Semaine du 22 au 28 septembre 2021 - Numéro 1391
Le Caire, Belgrade, New Delhi
Mohamed Salmawy08-09-2021
 
 

Belgrade se prépare à célébrer le 60e anniversaire de la création du Mouvement des non-alignés, dont le premier sommet s’est tenu en 1961 dans la même ville. Et ce, en accueillant le 20e sommet du mouvement, les 11 et 12 octobre, auquel assisteront 35 chefs d’Etat et 120 ministres des Affaires étrangères, comme l’a déclaré le ministre serbe des Affaires étrangères, Nikola Selakovic.

Mohamed Salmawy

Mais le Mouvement des non-alignés continue-t-il de bénéficier de la même importance à la lumière des mutations internationales survenues au cours des 60 dernières années ? Selakovic a clairement indiqué avoir visité la plupart des pays invités à la conférence qui ont, en majorité, exprimé leur enthousiasme d’assister au prochain sommet. Fait qui signifie que les pays du tiers-monde pensent encore que le mouvement est utile bien que certains croient que son époque est révolue. Ces pays voient-ils dans leur adhésion au mouvement une confirmation de leur indépendance face au réseau actuel de polarisations internationales, qui ne se limite plus à deux pôles comme c’était le cas pendant la période de la Guerre froide ? Le monde est désormais devenu multilatéral, avec une progression du rôle de la Chine sur la scène internationale d’une part, et l’émergence de l’Union européenne en tant que bloc différent des Etats-Unis d’autre part. Ceci en plus d’un certain nombre de pôles secondaires émergents avec en tête le Japon. Les peuples des pays qui ont adhéré au Mouvement des non-alignés, qui compte 120 pays, 20 Etats observateurs et 10 organisations, ont bâti de grands espoirs pour réaliser leurs aspirations nationales représentées par le soutien au droit à l’autodétermination, à l’indépendance, à la souveraineté nationale, à l’intégrité territoriale, à la lutte contre l’apartheid, à la non-adhésion à un allié militaire multilatéral, à la lutte contre le colonialisme, au rejet de l’occupation, au désarmement, au rejet de l’emploi de la force dans les conflits internationaux, à la démocratisation des relations internationales et à la restructuration du système économique international pour soutenir le développement économique et social des pays membres.

En fait, le mouvement a émergé à la Conférence afro-asiatique de Bandung en 1955 dirigée par les pères fondateurs du mouvement, le président Nasser, le premier ministre indien Nehru et le président yougoslave Tito. Au cours de cette conférence, on a annoncé les « Principes de Bandung » qui ont déterminé les objectifs du mouvement, alors que la 15e session des Nations-Unies en 1960 a témoigné de l’adhésion de 17 nouveaux pays africains et asiatiques au mouvement, et que le premier sommet du mouvement s’est tenu l’année suivante dans la capitale yougoslave, Belgrade, après la conférence préparatoire tenue précédemment au Caire. Cependant, le plus grand changement survenu depuis la création du mouvement est que le conflit idéologique, qui a prévalu au milieu du siècle dernier et qui a été le principal moteur de la Guerre froide, n’existe plus. Après la chute de l’Union soviétique, le monde s’est dirigé vers les économies de marché et les économies à l’Est et à l’Ouest sont devenues entremêlées. Les échanges économiques entre la Chine et les Etats-Unis en sont la plus grande preuve. Mais en fait, le conflit politique entre les superpuissances persiste malgré la disparition de la dimension idéologique, ainsi que les tentatives de chacun d’imposer son hégémonie sur les pays du tiers-monde. Un autre changement dangereux survenu au cours des dernières décennies est la dimension militaire, restée longtemps en dehors de l’équation au cours des longues années de la Guerre froide. Des arsenaux d’armes sont utilisés par les différentes forces internationales parfois par procuration comme en Afghanistan, en Syrie et en Libye et parfois directement comme lors de l’invasion américaine de l’Iraq en 2003. Il y a maintenant un conflit clair entre les superpuissances afin d’augmenter leur présence militaire en implantant des bases ou en menant des guerres. Le conflit international est aujourd’hui plus violent. Raison pour laquelle il est devenu plus que jamais indispensable de réanimer le Mouvement des non-alignés.

Le Mouvement des non-alignés réunit les deux tiers des pays du monde, et l’Egypte a joué un rôle de premier plan dans sa fondation et a d’ailleurs accueilli son dernier sommet en 2009 à Charm Al-Cheikh. Grâce à la stabilité politique dont elle jouit, l’Egypte est maintenant capable de diriger le mouvement vers de nouveaux horizons qui répondent aux besoins de la phase actuelle, exactement comme elle l’a fait précédemment. La Serbie cherche aussi à retrouver son rôle pionnier dans le Mouvement des non-alignés via le sommet auquel elle appelle le mois prochain, tandis que d’un autre côté le rôle international de l’Inde, troisième membre fondateur du mouvement, ne cesse d’accroître. Dans ce contexte, l’Egypte retrouvera-t-elle son rôle international grâce à sa position de leader au sein du Mouvement des non-alignés, le plus grand regroupement international du monde après les Nations-Unies ? Le prochain sommet de Belgrade représente une occasion de retrouver ce rôle que nous avons négligé au cours des dernières décennies et nous avons payé le prix de cette négligence en Afrique comme en Asie.


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