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Appelés à partir

May Atta, Mardi, 02 octobre 2012

Les informations sur leur « transfert » forcé de certains villages où ils se sentent menacés inquiètent les défenseurs des droits de l’homme. Le gouvernement minimise les faits.

Coptes
Reuters: Les coptes multiplient les protestations pour se faire entendre des autorités.

Les coptes craignent de plus en plus pour leur sécurité depuis l’arrivée au pouvoir d’un gouvernement islamiste. Une peur qui n’est pas complètement injustifiée. Les incidents où ils se trouvent obligés de quitter leurs villages se sont dernièrement accélérés. Leurs femmes qui ne portent pas le voile islamique se plaignent de harcèlement systématique, surtout dans les petits villages. Des ennuis qui prennent des tours dangereux dès que la tension confessionnelle est exacerbée suite à une simple rixe impliquant musulmans et chrétiens, ou comme ce fut le cas suite à la diffusion le mois dernier d’un film anti-islam, suivi par la publication en France de caricatures représentant le prophète Mohamad.

De Amériya à Alexandrie, à Dahchour à Guiza et de la Haute-Egypte au Sinaï, le phénomène prend de l’ampleur. La semaine dernière, une altercation verbale entre deux femmes dans un microbus dans le gouvernorat d’Assiout en Haute-Egypte s’est soldée par la mise à feu, jeudi, d’une maison appartenant à une famille copte et à la fuite de plusieurs familles, craignant pour leur sécurité, vers une destination secrète.

Mais c’est la fuite des coptes de Rafah qui a attiré le plus l’attention des médias, après une réaction officielle de l’Eglise dénonçant le laxisme des autorités face aux menaces contre la communauté copte de la ville.

Vendredi, des habitants et des responsables avaient annoncé que plusieurs familles coptes de Rafah avaient fui après avoir reçu des menaces de mort. « Ces familles sont parties volontairement, car elles craignaient pour leur vie après les menaces », a déclaré le père Michel Antoine, de l’Eglise d’Al-Arich. Selon lui, Rafah comptait neuf familles coptes avant ces départs, alors qu’ils étaient une vingtaine avant la mise à feu de l’église de la ville au lendemain de la révolution de janvier 2011. « Certaines familles ont quitté la ville et sont allées à Al-Arich, à une trentaine de kilomètres à l’ouest, d’autres familles ont retrouvé leurs villages d’origine pour se loger chez des parents, alors qu’ils vivaient là depuis plus de 20 ans », a précisé le prêtre qui souhaite que la présence sécuritaire, renforcée ces derniers jours, puisse les encourager à retourner.

La semaine dernière, des tracts ont circulé dans la ville exigeant, sous peine de mort, le départ de la petite communauté copte locale, et quelques jours plus tard, un magasin appartenant à une famille copte a été mitraillé, ont rapporté des habitants, ajoutant que les autorités locales n’avaient pris aucune mesure de protection pour les coptes.

Le patriarcat copte a publié un communiqué vendredi dénonçant le « laxisme » des autorités face à leur responsabilité de sécuriser les familles coptes à Rafah, « malgré les rapports de presse sur leurs doléances qui perdurent depuis plus d’un mois ».

Officiellement, le premier ministre, Hicham Qandil, a démenti samedi que des familles coptes de la ville de Rafah, dans l’est du Sinaï, aient fui après avoir reçu des menaces de mort de la part d’islamistes. « Les instructions données aux autorités sont de protéger les frères coptes là où ils se trouvent », a-t-il déclaré, ajoutant qu’il n’y avait eu aucun « transfert forcé » de familles coptes de Rafah. Selon lui, seule une famille copte a décidé de quitter volontairement le secteur. Mais un autre responsable à Rafah a toutefois assuré qu’aucune famille copte n’avait quitté la ville.

Amr Darag, un dirigeant du Parti Liberté et justice des Frères musulmans, a affirmé de son côté que les membres du parti avaient « fortement dénoncé ce qui s’est passé », appelant l’Etat à « trouver des solutions à ce genre de problèmes dans l’avenir ».

« Ce genre d’incidents avait lieu sous le régime de l’ex-président Moubarak, mais les problèmes étaient réglés à l’amiable, et la puissance de l’appareil sécuritaire aidait à dissuader », explique Rami Kamel, coordinateur des Jeunes de Maspero, une mouvance révolutionnaire copte. « Aujourd’hui, ce sont les salafistes du village qui gèrent les négociations, et celles-ci aboutissent parfois à une restauration de l’ordre, mais aux dépens des coptes qui doivent abandonner leurs plaintes et oublier les dégâts matériels et moraux qu’ils ont subis », poursuit Kamel.

Le Conseil national des droits de l’homme, une instance récemment remaniée par le président Mohamad Morsi, a affirmé samedi dans un communiqué que des « menaces » avaient forcé des familles coptes de Rafah à partir. Faisant part de sa « vive préoccupation », le Conseil a pressé les autorités à agir et à protéger ces familles.

« Le Conseil envisage l’organisation d’une conférence pour débattre de ces événements en toute transparence. Cela dit, les défenseurs des droits de l’homme resteront impuissants tant que les coptes eux-mêmes continueront à renoncer à leurs droits », dit Abdel-Ghaffar Chokr, vice-président du Conseil des droits de l’homme.

L’avocat Malek Adli, qui a suivi l’affaire d’Assiout, appelle le ministère de l’Intérieur à créer un organisme pour traiter de ce genre de problèmes ayant des aspects religieux et sociaux. « Mais si l’Etat est passif, la sécurité est absente et la loi n’est pas appliquée à cause de la peur des victimes, on ne peut pas s’attendre à ce que les choses se règlent d’elles-mêmes », conclut Adli.

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