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Les terroristes à la recherche de la proie facile

May Al-Maghrabi, Mardi, 11 août 2015

L'enlèvement d'un citoyen croate dans une banlieue du Caire cherche à embarrasser les autori­tés, et à freiner le développement économique, selon les analystes. L'opération viserait aussi à couvrir les pertes que les terroristes subissent dans le Sinaï.

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Le sort de l'otage croate est à ce jour inconnu. (Photo: AP)

Les autorités déploient des « efforts intenses » pour déterminer le lieu de détention du citoyen croate enlevé par la branche égyptienne du groupe djihadiste Etat Islamique (EI) et menacé d’exécution, ont indiqué vendredi les Affaires étrangères.

Cette annonce survient alors que l’inquiétude monte sur le sort de l’otage Tomislav Salopek, employé d’une entreprise française, à l’expi­ration d’un ultimatum de l’organisa­tion djihadiste qui avait menacé mer­credi de l’exécuter dans 48 heures si le gouvernement égyptien ne libérait pas « des femmes musulmanes » emprisonnées.

Cet homme, âgé de 31 ans et enlevé en juillet dans la banlieue du 6 Octobre proche du Caire, est le premier étranger enlevé et menacé de mort par la branche égyptienne de l’EI.

« Nous n’épargnerons aucun effort pour retrouver l’otage et assurer sa sécurité », a indiqué le ministère après une rencontre au Caire du chef de la diplomatie, Sameh Choukri, avec son homologue croate, Vesna Pusic.

Dans une vidéo mise en ligne mer­credi dernier, Tomislav Salopek est montré agenouillé au pied d’un homme cagoulé tenant un couteau. La vidéo ne précise pas quand le compte à rebours a exactement com­mencé, mais deux jours se sont écou­lés depuis sa diffusion. Des analystes sécuritaires ont tendance à croire qu’il a été transporté dans le Sinaï.

Cet enlèvement soulève plusieurs interrogations sur les auteurs, ainsi que sur son enjeu et son éventuel impact.

Les autorités craignent que la décapitation d’un citoyen occidental n’effraie encore un peu plus les tou­ristes, déjà moins nombreux qu’avant, mais également les nom­breuses entreprises étrangères pré­sentes dans le pays, dans un contexte économique difficile.

L’ancien général Khaled Oukacha, directeur du Centre national pour les études sécuritaires, indique que le timing de l’annonce de la prise en otage du Croate n’est pas due au hasard. « Selon les enquêtes en cours, l’otage croate a été kidnappé depuis déjà plusieurs jours, mais l’apparition de cette vidéo en ce moment précis vise à gâcher la réus­site de l’inauguration du Canal de Suez en présence des dirigeants de pays arabes et occidentaux. Les ter­roristes visent à embarrasser le régime et à discréditer sa capacité à vaincre le terrorisme. Une tentative vouée à l’échec », affirme-t-il. « L’Egypte n’entend pas négocier avec les terroristes ou céder à leur chantage. Cela a toujours été la position de l’Etat. Déjà, il n’existe aucune femme dans les prisons appartenant à ce groupe dont l’ob­jectif est de terroriser les investis­seurs étrangers et frapper l’écono­mie », estime Oukacha.

Hicham Al-Naggar, spécialiste des groupes islamistes, n’exclut pas que cette opération soit commise par le groupe de la Province du Sinaï qui a pu déjà commettre une opération d’envergure au sein de la capitale, à savoir l’assassinat du procureur général. Il ajoute que le groupe essaye, par cette opération, d’émuler les atrocités de l’EI en Iraq et en Syrie pour sauver la face après les frappes sécuritaires qu’il a essuyées dans le Sinaï.

Jeudi, lors de l’inauguration en grande pompe du Nouveau Canal de Suez, aux portes du Sinaï, le prési­dent Abdel-Fattah Al-Sissi a de nou­veau promis de « défaire » les djiha­distes.

Ahmad Ban, également spécialiste des mouvements islamistes, ne veut pas anticiper et estime que mieux vaut attendre les investigations en cours. « La vidéo diffusée ne montre pas si l’otage a été transporté au Sinaï. Il est fort probable que les kidnappeurs ne soient pas des élé­ments de la Province du Sinaï comme on le croit. Il se peut qu’ils soient des jeunes radicaux de la confrérie des Frères musulmans ou de quelques groupes djihadistes », dit-il. Ce qui compte pour ce chercheur, ce n’est pas cette opération en soi, mais plu­tôt ses implications. « C’est une opé­ration alarmante à plus d’un égard. Elle marque un changement de cible de la part des terroristes parce qu’ici la personne visée est un citoyen occidental. Mais elle indiquerait aussi l’apparition de cellules radi­cales qui partagent l’idéologie de la Province du Sinaï sans forcément avoir de lien organisationnel avec ce mouvement », ajoute Ban.

La branche égyptienne de l’EI a revendiqué en juillet sa première attaque contre une mission diploma­tique en Egypte, un attentat contre le consulat italien au Caire qui a fait un mort. En décembre dernier, elle avait affirmé avoir tué un Américain tra­vaillant pour la société pétrolière Apache, près du Caire. Mais elle est plus particulièrement active dans la péninsule du Sinaï, où elle multiplie les attaques sanglantes contre les forces de sécurité .

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