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Chafiq fait des vagues

Ola Hamdi, Lundi, 01 juin 2015

De récentes informations publiées par le quotidien Al-Shorouk attribuent des ambitions présidentielles à l’ancien premier ministre, Ahmad Chafiq, qui réside aux Emirats depuis 2012. Elles ont été catégoriquement niées par son parti.

Shafiq

Pourquoi l’ancien premier ministre et candidat à la présidence de la République, Ahmad Chafiq, ne rentre-t-il pas en Egypte ? Le général Chafiq avait quitté l’Egypte après l’arrivée des Frères musulmans au pouvoir en juin 2012, pour s’installer aux Emirats arabes unis. Après la révolution du 30 juin, il a fondé son parti, le Mouvement patriotique, mais est resté aux Emirats arabes unis. Depuis, le nom du général Chafiq revient de temps à autre sur le devant de la scène. On évoque surtout son possible retour sur la scène politique où il pourrait jouer un rôle. Il y a deux semaines cependant, le quotidien Al-Shorouk lançait un pavé dans la mare, en déclarant que le général Chafiq est une per­sonnalité « indésirable » en Egypte. Selon le quotidien, une autorité souveraine aurait contacté le général pour lui dire de « ne pas revenir en Egypte », et « d’arrêter ses activi­tés politiques ». Chafiq aurait selon Al-Shorouk « effectué des contacts avec des responsables occidentaux, saoudiens, émira­tis ainsi que des hommes d’affaires pour revenir en tant que président en Egypte ». Chafiq avait, à plusieurs reprises, déclaré qu’il était le véritable vainqueur des élections de 2012. Il avait notamment engagé une plainte en justice affirmant que les élections de 2012 ont été truquées.

Le quotidien affirme en outre que « les services de sécurité surveillent les contacts de Chafiq, qui réside à Abu-Dhabi, avec des personnalités qui cherchent à affaiblir la légitimité du président Al-Sissi ». Chafiq aurait alors, toujours selon le quotidien, reçu une mise en garde ferme lui signifiant « d’ar­rêter ses activités suspectes ».

Ancien chef de l’armée de l’air, Ahmad Chafiq a été nommé en 2002 ministre de l’Aviation. Au début de la révolution de 2011, il est nommé premier ministre par le président Moubarak après six jours de mani­festations, dans une tentative d’apaiser l’op­position et les manifestants. Mais Moubarak démissionne quinze jours plus tard. Le nom de Chafiq reste associé à la bataille du cha­meau qui s’est déroulée sous son gouverne­ment et qui a opposé des partisans du régime de Moubarak aux manifestants. Le 3 mars 2011, à la veille d’une manifestation dirigée contre son gouvernement, il présente sa démission et est remplacé par Essam Charaf.

Honni par les jeunes révolutionnaires, il annonce sa candidature à l’élection présiden­tielle de 2012. Il termine deuxième avec 48,27 % des voix derrière Mohamad Morsi. Ses partisans clament alors qu’il a gagné les élections, dénonçant des fraudes par les Frères musulmans. Chafiq quitte l’Egypte quelques heures après l’ouverture d’une enquête pour corruption le visant, pour l’allo­cation illégale de 40 000 m2 de terrains, appartenant au Club des pilotes de l’armée de l’air, aux fils de l’ancien président Alaa et Gamal Moubarak. En 2013, il est acquitté par la justice. Après la révolution du 30 juin, il fonde depuis les Emirats son parti, le Mouvement patriotique, ce qui dévoile son intention de prendre part à la vie politique en Egypte. Mais Chafiq ne quitte pas les Emirats arabes unis où il réside jusqu’à ce jour. « Le général Chafiq attend que son nom soit levé de la liste des personnes recherchées », affirme à Al-Ahram Hebdo Yéhia Qadri, vice-président du parti du Mouvement patrio­tique. Selon lui, de nombreuses plaintes ont été présentées au procureur général contre Chafiq à l’époque des Frères musulmans, mais aucune décision n’a été prise au sujet de ces plaintes jusqu’à présent.

« Informations infondées »

Qadri nie en bloc les informations publiées dans le quotidien Al-Shorouk. « Il n’y a eu aucune mise en garde au général Chafiq. Personne ne l’a contacté et personne ne lui a interdit de revenir en Egypte. Ces informa­tions sont totalement infondées », affirme-t-il, ajoutant que le parti poursuivra en justice « quiconque diffame le général ou publie des informations mensongères sur lui ». « C’est une tentative visant à semer la discorde entre le président Al-Sissi et le général Chafiq. Le but est d’affaiblir notre parti aux prochaines élections parlementaires. Nous répliquerons dans les cours des tribunaux », affirme Qadri. Les responsables d’Al-Shorouk affirment, eux, avoir recueilli leurs informations auprès de sources « sûres et fiables ». « Ceux qui veulent recourir à la justice peuvent le faire. Nous avons confiance en nos sources », lance le directeur de rédaction d’Al-Shorouk, Mohamed Saad Abdel-Hafiz.

De larges connexions

Le nom de Chafiq revient incessamment dans les talk-shows. Et certaines de ses affiches sont apparues dernièrement dans les rues du Caire. « Le général Chafiq bénéficie encore de l’appui de certains hommes d’af­faires qui étaient proches du régime de Moubarak, ainsi que certains anciens membres du Parti national démocrate, le parti de Moubarak, qui reviennent aujourd’hui sur la scène politique. Du fait qu’il a passé de longues années au sein du pouvoir en tant que ministre à l’époque de l’ancien président, Chafiq bénéficie aussi d’un large réseau de connexions en Egypte », analyse le politologue Hassan Nafea. D’où les affiches dans les rues du Caire et l’appui clair dans certains talk-shows. Mais selon Hassan Nafea, il est peu probable que Chafiq joue un rôle politique de premier plan au cours de la période à venir. « Chafiq ne peut pas se poser aujourd’hui comme étant une alternative au président Al-Sissi. Ce dernier bénéficie aujourd’hui d’une grande popula­rité du fait qu’il a réussi à écarter le régime des Frères musulmans », conclut Nafea.

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