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Débat autour de la Constitution

Mohamed Abdel-Hady, Mardi, 02 octobre 2012

La fondation a lancé cette semaine son premier forum sur Twitter, en arabe, en français et en anglais, avec Amr Hamzaoui comme invité. Compte rendu.

Amr hamzaoui, professeur de sciences politiques à l’Université américaine du Caire et ex-député, était cette semaine l’invité du premier forum organisé par la fondation Al-Ahram sur Twitter (#ahramtweets). Hamzaoui, figure de la jeune génération de politiciens libéraux qui a émergé sur la scène dans la foulée de la révolution, vient de publier un article plus que controversé sur la rédaction de la nouvelle Constitution. Cet article, dans lequel il sollicite une pression étrangère sur le nouveau régime égyptien, lui a valu une critique sévère, celle de vouloir « internationaliser » une affaire purement interne.

Réagissant sur #ahramtweets, Hamzaoui a parlé d’un « malentendu ». « L’idée n’est pas de solliciter l’intervention de gouvernements étrangers, mais d’organisations internationales. Il faut savoir que l’Egypte a signé des accords internationaux en matière de liberté et de droits de l’homme. Tout désengagement de notre part aura des répercussions négatives, raison pour laquelle nous devons entrer en contact avec le Conseil des droits de l’homme de l’Onu et toutes les autres instances pertinentes », s’est-il expliqué via Twitter, sur les comptes des éditions arabe, française et anglaise d’Al-Ahram.

Dans son article intitulé La Constitution n’est qu’une question intérieure et publié dans Al-Watan, Hamzaoui met en garde contre « les tentatives d’instrumentalisation de la religion à des fins politiques », et appelle les laïcs à solliciter l’intervention d’instances étrangères pour faire pression sur le régime islamiste. « Il est important d’impliquer le Conseil des droits de l’homme de l’Onu, les Parlements européen et africain, le Congrès américain, les ONG internationales, les centres de recherches et les médias internationaux pour renforcer notre position », écrivait-il, ajoutant que « ces instances représentent le seul levier de pression sur les Frères musulmans, afin qu’ils instaurent l’égalité entre l’homme et la femme. Cela permettra également d’envoyer un message sans équivoque au président Morsi et aux partis de l’islam politique leur rappelant que le soutien économique et financier apporté par l’étranger est lié à des progrès en terme de démocratisation, dont notamment la rédaction d’une Constitution contemporaine garantissant les droits, les libertés et le caractère civil de l’Etat ».

Les critiques ne se sont pas fait attendre allant de la dénonciation aux accusations et à la trahison. « Internationaliser l’affaire de la Constitution est une trahison de la nation qui n’est digne ni d’un ex-membre de l’Assemblée du peuple, ni d’un professeur de sciences politiques », affirmait sur sa page Facebook Mohamad Al-Beltagui, membre de la constituante et secrétaire général du Parti Liberté et Justice (PLJ, bras politique de la confrérie des Frères musulmans). Mais les islamistes n’ont pas été les seuls à fustiger Hamzaoui. Beaucoup de ses camarades libéraux ont été choqués par ses propos. Ainsi, le militant Waël Ghoneim, icône de la révolution du 25 janvier, déclarait : « Nous n’avons perdu notre foi ni en nous-mêmes, ni en notre peuple pour aller solliciter l’aide de pays qui ont soutenu des régimes dictatoriaux pendant des décennies ».

L’assemblée constituante a été au centre de l’actualité politique tout au long de la semaine dernière, notamment après l’appel à son boycott lancé samedi par le candidat malheureux à la présidentielle, le nassérien Hamdine Sabbahi, et le prix Nobel de la Paix, Mohamed ElBaradei. Un appel auquel beaucoup de partis politiques se sont ralliés. « L’assemblée souffre d’un manque de compréhension de certains aspects fondamentaux relatifs au citoyen égyptien, dont les libertés et les droits sociaux et économiques (…). Certains projets d’articles sont en conflit avec les traités internationaux dont l’Egypte est signataire », jugent les deux auteurs de cette campagne en se basant sur les débats au sein de cette assemblée, tels que rapportés par la presse.

Après la dissolution d’une première assemblée constituante sur ordre de la justice, la nouvelle assemblée a été boycottée peu après sa formation en juin dernier par plusieurs partis libéraux et de gauche, en guise de protestation contre la très faible représentation des femmes, des coptes et des jeunes parmi ses membres. Dernière démissionnaire en date, la militante des droits de l’homme, Manal Al-Tibi, s’est retirée de l’assemblée il y a deux semaines protestant contre une « intimidation idéologique » de la part des islamistes.

Mais les libéraux ne sont pas d’accord sur la meilleure forme de résistance à ce qu’ils appellent « l’islamisation de la Constitution ». Ainsi, en dépit des appels au boycott, quatre libéraux, dont le coordinateur de l’Alliance nationale pour le changement, Abdel-Guélil Moustapha, et le conseiller du président, Samir Morcos, qui s’étaient retirés dans un premier temps, ont décidé la semaine dernière de reprendre leur fonction au sein de cette assemblée. « Face aux appréhensions de la population face à une Constitution qui risque de compromettre la culture et le style de vie égyptiens, nous avons décidé d’assumer notre responsabilité en participant à la rédaction de cette Constitution », a expliqué Moustapha.

Hamzaoui, qui s’est prêté volontiers à la réfutation de ses critiques, souligne l’importance du dialogue et du respect mutuel. « Je me suis retiré de l’assemblée constituante après avoir constaté que le projet proposé ne reflétait aucunement les aspirations du peuple et de la révolution. Mais je respecte et je comprends ceux qui ont choisi de continuer leur travail et leur lutte de l’intérieur, même de l’assemblée », a-t-il dit, relayé par Twitter dans ce premier événement du genre organisé par Al-Ahram et qu’il n’a pas manqué d’utiliser comme une tribune pour se justifier.

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