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Ahmed Zaki Abdine : La nouvelle capitale sera le reflet d’une Egypte moderne

Amira Doss, Mercredi, 25 octobre 2017

Quelques jours après le coup d'envoi officiel de la première phase des travaux de la nouvelle capitale administrative, le général Ahmed Zaki Abdine, PDG du projet, évoque les points forts de la cité en construction.

Ahmed Zaki Abdine
Ahmed Zaki Abdine

Al-ahram hebdo : Pourquoi l’Egypte a-t-elle besoin d’une nouvelle capitale ?

Ahmed Zaki Abdine : Le Caire a changé, la ville ne cesse de croître autour d’un centre qui ne correspond plus aux besoins de ses habitants et ne répond plus ni aux exigences de mobilité, ni de fonctionnalité, ni de modernité en termes d’urbanisation et de croissance démographique. Cette mégapole compte entre 18 et 20 millions d’habitants et elle est au bord de l’asphyxie. Il a fallu réfléchir à un projet qui puisse désengorger la capitale. Déplacer 5 millions de personnes permettra de réduire la circulation. L’idée est donc d’offrir à ce Caire, devenu surpeuplé, trop dense et inconfortable pour la majorité de sa population, la chance d’un développement plus harmonieux et plus respectueux de son passé. De plus, la structure très centralisée du pays constitue un handicap pour le développement. La nouvelle cité marquera une importante rupture avec ce schéma centraliste.

— L’idée est-elle inspirée d’autres modèles à l’échelle internationale ?

— Notre nouvelle capitale n’est pas un cas unique au monde. Le Brésil a abandonné Rio de Janeiro pour Brasilia, la Tanzanie a remplacé Dar Es-Salam par Dodoma, la Côte d’Ivoire a créé Yamoussoukro, Abouja a remplacé Lagos au Nigeria et le Kazakhstan a créé Astana. Ce sont des décisions courageuses. Dans ces cas, les responsables avaient constaté les limites de leur capitale. L’Egypte mérite elle aussi une capitale digne de ce nom et nous avons toute l’expertise technique pour la concevoir.

Aujourd’hui, nous passons de la simple vision aux actes. Quelle allure la nouvelle capitale aura-t-elle ?

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— Il s’agira d’une ville moderne, respectueuse de l’environnement, futuriste et adaptée aux nouvelles exigences écologiques, économiques et sociales. Une oeuvre d’art qui répond aux attentes sociales et esthétiques de ses habitants. Elle possédera toutes les caractéristiques d’une ville où il est agréable de vivre, soit des chaussées d’une largeur de 124 mètres, une vallée verte d’une étendue de 40 km2 et de longues promenades piétonnes. Certains bâtiments seront pourvus de panneaux solaires. Le soleil ne sera toutefois pas la principale source d’énergie utilisée, puisque celle-ci est encore trop coûteuse à l’heure actuelle. C’est donc une centrale électrique qui sera construite par l’entreprise Siemens qui alimentera la nouvelle capitale. On y trouvera aussi un train fonctionnant grâce à l’électricité et qui la reliera aux autres villes de la région ainsi qu’un système de gestion de l’eau et des déchets qui respecte l’environnement. Le système des transports est si bien conçu que les habitants pourraient en principe se passer de la voiture. Il y aura aussi des caméras de surveillance à chaque coin de la ville ainsi qu’un système avancé de paiement de tous les services par carte magnétique. Sans compter les 12 universités internationales, les parcs d’attraction et l’aéroport international. Bref, une ville qui offre une multitude d’opportunités économiques et une qualité de vie exceptionnelle.

— L’idée n’est-elle pas un peu utopique ?

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— Bien au contraire. Le moindre détail a été calculé, du plan pilote au jour du commencement des travaux. Le choix du site est à lui seul un facteur majeur de réussite : situé au croisement de grands axes, à savoir la route Suez- Aïn Sokhna et les autoroutes régionales et à une distance raisonnable du Caire, la nouvelle capitale se trouve à un endroit stratégique. Nous travaillons de plus avec transparence, ce qui donne confiance aux investisseurs et garantit la crédibilité du projet. Nous révisons les plans à chaque phase de réalisation. Au vu des offres d’investissements qui ne cessaient d’affluer, nous avons par exemple accrû la surface consacrée à la première phase, qui est passée de 10 000 à 40 000 feddans. Nous avons ainsi augmenté le nombre de quartiers résidentiels, d’universités et d’autres projets. Chaque mois, le président tiendra une réunion qui aura pour but d’examiner l’évolution du projet et de vérifier qu’aucun obstacle n’entrave sa réalisation. Et ce n’est pas tout : nous avons obtenu la permission du président d’émettre tous les permis nécessaires aux investisseurs qui coopèrent avec nous, sans qu’ils ne soient obligés de passer par les administrations publiques. Nous avons ici un représentant de chaque ministère et nous bénéficions d’une autonomie totale.

— Comment tous ces projets sont-ils financés ?

— La réalisation du projet requiert de grands capitaux. Le secteur privé est très intéressé par la nouvelle capitale. Nous avons proposé 1 600 feddans aux investisseurs égyptiens et étrangers et il n’en reste rien. De grandes entreprises internationales ont présenté des offres d’investissement. Pour le moment, la Chine et les pays du Golfe sont les principaux investisseurs. La Chine a, à elle seule, lancé le projet d’une ville chinoise qui doit s’étendre sur une superficie de 14 000 feddans et comprendra des usines non polluantes et des gratte-ciel. Nous avons également reçu une offre d’une entreprise coréenne qui désire gérer le système entier des déchets de la ville, de la collecte des ordures au recyclage, grâce à un système de tunnels appliqué avec succès en Corée. Des réunions sont en cours avec le ministre égyptien de l’Environnement avant de signer l’accord avec la partie coréenne. Par ailleurs, je reçois aujourd’hui une délégation d’une banque émiratie qui est intéressée par le financement de certains projets. Nous n’avons pas de réserves sur la nationalité des investisseurs qui veulent coopérer avec nous, du moment qu’ils respectent le volume de la main-d’oeuvre égyptienne requise par la loi du travail, et nous sommes ouverts à toute coopération. Ce qui importe, c’est leur profil et qu’ils respectent les délais et les conditions de fonctionnement des travaux sur le site. Nous leur offrons aussi un mode de paiement très flexible, car le prix du mètre carré de terrain à bâtir est relativement cher, vu les services et l’infrastructure que nous proposons. La construction de la ville va donner un grand coup de pouce à l’économie égyptienne et dynamiser l’industrie grâce aux investissements massifs qui ne cessent d’arriver et qui prouvent que le projet est intéressant.

— Certains considèrent que le projet exclut une grande partie de la population, soit tous ceux qui n’ont pas les moyens. Que leur répondez- vous ?

— Il est vrai que nous avons commencé par les grands projets, ceux qui apporteront de grands bénéfices, mais cela n’empêche pas que les plans prévoient des logements, des services et des loisirs pour toutes les classes sociales, de façon à ce que tous les citoyens puissent habiter dans la nouvelle capitale.

Nous sommes conscients du fait que les fonc­tionnaires qui travailleront dans les ministères et dans le quartier gouvernemental auront besoin de s’installer dans la ville. Et il va également falloir accueillir les personnes exerçant les petits métiers. La ville ne va pas être à l’image – ni dans sa structure, ni dans son architecture – de ces villes nouvelles dernièrement créées et qui comportent un déséquilibre. Au contraire, elle est là pour tous et offre à tous les mêmes oppor­tunités.

— Pour certains observateurs, l’idée peut paraître extravagante, voire irréa­liste. Ne fallait-il pas régler d’abord les problèmes de la capi­tale actuelle avant de penser à en créer une autre ?

— Je trouve que ces arguments sont trop pessimistes. Pourquoi ne pas travailler sur les deux plans en parallèle ? L’Egyptien n’a-t-il pas le droit de rêver, d’aspirer à une vie meilleure et à une meilleure qualité des services ? Le dévelop­pement et l’avenir de l’Egypte résident dans les nouveaux projets d’aménagement du territoire. La nouvelle capitale constitue une nouvelle issue, un espoir, un rêve. Une ville durable est une ville plus accueillante. Elle permettra de créer près de deux millions d’emplois, une des retombées les plus attendues. En outre, le prési­dent gouvernera à partir de la nouvelle capitale et l’ensemble du gouvernement s’y installera. La ville présente l’avantage d’être entièrement nou­velle, elle sera adaptée aux ambitions de la population et pourra concurrencer les plus belles villes du monde.

La création d’une nouvelle capitale est née de la volonté d’un pouvoir fort et ambitieux. Elle sera le reflet d’une Egypte moderne. Et c’est un projet qui est à la hauteur des rêves d’un peuple tout entier : construire une nouvelle capitale pour les générations à venir constitue plus qu’un défi – c’est un rêve légitime.

— Comment et selon quels cri­tères se déroulera le transfert vers la nouvelle capitale ?

— Il existe un plan détaillé, élaboré par la ministre de la Planification en coopération avec tous les ministères concernés. Le premier quartier à être transféré sera le quartier gouverne­mental, qui comprendra tous les ministères et les administrations publiques. Nous examinerons au cas par cas les fonction­naires qui déménageront, car le personnel qui travaillera dans les bureaux administratifs de la nouvelle capitale devra être apte à utiliser les nouvelles technologies. Tous les bureaux seront en effet dotés d’un réseau de fibre optique. Nous ferons des études de faisabilité pour ce qui est de la réutilisation des édifices actuellement occupés par ces ministères, dont la plupart sont situés dans des lieux stratégiques du Caire. Certains pourront servir d’hôtels, notamment le bâtiment du ministère des Affaires étrangères, tandis que d’autres pourront être transformés en musées, vu la valeur historique des bâtiments. Tous les bénéfices de la vente de ces édifices reviendront à l’entreprise qui administre la nouvelle capitale et couvriront les frais de la construction du quar­tier gouvernemental. Nous prévoyons le trans­fert de l’institution présidentielle ainsi que des ministères pour 2019.

— Quel impact la construction de la nou­velle capitale aura-t-elle sur l’économie égyp­tienne ?

— Elle offre l’opportunité d’une relance éco­nomique et industrielle. En effet, les grands tra­vaux qui ont déjà commencé sur le site prou­vent à quel point les entreprises de construc­tion et d’infrastructure réalisent la valeur de ce projet gigantesque. Le site ressemble à une vraie ruche d’abeilles. Je suis content du fait que les ouvriers qui y travaillent reçoivent de très bons salaires. Nous voyons d’énormes investissements, de nouveaux emplois, une valeur des terrains en hausse et un financement qui ne pèse pas sur le budget de l’Etat. Et ce n’est que le début. Les premières installations et l’arrivée d’une popula­tion active permettront de relancer l’économie, d’attirer des capitaux étrangers et de créer des emplois, notamment dans le secteur de la construction.

Qu’en est-il de l’aspect culturel de la nouvelle capitale ? A quoi ressemblera-t-elle ?

— Elle comprendra plusieurs quartiers, dont certains reflèteront l’identité et l’architecture des pays qui les ont construits. Il y aura également un quartier culturel, qui comprendra un nouvel opéra et des centres culturels. La ville incarnera bien l’identité égyptienne. Elle sera agrémentée de statues, d’obélisques et de monuments impor­tants et ne sera en aucun cas une pâle copie d’autres villes qui ne nous ressemblent pas. Enfin, elle sera le symbole d’une Egypte éman­cipée, mais fière de son histoire.

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