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Revue de presse: Des spirales parmi d’autres

Najet Belhatem, Mardi, 02 avril 2013

Morsi, les Frères musulmans et les salafistes sont taxés d’apostats par les djihadistes. Les salafistes accusent les Frères de favoriser le chiisme. Et Bassem Youssef est accusé d’atteinte à la religion. Cherchez l’intrus.

Ce qui se passe en Egypte aujourd’hui relève de l’ironie du sort. Et la meilleure façon d’y répondre est la satire de Bassem Youssef. « C’est une sorte de critique à laquelle les populations ont pris l’habitude de s’adonner pour dévoiler l’hypocrisie générale. Ce n’est pas l’Egypte seulement qui a besoin de Bassem ; le monde arabe en entier a besoin d’un tel modèle pour mettre à nu les discours redondants », écrit un éditorialiste dans le site libanais d’informations en ligne, Al-Modon. Le grand péché de Bassem Youssef est justement cette mise à nu de l’incohérence du quotidien dans lequel vit l’Egyptien. Ce qui n’est pas du goût des Frères musulmans. Or, justement, eux-mêmes ne sont pas du goût des salafistes qui, depuis quelque temps, y voient une faction qui tente de s’accaparer le pouvoir et qui, en plus, ouvre ses bras grand ouverts aux chiites de l’Iran, qui sont invités désormais à faire du tourisme en Egypte. Les salafistes ont même menacé de manifester devant l’aéroport pour interdire la venue de ces intrus qui, selon eux, viennent pour répandre le chiisme en Egypte. Mais voilà que salafistes et Frères musulmans sont rattrapés par les djihadistes qui les taxent d’apostasie. C’est ainsi qu’Imam Al-Chérif, connu sous le nom de docteur Al-Fadl, ex-chef de la branche du djihad en Egypte, est entré sur la scène. Al-Dostour et Al-Tahrir ont rapporté ses propos et des passages d’un article qu’il a écrits sur les sites islamistes où il taxe Frères musulmans et salafistes d’apostasie. Le docteur a souligné dans son article qui a pour titre « Ceux qui commercent avec la religion » que « les services de sécurité ont permis aux Frères et ceux qui se prétendent salafistes d’agir libre­ment pour empêcher les jeunes de rejoindre les rangs du mouvement djihadiste. Du coup, ils ont pris de l’ampleur durant les 30 dernières années en usant de transactions franches avec le régime. Et malgré la chute de Moubarak, le régime est toujours là à cause de l’intervention des Frères musulmans et des salafistes qui font tout pour avorter la révolution en contrepartie de gains ». Pour le théoricien des djihadistes, il est faux de dire que les Frères étaient des oppo­sants ou qu’ils ont été jetés en prison à cause de l’islam.

« Ils ont de tout temps exploité l’islam pour tromper les idiots avec leur slogan : l’islam est la solution. Et ils faisaient de l’opposition pour obtenir du régime plus de gains. La raison de leur emprisonnement c’est la cupidité et pas l’islam ». Il a ensuite taxé le président Morsi d’apostasie, « et avec son apostasie, c’est toute la confrérie qui est une apostate. Sans oublier les salafistes et l’organisation de la coopéra­tion islamique et la Gamaa islamiya. Et tous ceux qui ont voté pour ce président sont des apostats ». L’ex-chef des djihadistes n’a pas mâché ses mots et a ajouté : « Après 80 ans de supercherie, les Frères musulmans sont arrivés au pouvoir. Ils ont tout entre les mains mais ils n’ont pas l’islam ». Le déferlement des accusa­tions d’apostasie s’accumule sur Morsi et la confrérie. Dans le quotidien Al-Watan, un article cite les propos du cheikh Abou-Islam, propriétaire de la chaîne satellite islamiste Al-Oumma. On peut lire : « Le cheikh a déclaré que l’Egypte actuellement est un Etat apostat car le ministère de l’Intérieur et la présidence n’ont aucune relation avec l’islam et ne l’appli­quent pas. Il a ajouté que personne n’applique l’islam et que tout le monde ne s’occupe que de la politique. Selon lui, Morsi n’a pas appliqué l’islam d’un iota ».

Et pour rajouter à la folie ambiante, on parle de plus en plus d’une vague d’athéisme qui traverse l’Egypte. Cette fois-ci, c’est le site d’informations Masrawi qui publie : « Le psy­chiatre Maher Samuel a déclaré que la vague d’athéisme qui envahit l’Egypte est due aux changements qui ont eu lieu après la révolu­tion. Il a avancé que le nombre des athées en Egypte a atteint les 3 %, ce qui équivaut à deux millions de personnes, selon un sondage fait à l’Université américaine Eastern Michigan. Maher a aussi souligné que l’Egypte était en tête des pays qui comptent le plus de croyants en 2009 avec un taux de 100 %, selon un son­dage de l’institut Galop. Or, un sondage du même institut en 2012 révèle que ce taux a baissé à 77 % ».

Alors que sur le site d’informations Sada Al-Balad, c’est de coptes qu’il s’agit. « Plus de 200 000 coptes ont déposé des demandes d’émigration en Géorgie et 40 000 ont déjà émigré suite aux politiques d’exclusion de Morsi », a déclaré l’écrivain et penseur Saad Hagrass, selon le site. Hagrass a ajouté au cours de la conférence qu’il a donnée, lors de la ren­contre de l’Institution copte évangélique, que beaucoup de personnes qui ont participé à la révolution regrettent le temps de Moubarak car, selon lui, ils jouissaient au moins de la sécurité. Au milieu de tout cela, le mufti de la République a déclaré en grande pompe et a été repris notamment par le journal en ligne Al-Bidaya que Dar Al-Iftaa va lancer un satellite « isla­mique » pour capter les débuts des mois lunaires et unifier les dates du Ramadan et des fêtes religieuses à travers le monde arabe. Et ce, au moment où l’essence manque terriblement cau­sant l’arrêt d’activités cruciales, et où les Egyptiens se préparent à de longues coupures d’électricité à cause du manque d’énergie dû aux problèmes économiques.

Tout cela pour dire que le quotidien des Egyptiens est rythmé d’un déferlement de nouvelles tout aussi contradictoires et parfois incroyables dépassant de loin la satire de Bassem Youssef.

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