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Le cercle vicieux de la liberté et de la violence

Najet Belhatem, Lundi, 13 juillet 2015

Le programme de surveillance RCS serait-il appliqué en Egypte ? Restreindre les libertés par des lois comme celle contrele terrorisme est-il la solution ou mènera-t-il à plus de violence ? Un choix d’articles pour y répondre.

Un article paru sur le site d’information indépendant Mada Masr a jeté la lumière sur les relations entre l’Egypte et la société italienne Hacking Team spécialisée en technologie de surveillance et d’infiltration informatique. « Les preuves et les documents révèlent que le début de la relation remonte à 2011 via un contrat visant l’achat du système fourni par la société, notamment le programme Gallilio. Et il est de coutume dans ce genre de transactions qu’une société locale joue le rôle d’intermédiaire entre la société de surveillance et le gouvernement pour permettre au gouvernement de demeurer invisible autant que possible ». Ces documents et preuves dont parle le journaliste ont pu être accessibles grâce ou à cause d’un piratage d’envergure le 5 juillet dernier, dont a résulté la divulgation de 400 gigas de documents : des mails, des contrats de transactions, des factures et des budgets … « Ce piratage a permis de comprendre la nature des programmes fournis par Hacking team. La société a été créée en 2003 à Milan et opère dans la surveillance et l’infiltration des appareils connectés à l’Internet à travers la mise en place de programmes qu’elle offre aux cercles d’espionnage et de sûreté nationale dans le monde. Parmi ces programmes les plus célèbres, celui du nom de Remote Control System connu sous l’abréviation RCS avec deux éditions l’une nommée Da Vinci et l’autre Gallilio. Pendant des années, la société a réussi à garder ses activités secrètes, puis des informations ont commencé à filtrer sur ses relations avec des régimes totalitaires et des secteurs célèbres par leurs activités de torture et de violence ».

En 2012, selon l’article, un laboratoire technique de l’Université de Toronto a commencé à travailler sur un projet de recherche pour tracer les utilisations du programme RCS et dévoiler les pays qui y ont recours. Les résultats de cette recherche ont été publiés en 2014 et montrent que 21 pays possèdent le programme et l’ont utilisé à différentes périodes. La liste comprend l’Egypte, le Maroc, le Sultanat d’Oman, l’Arabie saoudite et le Soudan. « Le programme RCS fait partie des plus redoutables programmes sur le marché de la surveillance des personnes sur Internet du point de vue de sa dangerosité. Son principe repose sur la collecte, la modification et l’extraction d’informations de n’importe quel appareil connecté à Internet. Il est capable d’outrepasser les barrières de confidentialité et les mots de passe, d’enregistrer les communications Skype, et de sauvegarder les mails et chats, sans oublier les informations concernant les navigations sur le Web. Les documents financiers de la société Hacking Team montrent les paiements que l’Egypte a faits à la société pour l’achat des licences et la maintenance qui couvre la période de 2011 à 2017. Ils révèlent aussi que la société égyptienne qui joue le rôle d’intermédiaire s’appelle GNS Egypt, une société technique appartenant au groupe Mansour », écrit Mada Masr qui publie également les factures des transactions.

C’est la faute à Voltaire

Sur le thème des libertés et des restrictions que la loi antiterroriste prévoit, beaucoup d’encre a coulé. Nous avons choisi deux articles qui résument les deux principaux points de vue opposés. Dans le quotidien Al-Shorouk, Emadedine Hussein consacre son édito au dilemme de la lutte antiterroriste et des libertés : « Peut-on dire que le fait de voir le gouvernement sortir une loi — dont certaines clauses sont inacceptables — pour combattre le terrorisme et avant une loi interdisant les manifestations, est la faute des terroristes qui l’y ont obligé ? Bien sûr que non, car ils ne croient ni en la loi ni en les libertés et droits de l’homme. Leur but premier est de détruire l’Etat. Ceux qu’on doit blâmer sont les Frères musulmans qui ont fait croire au monde qu’ils sont victimes d’un coup d’Etat et qu’ils sont pacifiques, alors qu’ils nous ont surpris dernièrement en revendiquant haut et fort les actes de sabotage des centrales électriques, comme un droit entrant dans la sphère de la lutte pacifique ». L’auteur ajoute que ce qui s’est passé le 14 août 2013, jour du démantèlement du sit-in de Rabea, est dû au fait que la confrérie des Frères musulmans « a décidé dans la pratique que la violence est sa seule option. Et le jour où elle a refusé la revendication populaire pour la tenue d’élection présidentielle anticipée en juin de la même année, elle a dit adieu à l’action pacifique ». L’auteur relève que la confrérie n’a pas condamné l’assassinat du procureur général, voire elle s’en est réjouie, comme elle s’est réjouie de l’attaque terroriste dans le Nord- Sinaï. « Sans la violence des Frères musulmans et son terrorisme qui a augmenté dans les derniers mois le gouvernement n’aurait jamais osé proposer ces articles de loi qui restreignent les libertés. La confrérie table sur le fait d’essouffler le peuple pour faire tomber le gouvernement. Et je ne sais pas si elle réalise que toutes ses opérations ont facilité l’aile la plus dure au sein du régime pour balayer ce qui reste de marge de démocratie ? », poursuit-il. L’écrivain et analyste Moustapha Al-Naggar est loin d’être du même avis. Il publie dans le même journal un article repris par le site d’information Aswat Masriya : « Cette école qui produit ces idées sans envergure ne remet pas en cause ce qui s’est passé en Egypte ces deux dernières années en matière de violations extrêmes et de dépassements de la loi et de la Constitution sous le même intitulé (combattre le terrorisme). Le résultat en a été une augmentation des actes terroristes qualitativement et quantitativement. Alors que ce même terrorisme aurait dû être l’occasion d’un réveil pour revoir le parcours et non pour continuer dans la même voie qui nous a menés à cette misère ».

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