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La diplomatie égyptienne s’active en Europe

Chaïmaa Abdel-Hamid, Mercredi, 11 juillet 2018

Le chef de la diplomatie s’est rendu cette semaine en Allemagne et en Autriche. La question migratoire et la lutte antiterroriste étaient au centre des entretiens.

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Sameh Choukri a été reçu par ses homologues Karin Kneissl (Autriche)

C’est par l’Allemagne que le ministre des Affaires étrangères, Sameh Choukri, a entamé sa tournée européenne le 3 juillet. Deux jours durant, Choukri a eu des rencontres avec les responsables allemands : son homologue Heiko Maas, le ministre de l’Intérieur, Horst Seehofer, et le ministre de la Coopération économique et du Développement, Gerd Müller. En Autriche, le chef de la diplomatie s’est entretenu avec son homologue Karin Kneissl ainsi que le chancelier autrichien, Sebastian Kurz.

Comme l’a déclaré le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Ahmad Abou-Zeid, la tournée européenne de Sameh Choukri avait pour but de suivre les développements des relations bilatérales entre l’Egypte et ces deux pays et les moyens de les renforcer dans divers domaines, ainsi que la coordination avec les partenaires européens, l’Autriche présidant actuellement l’Union Européenne (UE). Les crises de la région, notamment les situations en Libye, en Syrie et au Yémen ainsi que la cause palestinienne ont été abordées, a également déclaré le porte-parole. Choukri a jugé impératif que les efforts se concentrent sur un règlement politique et pacifique de ces crises, soulignant l’importance de déployer davantage d’efforts pour encourager les parties palestinienne et israélienne à relancer le processus de paix.

Selon le politologue Hassan Salama, professeur de sciences politiques à l’Université du Caire, en choisissant l’Allemagne et l’Autriche, Le Caire élargit ses horizons au-delà des traditionnels partenaires comme les Etats-Unis et le Royaume-Uni, afin de réaliser une sorte d’équilibre dans ses relations. D’où cette ouverture vers ces pays européens. Le politologue souligne qu’il existe deux raisons principales derrière cette visite : « L’Egypte tente de renforcer la coordination avec l’Autriche qui préside l’UE depuis le 1er juillet. Un rapprochement dans les relations bilatérales mais aussi entre l’Egypte et l’UE ». Et d’expliquer que l’autre intérêt majeur de ces rencontres est l’application du partenariat égypto-européen (2017-2020) (voir sous-encadré). « Cette tournée européenne concrétise ce partenariat très important qui a été signé, il y a un an, entre l’Egypte et l’Union européenne. Celui-ci consiste à travailler avec l’UE sur trois axes principaux, à savoir la réforme économique et le développement social en Egypte, la lutte contre l’immigration clandestine et le terrorisme et enfin l’approfondissement des relations bilatérales et la coopération dans la résolution des dossiers régionaux », explique-t-il.

Rôle central de l’Egypte

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... Et Heiko Mass (Allemagne).

En effet, les discussions entre le ministre égyptien des Affaires étrangères et ses homologues allemand et autrichien se sont principalement concentrées sur les axes de ce partenariat. C’est ce qu’explique l’ancien diplomate Mohamad Al-Orabi, chef de la commission des affaires étrangères au parlement. Le député souligne que « les pays européens, qui, eux aussi, subissent les répercussions du terrorisme et de la crise migratoire, sont bien conscients du rôle important que joue Le Caire dans la gestion de ces deux dossiers, d’où leur soutien à l’Egypte, qui reste pour eux un partenaire important, mais aussi un pays stable dans cette région troublée ». Et d’ajouter : « L’Egypte est sans doute le seul pays de la région capable de jouer un rôle préventif dans la lutte antiterroriste, notamment en ce qui concerne le transfert d’armes libyennes et son rôle dans le soutien à la stabilité en Libye ».

En effet, au sujet de la lutte antiterroriste, Choukri a rappelé que « c’est le défi majeur qu’affrontent les peuples de la région ». Quant au dossier de la lutte contre les migrations clandestines, le ministre des Affaires étrangères a tenu à rappeler au cours de ses rencontres que l’Egypte accordait de l’intérêt à ce sujet, tout en soulignant qu’aucun bateau de migrants illégaux n’a quitté les côtes égyptiennes depuis septembre 2016. A ce sujet, selon Al-Orabi, l’Egypte met l’accent sur le fait que cette question ne peut pas être traitée uniquement de manière sécuritaire, puisqu’elle revêt aussi des aspects économiques et sociaux.

Encourager les investissements

L’économie était aussi au rendez-vous durant la tournée de Choukri, qui a évoqué avec ses interlocuteurs les efforts déployés par l’Egypte dans le cadre de la réforme économique, notamment pour l’amélioration du climat des affaires afin d’attirer les investissements étrangers. Il a passé en revue le programme de réformes économiques et ses résultats positifs qui ont abouti à l’augmentation du taux de croissance (de 3,5 % en 2016-2017 à 5,4 % en 2018) et à la hausse des réserves en devises étrangères (de 19,5 milliards de dollars en 2016-2017 à 44 milliards de dollars en 2018). Ces chiffres sont le résultat du plan de réforme économique lancé par l’Egypte et qui inclut, pour la première fois dans l’histoire moderne du pays, notamment la libération du taux de change de la livre égyptienne, l’application de la loi sur la valeur ajoutée et l’augmentation des prix des produits pétroliers et de l’électricité. Dans ce contexte, Sameh Choukri a appelé à inciter les sociétés allemandes et autrichiennes à investir davantage en Egypte.

L’UE finance environ 250 programmes d’aide au développement en Egypte dans différents domaines, notamment l’énergie, l’environnement, l’économie, rappelle Hassan Salama qui explique que l’Egypte appelle à l’ouverture de nouveaux programmes vu les besoins en matière de développement. « L’une des questions prioritaires dans la période à venir est que ce soit l’Egypte qui détermine, selon ses priorités, les domaines dans lesquels l’UE octroie son aide, et conformément à la vision de l’Egypte 2020-2030 », conclut Salama.

Trois secteurs prioritaires

Fruit d’intenses consultations avec toutes les parties prenantes concernées au Caire et à Bruxelles, y compris la société civile, les autorités locales et les ministères, ainsi que les Etats membres de l’UE, le « cadre unique d’appui » définit les domaines prioritaires de l’aide de l’UE. Il se fonde sur les priorités du partenariat UE-Egypte pour la période 2017-2020 et tient compte, pour la définition des priorités, du programme de réforme économique de l’Egypte, il est également en adéquation avec la stratégie de l’Egypte en faveur du développement durable intitulée « Vision 2030 ». Les trois secteurs d’intervention définis dans le cadre unique d’appui sont les suivants :

— Secteur 1 : Modernisation de l’économie, durabilité énergétique et environnement (40 % du budget total-pourcentage indicatif).

— Secteur 2 : Développement social et protection sociale (40 % du budget total-pourcentage indicatif).

— Secteur 3 : Gouvernance et renforcement de la stabilité dans un Etat démocratique moderne (10 % du budget total-pourcentage indicatif).

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