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Al-Azhar : Al-Tayeb reçoit un large soutien

Ola Hamdi, Mardi, 09 avril 2013

Largement défendu en interne, le grand imam a été la cible d’attaques virulentes par les Frères musulmans, après l’intoxication de 500 étudiants.

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Des manifestants en soutien au cheikh d'Al-Azhar, symbole de la modération.

Les manifestations continuent, mais cette fois en soutien au grand imam d’Al-Azhar, Ahmad Al-Tayeb. Vendredi 5 avril, à travers des marches orga­nisées au Caire, Alexandrie et Louqsor, étudiants, professeurs et responsables de partis politiques ont défendu le numéro un de la prestigieuse institution religieuse. « Ni salafiste, ni Frères musul­mans, Al-Azhar est la légitimité », « Al-Azhar est une ligne rouge ! », ont scandé les manifestants.

Ces manifestations sont interve­nues en réaction à d’autres qui appelaient à la démission des hauts responsables d’Al-Azhar, y compris son numéro un, le cheikh Al-Tayeb. Le 2 mars, des étu­diants en colère avaient manifesté, bloquant des routes aux alentours d’un campus de l’université et scandant des slogans contre ses dirigeants, après que des centaines de personnes eurent été victimes d’une intoxication alimentaire.

Après avoir consommé le repas servi aux résidences universitaires du quartier de Madinet Nasr, au Caire, 479 étudiants avaient été hospitalisés, selon un responsable de la santé publique. L’université est affiliée à la mosquée d’Al-Azhar, principal centre mondial d’études sunnites. Les étudiants en colère ont attaqué les bureaux d’Ahmad Al-Tayeb, qui est aussi l’autorité suprême de l’université. Certains étudiants ont pénétré dans ses bureaux, près du campus principal de l’université, dans la partie médiévale de la ville.

Les analyses ont confirmé l’in­gestion d’aliments impropres à la consommation et le Parquet a ordonné la mise en garde à vue du chef des résidences universi­taires, Mohamad Réda Mostafa. Deux jours après l’incident, le conseil suprême d’Al-Azhar a entamé les procédures pour l’élection d’un nouveau recteur de l’université.

L’union des étudiants d’Al-Azhar a réaffirmé, lors d’une conférence de presse, son respect du grand imam, tout en lui demandant de continuer la réforme de l’institution qu’il a commencée par le limogeage du recteur de l’université, Oussama Al-Abd. « Nous sommes satis­faits de la décision du conseil suprême qui a limogé le recteur. Celui-ci n’a jamais pris de déci­sion contre la corruption et la négligence qui régnaient dans l’université, sans prendre d’ailleurs d’autres décisions », exprime Aya Mohamad, membre de l’union des étudiants.

Plus d’un observateur a accusé les Frères musulmans d’avoir planifié l’incident pour discrédi­ter le cheikh Al-Tayeb, afin de le remplacer par l’un de leurs alliés. La promptitude des manifesta­tions et leur organisation rapide ont été retenues comme preuve étayant cette accusation que beaucoup d’étudiants partagent.

« Un camarade affilié aux Frères m’a promis que si le grand imam est maintenu dans ses fonc­tions, le Conseil consultatif s’oc­cupera de son limogeage », raconte Mohamad Gad, un étu­diant de la faculté de médecine d’Al-Azhar.

Soheib Mahmoud, porte-parole des étudiants Frères musulmans à Al-Azhar, réfute cette accusation. Pour eux, la demande de limoger le recteur et le grand imam n’est pas politiquement motivée. « Personne n’a donné des ordres aux étudiants pour manifester contre les responsables de l’uni­versité comme prétendent cer­tains. Nous voulons punir celui qui a commis cette négligence. On souffre depuis longtemps de la corruption des responsables », accuse Mahmoud.

Démentis officiels

Officiellement, la confrérie a rejeté ces accusations. « Aucun membre de la confrérie ou de son bras politique, Parti Liberté et justice, n’a fait porter la respon­sabilité de cet incident au grand imam », a déclaré le 2 mars Mourad Ali, porte-parole des Frères. « Ces rumeurs sont une tentative visant à empoisonner les relations entre la confrérie et le cheikh Al-Tayeb », a-t-il ajou­té.

Mais parallèlement à ces démentis, d’autres cadres de la confrérie n’ont rien fait pour ménager les responsables d’Al-Azhar. Sur son compte Twitter, Essam Al-Erian, vice-président du Parti Liberté et justice, avait ainsi ouvert les hostilités contre le cheikh Al-Tayeb : « Les pro­blèmes des étudiants des rési­dences de l’Université d’Al-Azhar sont récurrents depuis des années, à cause de ses respon­sables qui ont permis le pire ». Des membres du Conseil consul­tatif, dominé par les Frères, ont également évoqué la « responsa­bilité politique » du grand imam.

Les relations entre Al-Azhar et les Frères musulmans se sont dégradées dernièrement. Ces der­niers accusaient, en effet, le cheikh Al-Tayeb d’avoir soutenu le candidat Ahmad Chafiq lors de l’élection présidentielle de 2012.

Les divergences ont éclaté au grand jour lors du processus de rédaction de la nouvelle Constitution, notamment en ce qui concerne le statut et l’indé­pendance d’Al-Azhar. Plus récemment, cette institution a rejeté un projet de loi sur les cer­tificats d’investissement isla­miques « soukouk », l’estimant contraire aux principes de l’islam dans la mesure où elle hypothé­quait des biens appartenant à l’ensemble de la communauté.

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