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Myanmar: Al-Azhar ouvre le dialogue

May Al-Maghrabi, Vendredi, 13 janvier 2017

L'institution d'Al-Azhar a pris l'initiative de réunir au Caire les protagonistes du conflit inter religieux en Birmanie. Une initiative jugée positive mais encore insuffisante, pour mettre fin aux violences subies par les Rohingyas.

azhar

Le conseil des sages des musulmans d’Al-Azhar, la plus haute institution sunnite du Moyen-Orient, a tenu au Caire une conférence intitulée « Vers un dialogue humain et civilisé en faveur des citoyens de Myanmar ». Cette conférence qui a eu lieu du 3 au 5 janvier a réuni les différentes parties en conflit dans ce pays du sud-est de l’Asie continentale. « Nous apprécions fortement l’initiative prise par Al-Azhar. Cette institution prestigieuse a une grande expérience dans la gestion des conflits, et son intervention permettra, nous l’espérons, de rétablir une paix durable dans notre pays », a déclaré l’ambassadeur de Myanmar (Birmanie) au Caire, Mini Lewin. Décrypter les raisons du conflit inter religieux et étudier les possibilités d’une cohabitation pacifique respectant les principes de tolérance et de citoyenneté, étaient les objectifs de cette conférence. Créé en 2014, le Conseil des sages des musulmans est présidé par le grand imam d’Al-Azhar, le cheikh Ahmad Al-Tayeb, ainsi qu’un groupe d’oulémas originaires de différents pays islamiques.

Suite à une nouvelle recrudescence des tensions à Myanmar, le conseil a jugé nécessaire d’ouvrir le dialogue entre les diverses communautés religieuses qui s’affrontent. Les participants ont évoqué les difficultés économiques, le bas niveau scolaire et culturel de la population et les conflits politiques présents actuellement sur le territoire, comme de potentielles raisons alimentant le conflit entre la population bouddhiste et les Rohingyas, la minorité musulmane. Les Nations-Unies les reconnaissent comme étant l’un des peuples les plus persécutés de la planète.

Pour sa part, le cheikh Ahmad Al-Tayeb a affirmé que « le message d’Al-Azhar est un message de paix qui s’adresse à toutes les parties prenantes ». Il a souligné l’importance d’ouvrir ce dialogue en présence des représentants de toutes les parties du conflit de Myanmar, en particulier ceux des zones de tensions. « Les participants ont assuré que leurs intentions ne sont nullement de discriminer ou de marginaliser l’autre. Ces principes reconnus par tous doivent d’être ancrés plus profondément dans les mentalités pour éviter que le chaos ne reprenne dans cette partie du monde », a souligné le cheikh Ahmad Al-Tayeb. En marge de la conférence, le cheikh a entrepris des négociations avec les représentants des diverses communautés de Myanmar. Les discussions ont porté sur les moyens de parvenir à une paix durable dans ce pays où les musulmans sont perpétuellement persécutés et assassinés. Al-Tayeb a tenté de trouver des solutions concrètes et réalisables, afin de mettre un terme à l’injustice subie par la communauté musulmane de Myanmar. Il a également discuté avec l’ambassadeur de Myanmar (Birmanie) au Caire, Mini Lewin, de l’ensemble de la situation, ainsi que de la gravité des violences et des persécutions que subissent les musulmans dans son pays. Premier indice positif : une deuxième conférence du Conseil des sages des musulmans aura lieu à Myanmar.

Une mobilisation trop faible

Selon des observateurs, entamer un dialogue direct avec les différentes parties en conflit à Myanmar est une initiative importante. Elle met en relief le rôle de la plus importante institution sunnite, qui a pour but ici de protéger les membres de sa communauté à travers le monde. Al-Azhar avait déjà exprimé son inquiétude à l’égard des pratiques violentes exercées par les autorités birmanes envers cette minorité musulmane, les Rohingyas, affirmant que les interventions policières ne respectaient pas les principes des droits de l’homme. L’institution avait également demandé aux différentes Organisations Non-Gouvernementales (ONG) d’intervenir pour soutenir cette minorité laissée-pour-compte. Les Rohingyas représentent la plus grande communauté apatride au monde, avec un million d’individus. Depuis 2012, les musulmans de Rohingyas sont victimes d’assassinats en masse perpétrés par l’armée birmane. Près de 30 000 personnes ont été déplacées. On comptabilise des dizaines de morts, plus de 1 200 maisons brûlées (d’après Human Rights Watch) et de nombreux viols collectifs. Les enfants souffrent de malnutrition, car les autorités birmanes interdisent l’accès des ONG sur leurs territoires. Les Rohingyas sont considérés comme des traîtres à la nation birmane qui tente, depuis son indépendance, de créer un Etat-religion. Victimes de racisme en raison de leur couleur de peau et d’islamophobie, ils sont accusés d’avoir pactisé avec le colon britannique.

Selon le député Hassan Omar, qui vient de présenter ses recherches au parlement concernant les massacres des Rohingyas de Myanmar, la mobilisation d’Al-Azhar est importante mais insuffisante. « L’initiative d’Al-Azhar est à saluer, mais le gouvernement, notamment le ministère des Affaires étrangères, doit intervenir diplomatiquement afin de stopper les actes barbares qui sont commis dans ce pays. Il faut exercer des pressions sur le gouvernement de Myanmar et le menacer de couper toutes les relations bilatérales si ces exactions ne cessent pas », estime-t-il. Pour sa part, Salah Salem, membre du Conseil national des droits de l’homme, critique le silence de l’Onu et de l’ensemble de la communauté internationale. « Il s’agit de l’un des plus grands génocides de l’histoire de l’humanité. Et à travers sa passivité, le monde musulman endosse lui aussi sa part de responsabilité dans ce massacre. L’initiative d’Al-Azhar doit être le point de départ d’une mobilisation politique et diplomatique de tous les pays arabes et musulmans afin de pousser l’Onu à adopter une résolution protégeant les musulmans de Myanmar », a-t-il déclaré.

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