Semaine du 20 au 26 octobre 2021 - Numéro 1395
Afaf Rady : Une icône du chant classique
  Avec plus de 50 ans de carrière, 60 chansons et 13 pièces musicales, la chanteuse Afaf Rady a un parcours exceptionnel. Après des années d’absence, elle regagne les planches. Et les coeurs.
Afaf Rady
Névine Lameï13-10-2021

Avec environ 11 de ses chansons phare, Afaf Rady a fait vivre au public de l’Opéra du Caire des moments romantiques inoubliables il y a quelques semaines. Elle a fait ainsi son grand retour, après des années d’absence et quelques apparitions sporadiques à la télévision. Sous la baguette magique du maestro Sélim Sahab, elle a chanté parfois seule, parfois accompagnée de sa fille, plusieurs oeuvres composées par Baligh Hamdi, son mentor. Celui-ci l’avait encouragée à ses débuts afin qu’elle interprète des chansons arabes classiques, au lieu de se contenter d’une carrière dans le chant d’opéra qu’elle a étudié au Conservatoire. « Ce concert est le début de toute une série. J’ai été stimulée par l’hommage que m’a accordé, en mars dernier, la première dame d’Egypte, Intissar Al-Sissi, à l’occasion de la Journée mondiale de la femme. Alors, j’ai décidé de revenir sur scène », a déclaré Afaf Rady.

Ayant obtenu un doctorat de l’Académie des arts en 1996, son travail académique était prioritaire, ceci se faisait parfois même au détriment de sa carrière de chanteuse, même lorsque celle-ci était en pleine effervescence.

« Tous les grands compositeurs avec qui je collaborais nous ont quittés : Baligh Hamdi, Mohamad Al-Mougui, Kamal Al- Tawil, Mounir Mourad … Avec eux, j’ai noué de véritables amitiés et j’ai connu le succès. Aujourd’hui, je dois chercher de nouvelles oeuvres de qualité, composées par des musiciens plus jeunes que je ne connais pas forcément. Ils ont probablement une autre méthode de travail que la mienne. On ne suit plus le processus de production d’avant à cause de l’influence d’Internet, de YouTube, etc. L’artiste est devenu aussi un entrepreneur, il doit s’occuper de tout. Et pour moi, c’est quelque chose d’agaçant », précise Afaf Rady. D’ailleurs, elle conseille à sa fille May Kamal, une jeune chanteuse très prometteuse, de savoir choisir parmi les oeuvres de la « salade musicale » actuelle.

Car jusqu’ici, la fille ne fait que revisiter le répertoire de sa mère, en lui attribuant des accents plus jazzy.

Encore étudiante au Conservatoire du Caire, Afaf Rady avait fait la connaissance du grand compositeur Baligh Hamdi.

Charmé par sa voix de soprano, il l’invite à participer aux soirées de musique et de chant, appelées Adwä Al-Madina (les lumières de la ville). La soirée devait se dérouler au théâtre Al-Hambra, à Alexandrie, en 1970, avec au programme Abdel-Halim Hafez et plusieurs autres grands noms de l’époque.

Rady passe l’épreuve avec grand succès, notamment grâce à la chanson Roddou Al- Salam (rendez la salutation) que lui avait composée Baligh Hamdi. « Baligh Hamdi était un vrai pédagogue. A grande énergie, il créait tout le temps du nouveau et invitait ses proches à donner leur avis. Il savait très bien faire écho à la rue égyptienne ».

Afaf Rady a également collaboré ultérieurement avec Ammar Al-Chéréï, qui appartenait à une génération plus jeune, mais qui a côtoyé tous les grands, d’abord en tant qu’accordéoniste talentueux, ensuite comme joueur d’orgue et compositeur. De leur rencontre est né son album We Betessäl Ya Habibi (tu t’interroges encore mon chéri, en 1985) et ce fut le début d’un trio qui n’a de cesse travaillé ensemble : Afaf Rady, Ammar Al-Chéréï et le poète et parolier Sayed Higab. Ensemble, ils ont lancé par la suite un album regroupant plusieurs chansons pour enfants, Soussa, qui a défrayé la chronique. Sa voix soprano au timbre prenant et bien posé lui permet de chanter des couleurs musicales très variées, orientales et occidentales. Sur les pages Facebook, on compare son style au « chant d’oiseau », on évoque les caractéristiques de sa voix cristalline, qui ne cesse d’enchanter.

Née en 1954 dans la ville d’Al-Santa, près d’Al-Mahalla Al-Kobra, au gouvernorat de Gharbiya, Afaf Rady est issue d’une famille d’artistes. Son père a tout de suite découvert sa vocation pour le chant, il était lui-même propriétaire d’une société de distribution de films. Ses oncles paternels sont le metteur en scène Al-Sayed Rady et le réalisateur de cinéma Mohamad Rady. Ses frères Mounir et Maher sont respectivement réalisateur et directeur de photographie. Enfant, Afaf aimait chanter devant ses proches. Et à l’âge de 10 ans, la famille s’est installée au Caire, vers la fin des années 1960, et donc elle a pu se joindre au Conservatoire, où elle a étudié le piano et le chant d’opéra avec la célèbre Madame Ratle.

Ce qui l’a enchantée de tout temps, c’est le monde du théâtre musical et du chant lyrique.

Encore étudiante, elle a participé aux opéras La Veuve joyeuse et La Bohème, interprétés sur les planches de l’Opéra du Caire. Ensuite, elle a participé, en 1971, à la pièce de théâtre Yassine Waladi (Yassine mon fils), mise en scène par Karam Motawie et mise en musique par Baligh Hamdi, d’après un texte de Fayez Halawa. Ensuite, sur les planches du théâtre Al-Balloun, elle a joué dans Dounia Al-Pianola (le monde du pianola), en 1974. Un succès qui est suivi d’un autre avec Ah Ya Ghagar (ô les gitans) et Aragoz lil bée (un polichinelle à vendre). Et en 2002, Afaf Rady a chanté pour l’Intifada palestinienne dans la pièce engagée Lan Tasqot Al-Qods (Jérusalem ne tombera pas). « Depuis mon travail avec Baligh, j’ai été adoptée par la compagnie Sawt Al-Fan, fondée en 1961 par Abdel- Halim et Abdel-Wahab, puis j’ai collaboré avec d’autres grandes boîtes de production comme Sawt Al- Hob et Sawt Al-Qahira ».

En 1976, le succès était encore au rendez-vous avec le film musical Mouled Ya Dounia (la vie comme une fête foraine) de Hussein Kamal, où elle tenait le premier rôle féminin.

Le répertoire de Afaf Rady compte des oeuvres très variées, romantiques, folkloriques, patriotiques, pour enfants … Sa voix angélique et rêveuse laisse trahir son côté timide. Confiante et douce sur scène, plus effacée durant les entretiens. Après chacune de ses absences passagères, Afaf Rady renoue contact avec le public comme si de rien n’était et regagne les coeurs. En 2018, elle a interprété le générique du feuilleton social Aboul-Aroussa (le père de la mariée).

Et en 2019, elle s’est produite à l’Opéra de Damas, sous la direction du maestro syrien Kamal Skiker, chantant une sélection parmi les oeuvres des frères Rahbani. « J’ai collaboré avec eux en présentant une version égyptienne de leur pièce musicale Al-Chakhs (la personne). C’est l’une de mes écoles musicales préférées », ajoute Afaf Rady, qui pense sérieusement lancer un nouvel album de chansons pour enfants. Car son premier reste gravé dans la mémoire de plusieurs générations.

Afaf Rady


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