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Rien de concret, mais quelques signes

May Atta, Mardi, 28 mai 2013

Le président Morsi a effectué son deuxième voyage en Ethiopie depuis son élection, pour participer au sommet africain à Addis-Abeba. Mais il est encore trop tôt pour parler d'un retour égyptien sur la scène africaine.

Rien
L'Egypte n'a pas été représentée au niveau présidentiel depuis 1995.

Le président Mohamad Morsi a terminé cette semaine une visite de trois jours à la capitale éthiopienne, Addis-Abeba, où il a participé au sommet panafricain qui coïncide avec le 50e anniversaire de la création de l’Union africaine (ex-Organisation de l’unité africaine). D’après le ministre de l’Irrigation et des Ressources hydrauliques, Mohamad Bahaeddine, le dossier du barrage de la Renaissance que l’Ethiopie entend construire sur le Nil a été en tête des questions que le président Morsi a débattues en marge du sommet. Celui-ci est intervenu environ un mois avant celui des pays du bassin du Nil qui aura lieu à Juba, au Soudan du Sud.

Or, la gestion de ce dossier par le nouveau régime fait l’objet de critiques acerbes de la part des spécialistes. « L’Egypte a fait profil bas en évoquant la question des eaux du Nil, alors que c’est le dossier le plus important dans les relations égypto-africaines. J’ai été surpris de trouver l’Egypte reprendre à son compte le discours officiel éthiopien en affirmant que le barrage de la Renaissance n’affecterait pas le quota de l’Egypte en eau, s’abstenant même de mentionner ses retombées négatives, pourtant reconnues par tous les spécialistes égyptiens », lance Hani Raslane, spécialiste de l’Afrique au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram. « C’est une attitude incompréhensible d’autant plus que le gouvernement est conscient du rôle néfaste que joue Israël dans ce dossier, et alors que l’Egypte dispose d’un nombre de cartes avec lesquelles elle peut jouer pour défendre sa cause », ajoute-t-il.

Mais le déplacement du président Morsi a également remis sur le tapis le sujet des relations égypto-africaines, détériorées sous son prédécesseur Hosni Moubarak.

Durant la période de transition suivant la chute de ce dernier, les Egyptiens ont mis la main à la pâte en multipliant les initiatives pour renforcer les liens avec leurs voisins du sud. Des activistes et des chefs de partis ont formé des délégations de « diplomatie publique » et ont fait le tour de plusieurs pays africains dont l’Ethiopie. Aujourd’hui, la balle est de retour dans le camp officiel alors que beaucoup d’observateurs estiment que jusqu’à ce jour, rien n’indique de vraie relance des relations égypto-africaines.

« Les Egyptiens s’attendaient à une nouvelle politique africaine sous le nouveau régime, mais ils n’ont pas eu l’impression que celui-ci prend ce dossier au sérieux. Les déplacements en Afrique du président Morsi suggèrent que des démarches sérieuses soient entreprises au niveau de la coopération économique avec les pays africains, sauf qu’il n’y a rien de concret sur le terrain », estime Ghada Moussa, professeur de sciences politiques à l’Université du Caire.

« L’Egypte a besoin de récupérer sa place en Afrique, c’est une nécessité dictée par ses intérêts nationaux. Au niveau économique, le continent noir lui offre des chances d’investissement et d’exportation de la main-d’oeuvre. De leur côté, les Africains aspirent à une présence égyptienne plus efficace, notamment dans les projets de développement. L’Egypte peut jouer un rôle pour contrer les investissements étrangers et les multinationales, qui sont les équivalentes d’une nouvelle colonisation », estime la politologue.
« Hélas l’Egypte s’est retirée de tous les domaines où elle pouvait avoir une contribution, comme la formation, l’accueil des étudiants, l’échange d’expertise agricole et médicale … Du temps de Moubarak, l’Ethiopie a demandé une assistance dans la construction de centrales électriques, l’Egypte a négligé cette demande qu’Israël a saisie, alors que c’est surtout son besoin d’énergie électrique qui pousse l’Ethiopie à construire un barrage sur le Nil », regrette-t-elle.

Bassem Kamel, leader du parti Egyptien social-démocrate, ayant visité l’Ethiopie et l’Ouganda, respectivement en mars et en avril 2011, dans le cadre des délégations de la « diplomatie populaire », estime qu’il est grand temps pour revivifier cette initiative, « parce que le gouvernement n’a pas fait un seul pas en avant ».

Pour démontrer l’efficacité de ce genre de diplomatie parallèle, Kamel raconte l’histoire de son ami, médecin égyptien qui a fondé une clinique en Ouganda où il s’est établi. « Bien que ses services soient payés, il est vénéré par les habitants de son quartier ».

Il donne également l’exemple du recteur de l’Université allemande au Caire, qui a offert trois bourses à des étudiants ougandais. « Ce qui signifie que des initiatives simples et qui ne coûtent pas cher peuvent redonner vie à nos relations avec les pays africains ».

Dans le même ordre d’idées, Kamel suggère au président Morsi de solliciter l’intervention de l’Eglise copte « qui exerçait une tutelle sur beaucoup d’églises africaines et qui reste très respectée par les Africains ».

Le PLJ confirme les ambitions africaines de l'Egypte

Mohamad Sweidane, responsable des relations extérieures au Parti Liberté et Justice (PLJ, bras politique des Frères musulmans dont est issu le président Morsi), affirme que son parti souhaite renforcer les relations avec les pays africains. « Notre parti a toujours réalisé l’importance de restaurer les relations égypto-africaines. Même avant l’élection du président Morsi, le PLJ est entré en contact avec des partis politiques dans plusieurs pays africains. Nous avons aussi participé aux délégations populaires en Ouganda et en Ethiopie. Aujourd’hui, avec le président Morsi, l’intérêt n’a pas baissé, bien au contraire, insiste-t-il. Depuis son élection il y a moins d’un an, le président a visité trois pays africains et a participé en personne au sommet de l’Union africaine ».

Aujourd’hui, Sweidane dit que son parti travaille avec le gouvernement au développement du transport terrestre avec plusieurs pays, à commencer par le Soudan. « Nous avons aussi entamé un projet de culture de blé dans ce pays, en échange d’importations en bétail ». Quant aux dossiers épineux comme celui des eaux du Nil, il pense que le président et le gouvernement ne doivent pas prendre de décisions hâtives, mais plutôt s’engager dans des négociations longues et amicales avec les pays du Bassin, « loin de l’attitude défiante que l’Egypte a adoptée pendant longtemps ».

Morsi rassurant sur le barrage de la Renaissance

Le président Mohamad Morsi a minimisé les craintes des Egyptiens relatives à la construction par l’Ethiopie du barrage de la Renaissance sur le Nil. Il a déclaré dimanche avoir convenu avec le premier ministre éthiopien, Hailemariam Desalegn, avec lequel il s’est entretenu la veille, que « les intérêts des deux pays seraient tenus en compte lors de la construction du barrage ».

S’adressant aux Egyptiens expatriés à Addis-Abeba, Morsi a voulu être rassurant en affirmant qu’un comité d’experts des deux pays « examine les détails et les conséquences possibles » qui pourraient résulter de la construction du barrage.

Toujours en marge du sommet, le président Morsi s’est entretenu dimanche avec le président du Soudan du Sud, Salva Kiir Mayardit, du développement des relations bilatérales et de l’engagement égyptienne dans les secteurs de l’électricité, de la santé, de l’éducation et du développement humain dans ce pays. Toujours selon les communiqués de la présidence égyptienne, Morsi a souligné l’intérêt de l’Egypte dans la coopération avec les pays du Bassin du Nil, et l’implication du Soudan du Sud dans le consensus sur le sujet du partage des eaux du Nil.

Le président égyptien a également rencontré dimanche son homologue kényan Uhuru Kenyatta, à qui il a proposé une coopération dans les domaines agricole, minier, hydraulique et de l’irrigation.

La veille, le président s’est entretenu avec son homologue soudanais Omar Al-Béchir, avec qui il a discuté notamment des relations commerciales et des investissements bilatéraux.

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