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Hussein Salem remet les compteurs à zéro

Ola Hamdi, Mardi, 09 août 2016

L'homme d'affaires en fuite, Hussein Salem, a accepté de céder 75 % de sa fortune en échange d'un abandon des charges portées contre lui. D'autres symboles du régime de Moubarak accusés de corruption devraient suivre.

L’homme d’affaires, Hussein Salem, et sa famille ne feront pas l’objet de poursuites judiciaires. La nouvelle a été annoncée cette semaine par le chef de l’Organisme des gains illicites, Adel Al-Qeïda, lors d’une conférence de presse. Un accord de réconciliation a été conclu avec l’homme d’affaires. En vertu de cet accord, Hussein Salem cédera à l’Etat égyptien 75 % de sa fortune en Egypte et 55 % de ses biens à l’étranger, soit 5 milliards de L.E. En échange, toute poursuite judiciaire contre lui sera abandonnée. D’après le ministère de la Justice, la fortune de Hussein Salem en Egypte com­prend huit palais et un hôtel à Charm Al-Cheikh, un terrain de golf, un palais à l’ouest du Caire, des immeubles, ainsi que des actions. Salem avait été arrêté en 2011 en vertu d’un mandat international lancé contre lui. Il avait fui l’Egypte 18 jours après la révolution de 2011. Il a été condamné par contumace à sept ans de prison et à des amendes totalisant plus de 4 milliards de dol­lars en 2011, pour blanchiment d’ar­gent. En 2014, il a été aussi condam­né dans le procès du gaz exporté à Israël ou il était accusé de complicité avec Moubarak et l’ancien ministre du Pétrole. « Cette réconciliation avec Salem est positive pour l’éco­nomie. Son emprisonnement ne rap­portera rien à l’Etat », dit Mahmoud Kabich, ancien doyen de la faculté de droit à l’Université du Caire, et avocat de Salem.

L’accord fait partie d’un effort de réconciliation plus large avec les hommes d’affaires qui ont quitté l’Egypte pour éviter des accusations de corruption après la révolution de 2011. Un amendement, l’année der­nière, de la loi sur les gains illicites a permis à des personnalités du régime Moubarak accusées de corruption de céder leurs biens à l’Etat contre l’abandon des poursuites judiciaires. Des sources ont révélé que l’ancien ministre des Finances, Boutros Ghali, est sur la liste des réconcilia­tions attendues après Hussein Salem. Sa fortune est en train d’être évaluée. Ghali, qui a fait une demande de réconciliation, devrait payer un mil­liard et 230 millions de L.E. en échange de l’abandon des procé­dures pénales engagées contre lui. Soliman Amer, un autre homme d’affaires accusé de détournement de terrains appartenant à l’Etat, est également sur la liste. Il est accusé d’avoir construit un complexe tou­ristique et des bâtiments résidentiels sur 750 feddans sur la route Le Caire-Alexandrie destinés à la base à l’agriculture.

Ces mesures interviennent 5 ans après la chute de Moubarak, alors que la question des fonds que l’an­cien président est accusé d’avoir détournés n’a toujours pas été réglée. L’Egypte a demandé l’aide de la Suisse pour récupérer ces fonds détournés qui sont déposés dans les banques suisses. La Suisse avait en effet bloqué environ 590 millions de francs suisses appartenant à l’ex-raïs ou à ses proches. Les lois suisses exigent, pour débloquer des fonds, l’existence d’un lien de connexité directe avec une infraction judi­ciaire. La presse suisse avait pour­tant révélé en 2013 que 300 millions de dollars d’avoirs égyptiens gelés par Berne appartiennent à Alaa et Gamal, deux fils de Moubarak, et se trouvaient sur les comptes de la banque Crédit Suisse.

Réactions

Ces réconciliations annoncées avec les symboles du régime de Moubarak ont suscité beaucoup de réactions au sein de la classe poli­tique. Georges Ishaq, ancien coordi­nateur général du mouvement Kéfaya, et membre du Conseil natio­nal des droits de l’homme, com­mente : « Comment l’Etat peut-il récompenser des corrompus ? De telles réconciliations reviennent à torpiller toutes les valeurs pour les­quelles nous nous sommes battus pendant des années. Cela revient à légitimer la corruption. Le fait que nous soyons en période de crise éco­nomique ne justifie pas de tels agis­sements ». Même son de cloche pour le député Haitham Al-Hariri. « Aucun Egyptien, qui a connu la corruption de l’époque de Moubarak, ne peut accepter la conciliation avec Hussein Salem », affirme-t-il. « Le principe de la réconciliation avec les hommes d’affaires, qui ont volé et gaspillé les fonds de l’Etat en échange d’argent, n’est absolument pas admissible. Ces gens doivent être condamnés à des peines dissua­sives. La réconciliation en échange du remboursement signifie l’autori­sation de commettre plus de crimes et de voler l’argent des Egyptiens », dit Al-Hariri. Et d’ajouter : « L’argent récupéré en vertu de cette réconciliation ne représente rien par rapport à ce qui était pillé. En plus, il n’y a pas de preuve que les 5 mil­liards payés par Hussein Salem représentent véritablement 75 % de sa fortune, car cette somme est basée sur les biens déclarés de Salem. Mais il y a certainement des biens cachés ».

Mais pour d’autres, la réconcilia­tion peut être un moyen de faire rentrer de l’argent à l’Etat. « La réconciliation avec ces hommes d’affaires est bénéfique pour l’Etat vu la situation économique, et la crise financière à laquelle fait face l’Egypte », explique Mohamad Al-Zeini, vice-directeur de la com­mission de l’industrie au Conseil des députés. « Maintenir les procès contre ces hommes d’affaires n’est pas la bonne option. Ces procès nécessitent beaucoup de temps et l’Etat n’y gagnera rien ». Al-Zeini espère que la réconciliation avec Hussein Salem ouvrira la voie à d’autres réconciliations permettant à l’Etat de récupérer des fonds perdus. « Ces fonds peuvent être utilisés dans des projets de développement ou pour soutenir des secteurs comme la santé ou l’éducation ». Même son de cloche pour le député Mohamad Badrawi, qui souligne : « Ces fonds peuvent aider l’Egypte à atténuer les effets de la crise économique et financière actuelle ».

Ossama Diab, chercheur à l’Ini­tiative égyptienne pour les droits personnels, pense que tout proces­sus de réconciliation doit inclure un effort pour la recherche de la vérité. « Je crois que la réconciliation doit faire partie d’un processus plus large, et doit être liée aux méca­nismes de la justice transition­nelle », pense Diab. Et d’ajouter : « Il ne faut pas traiter la réconcilia­tion comme un moyen de combler le déficit budgétaire, mais comme un moyen d’atteindre des objectifs plus importants, et ne pas être une fin en soi. On l’a vu par exemple en Afrique du Sud. Hussein Salem est une mine d’or, non pas à cause de sa fortune, mais parce qu’il était dans les cercles internes du régime de Moubarak, et savait ce qui se passait à l’intérieur du pays depuis les années 1960. Par exemple, l’ac­cord du gaz avec Israël est encore vague, et Salem connaît tous ses détails. Il est nécessaire d’imposer des conditions plus sévères à la réconciliation ».

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