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Barrage d’Al-Nahda : Toujours l’incertitude

Chaïmaa Abdel-Hamid, Mardi, 02 janvier 2018

L’année 2018 sera décisive dans le dossier du barrage éthiopien de la Renaissance. Alors que l'Ethiopie s'apprête à inaugurer le barrage, l'Egypte tente une nouvelle approche pour éviter l'escalade.

Barrage d’Al-Nahda : Toujours l’incertitude
A ce jour, la construction du barrage est achevée à 63 %.

Vers où se dirige la crise entre l’Egypte et l’Ethiopie sur le dossier du barrage éthiopien ? Responsables et observateurs affir­ment que toutes les options restent ouvertes. Une chose est sûre, l’Egypte ne renoncera pas à son quota dans l’eau du Nil, comme l’a affirmé le président Abdel-Fattah Al-Sissi le 18 novembre dernier. « On ne permettra à quiconque de porter atteinte aux droits histo­riques de l’Egypte dans les eaux du Nil », avait averti le président. Des déclarations faites à l’issue de la suspension par l’Egypte des négo­ciations techniques sur le barrage de la Renaissance en contestation contre une tergiversation éthio­pienne. Depuis mai 2011, Le Caire s’inquiète d’une réduction de sa part annuelle dans les eaux du Nil estimée à 56 milliards de m3 d’eau. L’Egypte dépend à 90 % du Nil pour son approvisionnement en eau douce, ressource vitale pour sa population de presque 100 mil­lions d’habitants qui doit doubler d’ici 2060.

La question du partage des eaux du Nil continue d’empoisonner les relations diplomatiques entre l’Egypte, le Soudan et l’Ethiopie. A la recherche d’une nouvelle approche, le ministre des Affaires étrangères, Sameh Choukri, s’est rendu le 26 décembre en Ethiopie. L’Egypte a notamment suggéré à l’Ethiopie et au Soudan de recourir à la médiation d’experts internatio­naux pour trouver un règlement sur la question du barrage. Le Caire propose que cette médiation soit déléguée à un organisme internatio­nal comme la Banque mondiale. Une proposition à laquelle l’Ethio­pie n’a pas répondu ouvertement. Addis Abeba avait déjà refusé en août 2014 le recours à une média­tion internationale et a insisté à for­mer un comité tripartite au niveau des ministres de l’Irrigation des trois pays concernés par le pro­blème du barrage (l’Egypte, l’Ethio­pie et le Soudan). Le comité n’est pas parvenu à se mettre d’accord sur le rapport initial réalisé par deux cabinets d’études français, Artelia et BRL. L’année 2018 sera donc décisive pour la crise du barrage qui date de 2011 (voir chronologie). L’Ethiopie a affirmé à maintes reprises son intention de procéder au remplissage du lac du barrage dès 2018. Affaire que rejette catégo­riquement l’Egypte, appelant au respect de l’accord de principes signé en 2015 (voir interview).

Multiples scénarios

Amani Al-Tawil, présidente du département des études africaines au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram, estime qu’au cours de la prochaine période, la diplomatie aura un grand rôle à jouer dans la recherche d’une issue à cette crise. « Mais si la voie diplomatique n’aboutit pas, l’Egypte n’aura d’autre choix que de recourir à l’arbitrage interna­tional. Une voie qui lui permettra de défendre ses droits garantis par les conventions internationales et les accords signés sur le partage des eaux du Nil », pense Al-Tawil. Abbas Al-Chéraki, expert hydrau­lique au Centre des recherches et des études africaines à l’Université du Caire, s’attend à ce que l’Ethio­pie accepte la proposition égyp­tienne de médiation de la Banque mondiale. « L’Ethiopie tient à ne pas apparaître devant la commu­nauté internationale comme un pays agresseur ou qui ne respecte pas les accords signés. Il est donc fort probable que Addis Abeba accepte une telle médiation », pense Al-Chéraki.

Sur le volet technique, l’expert explique que jusque-là, le barrage a atteint une hauteur de 100 m sur un total de 145 m et n’est achevé qu’à 63 %. Cette situation oblige l’Ethiopie à garder la partie cen­trale de son barrage, de 130 m de large, ouverte, ce qui empêche la retenue de l’eau. « L’Ethiopie ne peut pas faire autrement, car si elle ferme cette ouverture pour retenir l’eau, la quantité retenue dépasse­ra la hauteur du barrage et pourra mener à son effondrement ou à l’inondation des terrains qui l’en­tourent. Donc, cette quantité d’eau ne pourra pas être retenue l’année prochaine. Et il n’y aura pas de grand impact sur la part d’eau qui parvient à l’Egypte au cours de l’année 2018 », indique Chéraki. Selon lui, si l’Ethiopie décide de remplir le lac du barrage, il s’agira d’un remplissage partiel. « La quantité retenue d’eau ne dépasse­ra pas les 5 ou 6 milliards de m3 pour l’année 2018, mais on n’at­teindra les 24 milliards de m3 que dans 2 ou 3 ans. Cela veut dire que seule cette quantité de 6 milliards de m3 diminuera de la part totale de l’Egypte (55,5 ou 6 milliards de m3 d’eau) », dit-il.

L’expert se veut cependant rassu­rant et affirme que l’Egypte n’a pas grand-chose à craindre durant l’an­née 2018, puisque le stockage de l’eau dans le lac Nasser a atteint cette année 178 m au-dessus du niveau de la mer, soit 135 milliards de m3 d’eau. En cas de pénurie, l’Egypte peut donc utiliser ses réserves en eau.

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