Semaine du 4 au 10 août 2021 - Numéro 1384
Khaled Al-Anani : La sensibilisation archéologique est l’une des priorités du ministère
  Quatre mois après sa nomination au ministère égyptien des Antiquités, Khaled Al-Anani revient sur les principaux défis auxquels fait face le ministère ainsi que les moyens de les surmonter.
Khaled Al-Anani
Khaled Al-Anani.
Nasma Réda03-08-2016

Al-Ahram Hebdo : Depuis fin mars dernier, vous êtes en poste comme ministre des Antiquités, quelles sont vos priorités ?

Khaled Al-Anani : Pendant toute cette période j’ai essayé de déterminer les principaux défis qu’affronte le ministère et de trouver des solutions.

Il y a six défis principaux, à savoir le manque de ressources financières, la suspension de plusieurs projets, le manque de personnel qualifié, l’empiètement sur les sites archéologiques et les fouilles illégales, surtout après la révolution de 2011. Il y a aussi le dossier des antiquités restituées, le manque de documentation relative aux monuments, la faiblesse de l’infrastructure et des services sur les sites archéologiques et les musées, et dernièrement, le manque de sensibilisation archéologique des citoyens.

— Avez-vous déterminé les causes des problèmes budgétaires et les moyens d’y remédier ?

— Le ministère des Antiquités était financièrement indépendant, puisque ses fonds sont basés essentiellement sur les tickets des sites archéologiques payés par les touristes. Mais vu le manque de touristes, surtout après 2011, nos ressources financières ont chuté et sont passées de 1,3 million de L.E. par an à seulement 275 000 L.E. Suite à ce déficit, on doit réfléchir différemment. Un des challenges les plus importants est de trouver de nouvelles sources de revenu. On a par exemple réfléchi à vendre les répliques des pièces d’antiquités produites par le Centre de renouvellement de l’art. Le ministère a aussi commencé à vendre toutes les publications depuis 2011 à des prix réduits. Autres idées en cours : l’exploitation des palais historiques pour la tenue de manifestations culturelles et la publicité sur les billets des sites.

— A propos des projets archéologiques suspendus depuis 2011, comment allez-vous les exécuter ?

— Avant la crise financière, plusieurs projets archéologiques avaient commencé tels que le Nouveau Grand musée de Guiza (GEM) et le Musée national de la civilisation à Fustat (NMEC). Mais à cause du manque de ressources, tous ces projets et d’autres ont été arrêtés, et plus de 20 musées dans différents gouvernorats ont fermé leurs portes. De même, plusieurs projets de développement et de restauration des sites archéologiques, tels que le projet de développement du Plateau de Guiza, ont été reportés. Avec le soutien de l’actuel gouvernement, le ministère a été chargé d’exécuter la première phase du GEM. Les travaux doivent prendre fin vers 2017 au lieu de 2018, et quelques salles d’exposition et des activités du NMEC seront inaugurées au cours des prochains mois.

— Etes-vous satisfait de l’état actuel des grands musées d’Egypte ?

— Bien sûr que non. Bien que j’aie eu l’honneur de diriger le Musée égyptien, son état est déplorable. Aujourd’hui et après l’accord conclu avec une compagnie privée de nettoyage, le touriste remarque qu’il y a un progrès dans les salles et les vitrines. D’autres projets sont en cours, on appliquera un nouveau système d’éclairage. Cela aidera à ouvrir le musée la nuit pour encourager les gens à le visiter.

— Les autres musées et sites archéologiques ouvriront-ils le soir également ?

— On commencera par le Musée égyptien, puis la Citadelle de Salaheddine au Caire et celle de Qaïtbay à Alexandrie. Cette mesure non seulement aidera à augmenter les revenus du ministère, mais en plus transmettra le message que l’Egypte est un pays sûr.

— Comment pouvez-vous améliorer la formation des employés au sein du ministère ? Et quel est le personnel dont le ministère a besoin ?

— Le ministère a besoin d’experts en marketing et en droit international pour développer ses ressources financières. De même, on a besoin de personnel de sécurité. Ce personnel est nécessaire pour récupérer les antiquités volées, pour mettre en application les contrats des expositions à l’étranger ou encore pour sécuriser les sites archéologiques. Malheureusement, le gouvernement n’autorise pas les embauches. Nous essayons de combler ce manque avec le personnel du ministère. Des mémorandums d’entente ont été signés avec des institutions éducatives pour former les employés. En outre, nous avons demandé aux missions archéologiques étrangères de former deux inspecteurs par mois durant leur saison de fouilles sur le territoire égyptien. Cela permet de compenser l’insuffisance de la formation universitaire, spécialement dans le domaine des fouilles.

— Le ministère a signé différentes conventions et des protocoles d’entente avec plusieurs institutions étrangères. Quel est l’intérêt de ces accords ?

— Les protocoles avec les universités visent à faciliter les études supérieures aux employés. Tandis qu’avec les pays étrangers comme l’Arabie saoudite et la Jordanie, ces accords visent à mettre fin au trafic illicite des biens culturels et l’échange des expertises et des expositions comme avec le Musée du Louvre.

— Le dossier du trafic illégal des antiquités paraît sans fin ...

— Bien que depuis 2010 le ministère ait fondé un département pour la récupération des antiquités volées, nous faisons face à d’énormes problèmes juridiques, surtout pour prouver que ces pièces nous appartiennent. Le ministère a commencé à présent à inscrire les pièces sur des registres, mais aussi à les documenter en détail avec des photos.

— Comment améliorer le niveau des services fournis sur les sites archéologiques ?

— Des services comme la sécurité, les caméras de surveillance, le système d’éclairage en plus des magasins, des cafétérias et des restaurants qui sont fournis sur les sites archéologiques ou dans les musées seront gérés par une compagnie nationale holding qui regroupera des délégués de plusieurs ministères sous la surveillance du ministère des Antiquités. Cette société doit améliorer au fur et à mesure le niveau des services fournis qui, à son tour, augmentera les revenus du ministère.

— Etes-vous pour ou contre l’idée d’organiser des expositions à l’étranger ?

— Je suis complètement pour cette idée, mais selon des conditions. Il faut que l’endroit où les pièces sont exposées soit d’un certain niveau, la contrepartie financière doit être plus élevée et le ministère doit avoir un pourcentage sur toute autre activité organisée en marge de ces expositions.

— Quelles sont les étapes prises pour sensibiliser le public à l’importance des monuments ?

— L’une des priorités du ministère est la sensibilisation archéologique, en particulier chez les enfants. C’est la manière la plus efficace pour faire face aux fouilles clandestines et au trafic illégal. On a commencé à ouvrir les sites archéologiques et les musées en Egypte gratuitement aux lycéens. Un conservateur les guide à travers les salles et les pavillons. On travaille aussi avec le ministère de l’Education pour distribuer dans toutes les écoles un nouvel atlas avec les sites archéologiques actuels.

La sensibilisation archéologique est l’une des priorités du ministère
Viste d'Ibrahim Mahlab au plateau des pyramides. L'Etat entend achever le réaménagement de ce site fin 2016.

— L’ouverture des sites archéologiques ou historiques aux cérémonies de mariages et aux fêtes privées a suscité un grand débat. Qu’en pensez-vous ?

— Lors d’une récente réunion au ministère, nous avons décidé d’interdire les fêtes et les noces de mariage sur des sites comme le plateau de Guiza, la Citadelle de Qaïtbay à Alexandrie et la forteresse de Salaheddine au Caire. Selon le nouveau règlement, les mariages peuvent être organisés seulement dans les jardins des palais historiques en échange d’une grande somme. J’encourage également la tenue d’événements comme les conférences et les dîners de travail dans les palais historiques au lieu de les tenir dans les hôtels.

— Retournons aux grands projets, comment évaluez-vous les travaux de la mission de Scan Pyramids ?

— Cette mission travaille en Egypte depuis 2015. Nous avons formé un comité scientifique qui surveille le travail de la mission. La pyramide est un monument spécial dans le monde entier et elle doit être traitée avec beaucoup de délicatesse. Même chose pour la tombe de Toutankhamon. Quand les études n’ont pas abouti à la certitude qu’il y a quelque chose derrière les murs, on a tout reporté. On doit s’assurer que n’importe quel projet scientifique ne représente pas le moindre danger pour l’intégrité du monument.

— La fabrication de la réplique de la tombe Séthi Ier est actuellement en cours, quel est l’intérêt d’un tel projet ?

— Le même projet a été déjà fait pour la tombe de Toutankhamon. On travaille actuellement sur celle de Séthi Ier et on compte faire une réplique de la tombe de Néfertari. Un tel projet est conçu pour protéger les tombes qui reçoivent un grand nombre de visiteurs. Pour réduire les visites, on a dû vendre les billets de Séthi et de Néfertari à 1 000 L.E. Ceux qui ne peuvent pas payer n’ont qu’à visiter les répliques.




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