Egypte > Egypte >

Débat autour de la Constitution

Ola Hamdi, Mardi, 08 mars 2016

Des politiciens et des intellectuels ont lancé une campagne en faveur d'une « activation de la Constitution ». Pour eux, l’esprit du texte fondamental, rédigé et approuvé en 2014, fait défaut.

L’initiative a été lancée le 23 février par des politiciens et des intellectuels de différents bords, entres autres Ahmad Al-Boraï, ancien ministre de la Solidarité sociale, Georges Isaac, membre du Conseil national des droits de l’homme, Khaled Daoud, du parti Al-Dostour, Mohamad Al-Qassas, du bureau politique du parti de l’Egypte forte, et Anouar Moghiss, président du Centre national de la traduction. Objectif : « Demander l’application de la Constitution ». « La Constitution de 2014 a donné aux Egyptiens des droits sans précédent, en particulier dans le domaine des libertés et des droits économiques et sociaux. Mais dans les faits, la Constitution n’est pas appliquée », explique Wahid Abdel-Méguid, vice-président du Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram et membre de l’initiative. Et d’ajouter : « L’application de la Constitution permettra à l’Egypte d’être un Etat civil démocratique moderne ». Les instigateurs de la campagne ont rédigé un document dans lequel ils appellent les institutions de l’Etat à « jouer leur rôle » pour garantir l’application des principes de la Constitution, à commencer par le parlement, le Conseil des ministres et la présidence de la République. Ils appellent également au rejet de toute tentative visant à amender la Constitution. « Nous organisons des tournées dans les gouvernorats, d’Assiout à Alexandrie, pour sensibiliser les Egyptiens à l’importance d’appliquer la Constitution. Nous communiquons aussi avec les syndicats professionnels et indépendants », affirme Samir Aleesh, militant et porte-parole de l’initiative. Il explique que celle-ci a trois objectifs : conscientiser la population quant à l’importance de la Constitution, maintenir les gains obtenus par la Constitution, surtout après les révolutions du 25 janvier et du 30 juin, et enfin faire face aux « violations de la Constitution ». « Nous devons faire face à ces violations », affirme Aleesh. Il mentionne à titre d’exemple les récentes condamnations d’écrvains et d’intellectuels pour « atteinte à la pudeur », ainsi que l’emprisonnement des journalistes et des activistes. « Tout ceci n’est pas en accord avec l’esprit de la Constitution et laisse à penser que l’Etat n’entend pas mettre en application ses principes, surtout qu’au cours de la récente période, nous avons vu certains appeler à un amendement de la Constitution pour élargir les pouvoirs du président de la République ».

La Constitution de 2014 accorde des droits importants aux citoyens égyptiens, notamment à la femme. Elle garantit la liberté de culte et la liberté de pensée à tous les citoyens et introduit la notion de justice sociale en obligeant pour la première fois l’Etat à allouer une part déterminée de son budget à la santé et à l’éducation. La Constitution limite par ailleurs les pouvoirs du président de la République et accroît ceux du parlement. La Constitution de 2014 avait été rédigée par le comité des 50 après la chute de l’ancien président islamiste, Mohamad Morsi. Celui-ci comprenait des représentants de la scène politique et publique égyptienne. La Constitution a été approuvée par référendum le 15 janvier 2014.

Adapter les lois

Mais en novembre 2015, des voix se sont élevées appelant à un amendement de la Constitution pour élargir les pouvoirs du président, et un débat politique s’est installé autour de la question. Le président Abdel-Fattah Al-Sissi était alors intervenu affirmant qu’il ne « cherchait pas à élargir ses pouvoirs ». Si pour certains, l’amendement de la Constitution est une nécessité pour protéger la stabilité du pays, d’autres redoutent une volonté de reproduire un régime autoritaire en rupture avec l’esprit de la révolution du 25 janvier. « Il est temps d’appliquer les articles de la Constitution liés aux libertés publiques », avait affirmé Amr El-Shobaki, ancien député et membre de l’initiative.

Mais tout le monde ne voit pas la chose du même oeil. « L’application de la Constitution est une tâche qui revient aux institutions de l’Etat dont le parlement, et personne n’a le droit d’empiéter sur les prérogatives du pouvoir législatif », affirme Magdi Abdel-Malak, député du Parti des Egyptiens libres. « L’Etat ne cherche pas à contourner les principes de la Constitution pour une raison simple c’est que celle-ci n’est pas encore appliquée », affirme pour sa part Emad Gad. Et d’ajouter : « Il faut savoir que l’arsenal juridique de l’Egypte doit encore être adapté à la nouvelle Constitution. Beaucoup de lois encore en vigueur n’ont pas été adaptées à la Constitution. Cela prendra du temps, mais le parlement est déterminé à accomplir cette tâche », affirme Gad, tout en reconnaissant que certains verdicts ou décisions ne sont pas totalement en accord avec l’esprit de la Constitution. Le débat est loin d’être clos.

Mots clés:
Lien court:

 

En Kiosque
Abonnez-vous
Journal papier / édition numérique