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Autoroute du Fayoum : Le « non » des moines

May Atta, Mardi, 22 mars 2016

Le bras de fer opposant depuis 2012 les autorités aux moines du monastère de Wadi Al-Rayan a repris de plus belle. Au centre du litige, la construction d'une nouvelle autoroute qui traverse le monastère.

Autoroute du Fayoum : Le « non » des moines

Entamés la semaine der­nière, les travaux de la nou­velle autoroute traversant le monastère de Wadi Al-Rayan au Fayoum ont donné lieu à de nouveaux affrontements. Une machine a été incendiée, un moine arrêté. Depuis, les négociations se poursuivent toujours entre les moines et les autorités.

La décision du ministère du Transport en septembre 2014 de construire une nouvelle autoroute, reliant le sud du Fayoum aux oasis, à l’ouest de l’Egypte, a marqué le début de cette crise. En mars 2015, la socié­té de travaux publics, Arab Contractors, n’a pas pu commencer le chantier de l’autoroute à cause du refus des prêtres du monastère. Des dizaines de moines avaient formé un barrage humain pour barrer le chemin à un tracteur. L’Eglise avait affirmé ne pas disposer de papiers attestant de la propriété de ce monastère, et qu’elle n’avait rien contre la construction de la route. Elle avait alors défroqué six moines pour avoir entravé les travaux de construction de la route.

Les travaux s’étaient arrêtés depuis cette date. Et voilà, avec le début des travaux la semaine dernière le litige se renouvelle. Suite à des négociations, le gouverneur du Fayoum, Waël Karam, a déclaré être parvenu à un accord avec la majorité des moines du monastère. Cet accord porte sur la démolition de 500 mètres du mur du monastère qui mesure en tout 7 km, pour pouvoir commencer la construc­tion de la nouvelle autoroute. C’est avec le père Badaba et le père Martirous, qui représentent les 140 moines du monastère, que cet accord a été conclu avec le gouverneur.

Appels à l’escalade

Toutefois, un nombre de moines refusent toujours de se soumettre à cette décision. Les opposants à ce projet sont dirigés par le moine, Boulos Al-Rayani, qui a été arrêté jeudi dernier après avoir mis le feu à un engin appartenant à la compagnie Arab Contractors. « Tous les moines sont d’accord sur le début des travaux de la démolition du mur et la construc­tion de l’autoroute. Seuls 20 moines campent sur leur position rejetant ce projet. On a dû présenter une plainte à la police contre le moine Boulos qui a voulu nous chasser du monastère et a incendié la machine de la compa­gnie de construction », raconte père Badaba. Le père Athanassios Al-Rayani, un des moines opposés à ce projet, menace d’internationaliser le litige. « On a suggéré au gouverne­ment des alternatives à cette auto­route pour éviter de la faire passer à travers le monastère. Mais le gouver­nement insiste pour nous porter pré­judice », se plaint Al-Rayani. Il explique qu’il refuse cette autoroute qui scinde en deux le monastère. Elle séparerait la partie, où se trouve le monastère, des quatre sources que les prêtres utilisent pour boire et cultiver les terres aux alentours. « C’est vrai que nous n’avons pas de papiers pour la propriété des feddans, mais il existe une sorte de protocole entre le monas­tère et le ministère de l’Environne­ment qui nous donne le droit d’utiliser ce terrain et cultiver ceux qui sont proches des sources d’eau. En 20 ans de vie monastique dans ces lieux, nous avons pu cultiver 300 feddans », avoue Al-Rayani.

Par ailleurs, le pape Tawadros, chef de l’Eglise orthodoxe, s’est aligné sur la position de l’Etat. Dans des déclara­tions, il a affirmé que l’église ne recon­naît pas les moines de ce monastère qui ne dépendent pas d’elle et a appelé le gouvernement à prendre les mesures nécessaires pour achever l’autoroute. Rejetant des actes hors du cadre de la loi, le pape a affirmé que ces moines se sont emparés sans avoir le droit de 13 000 feddans. « Le plus grand monastère copte en Egypte ne dépasse pas les 500 feddans. Comment un seul monastère peut-il disposer de 13 000 feddans ? », a-t-il dit.

Qu’il existe d’autres alternatives ou non pour ne pas faire passer l’auto­route à travers ce monastère construit sans autorisation est une question technique qu’a tranchée le gouverne­ment. Mais au-delà de ce litige, c’est la souveraineté de la loi qui est en question. Selon l’écrivain copte, Gamal Assaad, l’Etat doit imposer la force de la loi et ne pas laisser la loi de la force s’imposer. « On est face à une contravention nette et claire. Ces terrains n’appartiennent pas à ces moines. Ils les exploitent à leur profit sans aucun droit. D’autant plus qu’ils prétendent être dépendants de l’Eglise alors qu’elle les a défroqués depuis des années. La décision doit être prise en vertu de la loi », estime Assaad.

Litiges à répétition

L’histoire du monastère en question remonte aux années 1960 lorsque le père Matta Al-Maskine, avec d’autres moines, sont arrivés dans la région, en provenance du monastère Saint-Macaire, à Wadi Al-Natroun. Mais la vie dans cette zone aride a amené la majorité d’entre eux à retourner à Wadi Al-Natroun. En 1995, Abouna Elichaa, gardien des lieux, a relancé l’aventure et a décidé de construire ce monastère pour s’y installer. Et depuis, les problèmes n’ont pas cessé. C’est notamment en 1998 que les moines ont décidé de planter un jardin, qui avait été tout de suite arraché étant donné que la culture est une activité totalement interdite dans les réserves natu­relles.

Les infractions du monastère contre le site se sont ensuite poursuivies. En 2000, une église a été construite sans permis, elle a été également démolie par la police.

Le mur en question n’a été construit que dans la foulée de la révolution de janvier 2011, alors que les forces de sécurité étaient quasiment absentes. Les moines de ce monastère ont construit un long mur de 7 km environ sans autorisation qui empêche l’accès à la région d’Al-Oyoune, laquelle renferme 4 sources dites « magiques » d’eaux sulfuriques et qui fait partie de la réserve naturelle de Wadi Al-Rayan.

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