a été développé par la société russe Energia Space Rocket Corporation et l’Autorité nationale égyptienne de la télédétection et des sciences spatiales. Une délégation égyptienne de haut rang, dirigée par le président de l’Autorité nationale de la télédétection et des sciences spatiales, Mahmoud Hussein, l’ex-président du programme spatial, Ali Sadeq, et le président de l’administration des satellites auprès de l’Autorité, Mohamad Al-Qoussi, a assisté à l’opération de lancement aux côtés de la délégation russe.

« Le satellite Egyptsat-A sert des objectifs de recherche scientifique, de télédétection ainsi que divers domaines du développement durable », indique Khaled Abdel-Ghaffar, ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique. Et d’ajouter que le satellite Egyptsat-A pèse 1 150 kg et se déplace à une vitesse de 22 km par seconde. Sa mission durera 11 ans. D’un coût de 100 millions de dollars, il s’agit du troisième satellite égyptien et d’une évolution du satellite Egyptsat-2, lancé en avril 2014 et perdu en février 2015 suite à une tempête solaire. Le satellite Egyptsat-1, lancé en 2007, avait, lui, cessé son activité en raison d’un dysfonctionnement des communications, 3 ans et 3 mois après le début de sa mission, qui devait durer 5 ans.

Le nouveau satellite est équipé de techniques sophistiquées, qui ont permis d’accroître sa capacité de mémoire. L’appareil doit notamment fournir des images de haute résolution de la surface terrestre. Islam Aboul-Magd, conseiller pour les affaires africaines du ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, explique qu’Egyptsat-A est un satellite capable de prendre des photos de très haute résolution. « Par rapport à Egyptsat-2, Egyptsat-A intègre des systèmes de commande électriques et de contrôle de vol modernisés, une charge utile d’imagerie améliorée et un système de communication à débit plus élevé. Le système d’imagerie électro-optique comprend un télescope d’observation de la terre et une caméra pouvant détecter des caractéristiques de la surface aussi petites qu’un mètre (3,3 pieds) », précise-t-il. Aboul-Magd ajoute que le satellite est très intéressant pour l’Egypte, puisqu’il servira les secteurs de l’environnement et de l’agriculture. « Il est d’une grande importance pour les domaines de l’agriculture, des mines, de la planification urbaine et de l’environnement, ainsi que pour la détection de risques naturels, tels que la désertification et les inondations ».Egyptsat-A facilitera par ailleurs le suivi des mégaprojets nationaux, comme la Nouvelle Capitale administrative, la montagne Al-Galala et la nouvelle ville d’Alamein.

Le satellite permettra donc de recueillir des images utiles pour un grand nombre de domaines et de projets. Il peut ainsi faire le travail des personnes qui collectent des informations relatives aux surfaces agricoles et urbaines, aux cultures ainsi qu’aux bâtiments construits sans permis sur des terrains agricoles. A titre d’exemple, les photos prises par les satellites permettent de connaître avec exactitude la superficie des terrains cultivés dans le pays ainsi que la rentabilité exacte par feddan, soit de fournir des données informatiques précises sur les performances agricoles et qui permettent aussi d’améliorer ces dernières. La technologie spatiale sert en outre à recenser les zones d’eau potable, les puits dans le désert ou encore les mines et les ressources naturelles. Le nouveau satellite renforcera également le rôle de l’Egypte aux niveaux arabe et africain dans les domaines de la recherche scientifique et du développement. Aboul-Magd souligne que l’Egypte envisage de lancer encore plus de satellites et de développer ce domaine, surtout dans le contexte de la fondation de l’Agence spatiale africaine cette année, dont le siège se situera en Egypte.

Nouveaux horizons scientifiques

L’Egypte essaie de se doter de la technologie spatiale depuis la fin des années 1990, afin de franchir de nouveaux horizons scientifiques et technologiques. Le parlement a approuvé, en 2017, un projet de loi sur la création d’une agence spatiale. Cette loi règle la création d’une agence spatiale égyptienne jouissant d’une indépendance financière et administrative. La loi détermine le programme, le budget et les prérogatives de l’Agence spatiale, dont les locaux ont déjà été construits en 1999 sur une superficie de 100 feddans, dans la région d’Al-Tagammoe Al-Khamès, à la périphérie du Caire. Adel Yéhia, ancien directeur du Conseil des recherches spatiales à l’Académie des recherches scientifiques et technologiques, explique : « L’Egypte essaie de construire le premier satellite à 100 % égyptien. L’Agence spatiale égyptienne va promouvoir l’exploitation et l’usage pacifiques de l’espace, faire progresser la connaissance de l’espace au moyen de la science et faire en sorte que les Egyptiens tirent profit des sciences et techniques spatiales sur le plan tant social qu’économique. Nous avons des experts qui ont participé aux travaux relatifs aux trois satellites et qui ont assez d’expérience pour poursuivre le travail ».

Yéhia estime par ailleurs que l’Egypte a tardé à exploiter la technologie spatiale puisque, depuis la fin de la Guerre froide, plus de 30 pays l’utilisent et la développent déjà. « Nous utilisons les 36 satellites américains, comme la plupart des pays qui n’ont pas de satellite national. Ce qui limite notre action. Par exemple, durant les inondations, nous avons demandé plusieurs photos des sites où il y a eu des inondations en Egypte, mais l’agence qui dirige les satellites américains a refusé. Nous utilisons ces photos pour identifier les régions qui peuvent être inondées et la direction des inondations, afin de prendre les dispositions nécessaires à l’avenir. Le satellite égyptien peut aider le pays et fournir des images dans tous les domaines et dont le coût dépasse les centaines de millions de dollars à l’achat », conclut Yéhia. Toute une série d’avantages donc qui exhortent les spécialistes à appeler l’Etat à accélérer l’élaboration d’un programme spatial national à court et à long termes, la fixation du budget nécessaire et le recrutement des spécialistes et des techniciens qui y participeront.

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