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Chemins de fer : Un secteur à remettre sur les rails

Amira Samir , Mercredi, 16 août 2017

Après la collision de deux trains à Alexandrie qui a fait 45 morts, l'heure est au bilan sur la situation des chemins de fer en Egypte.

Chemins de fer  Un secteur à remettre sur les rails
Au moins 45 personnes ont trouvé la mort et 172 autres ont été blessées.

Vendredi dernier, le pays a témoigné l’un des accidents les plus meurtriers de l’histoire du chemin de fer égyptien. Au moins 45 personnes ont trouvé la mort et 172 autres ont été blessées, dont une vingtaine dans un état grave, selon les derniers chiffres du ministère de la Santé, après la collision de deux trains qui roulaient en direction d’Alexandrie l’un depuis Le Caire et l’autre depuis Port-Saïd. Les deux trains se sont heurtés à Khorchid, à l’entrée du gouvernorat côtier d’Alexandrie, au nord de l’Egypte. La locomotive de tête du train du Caire et plusieurs wagons des deux trains se sont entassés côte à côte, et en partie renversés, entravant ainsi entièrement les deux voies principales (aller-retour). La scène était très tragique voire horrible. Des wagons s’étaient détachés du reste du convoi, des vitres brisées, des débris de sièges, les corps des victimes gisaient partout. Une vingtaine d’ambulances étaient mobilisées sur les lieux de l’accident. Les blessés ont été transportés dans plusieurs hôpitaux de la ville d’Alexandrie. « La circulation des trains a été complètement rétablie dans les deux sens de la ligne Le Caire- Alexandrie, après le renouvellement de 162 m de rails, suite à la collision de deux trains, vendredi dernier. Cela a donné lieu à la perturbation du trafic ferroviaire, en particulier en destination d’Alexandrie et du nord du pays », indique Mohamad Ezz, porte-parole du ministère des Transports. Alors que les responsables à l’Organisme égyptien des chemins de fer tentent de sauver la face, le bilan des victimes des accidents ferroviaires s’accroît presque quotidiennement.

A la recherche des responsables

A l’intérieur de l’hôpital Smouha, on a rencontré Walid Abdel-Haq, 35 ans, l’un des passagers du train de Port-Saïd, qui raconte le drame. « A 9h du matin, j’ai pris le train d’Ismaïliya à destination d’Alexandrie avec ma femme et mes enfants pour passer quelques jours à la station estivale de Maamoura. Durant le voyage, le train s’est arrêté plusieurs fois (pas seulement dans ses stations habituelles) jusqu’à son arrivée dans la zone de collision. Et vers 2h15 de l’après-midi, avant de rejoindre la station Sidi Gaber, le train s’est arrêté. Un quart d’heure plus tard, j’ai senti un choc violent, presque tous les passagers sont tombés, tout le monde était dans un état de choc et les passagers se sont entassés aux portes du train pour essayer d’en sortir », témoigne Walid les larmes dans ses yeux. Et d’expliquer : « Le train en provenance du Caire a été beaucoup plus touché que celui de Port-Saïd. Les ambulances sont venues après une demi-heure de l’accident et ont transporté trois blessés à la fois. Ma femme a été grièvement blessée dans l’accident et a été transférée au début à l’hôpital Al-Miri, puis à l’hôpital Smouha ». Ajoutant : « Ces accidents sont un genre de mise à mort intentionnelle des Egyptiens innocents dans des trains de chemin de fer ». Il a aussi demandé de mettre en prison le ministre des Transports et les responsables de l’Organisme de chemins de fer comme une leçon pour leurs successeurs. La ministre de la Solidarité sociale, Ghada Wali, a déclaré que 50 000 L.E. seront versées pour la famille de chaque cas de décès. Le procureur général, le conseiller Nabil Sadeq, a chargé un comité d’ingénierie pour entamer une enquête sur les causes de l’accident. Le président Abdel-Fattah Al-Sissi a aussi ordonné l’ouverture d’une enquête urgente pour déterminer les responsables de l’accident. « Les jours qui viennent doivent témoigner de l’accélération du processus de modernisation et de développement du réseau ferroviaire au niveau de la République », a déclaré Abdel-Fattah Al-Sissi, en soulignant l’importance de la formation de comités techniques pour évaluer les opérations, l’entretien et l’identification des pièces de rechange et les besoins d’infrastructure. Le gouvernement est aussi mobilisé. Le premier ministre, l’ingénieur Ismaïl Chérif, a appelé à l’activation de la chambre centrale des opérations pour suivre les effets de l’accident de collision. Il a aussi appelé à fournir aux victimes tous les soins nécessaires. Quelques heures après l’accident, le ministre des Transports, Hicham Arafat, est arrivé sur terrain. « Les premiers éléments de l’enquête montrent que la collision aurait été causée par l’arrêt du train de Port-Saïd sur les voies après une panne, et c’est là que l’autre train l’a percuté. Les signalisations de la voie ferrée ne sont pas donc la cause de l’accident », a annoncé aux médias le ministre.

Une modernisation qui s’impose

Plusieurs responsables des chemins de fer ont été, ensuite, placés en garde à vue ou suspendus. Selon une source au ministère qui a requis l’anonymat, les conducteurs des deux trains sont coupables. « Le conducteur du train en provenance de Port-Saïd est responsable de l’accident parce qu’il s’est arrêté dans un mauvais endroit où il n’était pas possible de transférer l’autre train sur une autre voie. Et le conducteur de ce dernier est aussi responsable parce qu’il n’a pas respecté les signalisations des sémaphores qui étaient au rouge, qui signifie arrêter immédiatement, et a continué à pleine vitesse », explique le responsable. Un conducteur de train sur la ligne Alexandrie-Le Caire, qui a requis l’anonymat, affirme que ses deux collègues conducteurs ne sont pas les seuls responsables de l’accident. « La cause réelle de l’accident est à chercher du côté des lacunes de gestion et de la corruption généralisée dans presque tous les organes de l’Organisme de chemins de fer égyptien. Quant aux ouvriers, techniciens et conducteurs ferroviaires, ils sont mal payés. Les salaires sont insuffisants pour payer nos charges », estime le conducteur de train. « L’Egypte témoigne d’une façon presque régulière de graves accidents, voire des tragédies ferroviaires. Ceux-ci sont dus soit à des fautes humaines du conducteur de train, des techniciens ou aux erreurs d’aiguillage, soit aux voies ferrées mal entretenues à travers le pays et aussi peu surveillées », explique l’ingénieur Omar Mohamad, ancien responsable à l’Organisme de chemins de fer. Selon lui, le facteur humain aussi est énormément important dans ce domaine. « Il faut notamment bien former et conforter les conducteurs de train parce que c’est eux qui sont responsables, dans chaque voyage, de conduire plus de 700 êtres humains vers leur direction. Ils doivent être satisfaits entre confort et rentabilité. Il faut aussi développer les écoles de techniciens de chemins de fer », ajoute-t-il. « C’est vrai que l’Egypte est le deuxième pays au niveau mondial à avoir des chemins de fer, mais la situation a beaucoup changé. Nos chemins de fer sont aujourd’hui désaffectés et ont besoin d’une modernisation urgente », conclut Omar Mohamad.

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