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En attendant un compromis

Chaïmaa Abdel-Hamid, Mardi, 26 septembre 2017

Après l'échec d'une réunion du comité tripartite (Egypte, Ethiopie, Soudan) censée régler les différends autour du barrage de la Renaissance, l'Egypte appelle à une rencontre ministérielle pour trouver un compromis.

En attendant un compromis
En dépit des réunions, les divergences persistent. (Photo : AFP)

Alors que les travaux de construction du barrage de la Renaissance se poursuivent, tout ne semble pas aller pour le mieux entre Le Caire et Addis-Abeba. Une réunion du comité tripartite (Egypte, Soudan, Ethiopie), censée régler les divergences autour du barrage, s’est achevée la semaine dernière sans résultats. Le retard de l’étude technique relative à l’impact du barrage sur les pays en aval inquiète Le Caire. Et aucun accord n’a été conclu jusqu’à présent sur la période de remplissage du lac du barrage.

Les experts des trois pays et les représentants des deux cabinets conseils français, BRL et Artylia, chargés d’effectuer les études techniques, sont sortis de la rencontre sans être parvenus à un compromis. Le délai de 11 mois pour achever l’étude technique conformément aux contrats signés en septembre 2016 s’est écoulé sans le moindre progrès. Une source proche des négociations ayant exigé l’anonymat s’est contentée de déclarer que « le rapport final des études, qui devait paraître en septembre, sera sûrement reporté ».

Les études techniques tant attendues par l’Egypte et le Soudan avancent avec une lenteur qui commence à gêner les deux pays en aval, d’autant plus que sur le terrain, les travaux de construction du barrage s’accélèrent. En effet, alors que le rapport final devait paraître début septembre, les études en sont toujours à leur phase préliminaire. De même, les rapports trimestriels qui devaient être faits par les cabinets conseils n’ont jamais vu le jour. Pour Nader Noureddine, professeur de ressources hydriques à l’Université du Caire, « l’Ethiopie est derrière ce retard. Les Ethiopiens n’aident pas les cabinets conseils à accomplir leur mission. Ils ne leur ont fourni ni les cartes, ni les documents nécessaires ». Une attitude qui, toujours selon l’expert, est dans l’intérêt de l’Ethiopie. Il ajoute : « Il est dans l’intérêt de l’Ethiopie de retarder l’étude technique car, selon l’accord conclu avec les cabinets conseils, si le rapport final dit que des modifications doivent être apportées à la structure du barrage, Addis-Abeba sera obligé de faire ces modifications ou payer des compensations à l’Egypte et au Soudan. Deux options que l’Ethiopie ne veut surtout pas ».

Pour sa part, Abbas Chéraki, expert hydrique au Centre des recherches africaines de l’Université du Caire, estime que la complexité des procédures administratives et financières ont elles aussi conduit à ce retard. « Les trois pays ont perdu énormément de temps pour choisir les cabinets qui se chargeront des études et pour leur procurer les moyens de commencer leur mission », souligne-t-il.

Le remplissage du lac, un point crucial

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Outre le retard de l’étude technique, le nombre d’années de remplissage du lac est un autre point de désaccord, toujours non résolu. L’Ethiopie a installé récemment des turbines sur le lac, laissant à penser que le stockage de l’eau commencera dès les prochaines inondations en juillet 2018. Alors que l’Ethiopie insiste à remplir le lac en trois ans, l’Egypte et le Soudan appellent à ce que le stockage se déroule sur une période d’au moins 6 à 10 ans pour ne pas affecter négativement le débit de l’eau dans les pays en aval. Pour Noureddine, la situation actuelle reflète la politique du fait accompli appliquée par l’Ethiopie. Il ajoute : « A mon avis, les négociations au niveau de ce comité tripartite n’apporteront rien et on s’attend à ce que les pourparlers aient lieu au niveau ministériel, voire, si nécessaire, présidentiel ».

Lors d’une rencontre cette semaine avec son homologue éthiopien, en marge des travaux de la 72e Assemblée générale des Nations-Unies à New York, le ministre des Affaires étrangères, Sameh Choukri, a exprimé son inquiétude face aux problèmes non résolus dans la question du barrage. Choukri a estimé nécessaire la tenue d’une réunion urgente du comité technique au niveau ministériel pour « résoudre les divergences ».

Selon Chéraki, si l’Egypte et l’Ethiopie ont réussi jusqu’à aujourd’hui à maintenir leurs relations bilatérales malgré les points de désaccord, c’est que l’on peut espérer s’entendre sur une solution acceptable pour tous les camps. « Il ne faut surtout pas se figer face au retard des études, mais tenir bon et tenter de parvenir à un compromis sur le remplissage du lac et le stockage de l’eau », dit-il. Une autre démarche qui ne manque pas d’importance, selon l’analyste, est de « fonder un comité technique formé d’ingénieurs des trois pays pour s’accorder sur les techniques de fonctionnement du barrage de manière à profiter à l’Ethiopie sans porter atteinte à l’Egypte. Ce comité suivrait l’exemple de celui qui existe entre l’Egypte et l’Ouganda pour le barrage d’Owen sur le lac Victoria, et qui joue jusqu’à aujourd’hui un rôle important », conclut-il.

Le barrage de la Renaissance en quelques lignes

Situé dans la région de Benishangul Gumuz, sur le Nil Bleu, en Ethiopie, le barrage de la Renaissance est construit dans un endroit où le débit d’eau s’élève à 500 millions de mètres cubes par jour. Selon les Ethiopiens, l’objectif du barrage est de générer de l’électricité et non d’irriguer des terres. Une fois sa construction achevée, le barrage, long de 1 800 mètres, haut de 160 mètres et fort de 16 turbines, devra produire 6 000 mégawatts d’électricité. Le coût de sa construction s’élève à 4,2 milliards de dollars et est autofinancé par l’Ethiopie. Alors que les négociations sont toujours en cours sur son impact sur la part d’eau des pays en aval, le Soudan et l’Egypte, la moitié des travaux de construction est déjà terminée. Entamé en 2009, et officiellement annoncé pour fin mars 2011, le barrage devra être opérationnel en 2018, avec une capacité de stockage de 74 milliards de m3. Or, jusqu’à aujourd’hui, des négociations sont en cours pour déterminer la durée de remplissage du lac. Selon les experts, la période de remplissage du lac du barrage est délicate pour les pays en aval : plus cette période est longue et moins le débit du Nil sera affecté. Remplir le lac en 3 ans entraînerait une réduction d’environ 25 milliards de m3 d’eau par an pour l’Egypte et le Soudan.

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