Semaine du 4 au 10 août 2021 - Numéro 1384
Un futur complexe pharaonique
  Le Nouveau Grand Musée égyptien est supposé être inauguré dans un an. Le chantier est en ébullition, les travaux vont bon train avec en parallèle la restauration de nombreux anciens objets. Visite dans les coulisses.
Un futur complexe  pharaonique
(Photo: Bassam Al-Zoghby)
Hanaa Al-Mekkawi11-01-2017

A environ deux kilomètres des trois grandes pyramides de Guiza qui veillent depuis des millénaires sur Le Caire, on aperçoit des panneaux indiquant la direction du Nouveau Grand Musée. Ce complexe encore en construction est situé en face de monuments historiques prestigieux. Il promet d’être un haut lieu de l’égyptologie. « Ce sera l’un des grands musées du monde. Il renfermera 100 000 pièces dont une moitié sera exposée et l’autre sera entreposée dans les dépôts. Pour le moment, 40 000 objets ont été transportés vers ce Grand Musée », dit fièrement Tarek Tawfiq, directeur du musée.

Un futur complexe pharaonique
Tarek Zidane et Issa Zidane dans le dépôt des pièces lourdes. (Photo: Bassam Al-Zoghby)

De gigantesques murs cernent le chantier qui s’étend sur une superficie de 491 000 m2. Pour y pénétrer, il faut passer par plusieurs postes de contrôle. Là, des agents vérifient et enregistrent l’identité de chaque visiteur, lequel doit être en possession d’une autorisation. Jusque-là, l’endroit ressemble à n’importe quel chantier où tous les travaux sont planifiés et exécutés de façon systématique, mais une fois que les portes s’ouvrent et que l’on se trouve à l’intérieur, on découvre un autre univers, ressemblant plutôt à une ruche d’abeille où chacun est chargé d’une tâche précise et l’exécute de façon méticuleuse. « On a entamé les travaux en 2010 et l’on ne s’est jamais arrêté, y compris durant la révolution. Il est arrivé que le travail ralentissait à cause du manque de moyens financiers, puis la cadence s’accélérait et ainsi de suite », explique Tawfiq. Ce dernier affirme que la galerie d’exposition de toutes les pièces du trésor de Toutankhamon sera inaugurée en 2018. Plusieurs objets intacts appartenant à ce pharaon, mort très jeune, vont y être exposés pour la première fois depuis la découverte de sa tombe en 1922 par Howard Carter. Selon Tawfiq, dans ce musée, le visiteur aura la chance de découvrir des objets rares et d’autres antiquités, tous réunis sous un même thème « les rois de l’Egypte Antique ».

Des momies de rois seront exposées avec des objets utilisés au quotidien ou destinés pour leur voyage dans l’au-delà après la mort. Ainsi, le visiteur pourra se faire une idée du mode de vie et des croyances de ces pharaons. En attendant le jour J, les travaux vont bon train. Des ingénieurs et des ouvriers travaillent jour et nuit pour respecter les délais impartis. Pour ne pas amocher le légendaire panorama, le musée est construit sur une cinquantaine de mètres en contrebas. Le bâtiment aura la forme d’une flèche de 500 mètres de long, pointée vers les pyramides. Les murs seront en albâtre et la façade sera entièrement vitrée avec une vue sur le désert et les pyramides. Cet espace est encore en construction. Des panneaux de danger signalent les risques potentiels, recommandant aux personnes de faire attention ou de s’éloigner. Les tracteurs vrombissent haut lançant derrière eux une fumée noire, se transformant en nuée grisâtre dès qu’elle se mêle à la poussière qui envahit le lieu où seuls les travailleurs y ont accès. Des avertisseurs sonores et des voyants de couleur rouge signalent, de temps à autre, le passage d’un gros engin ou d’un treuil. Comme les bruits émanant du chantier empêchent les travailleurs de s’entendre, ils communiquent par des gestes. Ils portent des casques protecteurs de couleur jaune et des gilets phosphoriques. Ingénieurs et ouvriers sont bien concentrés sur leur travail car la moindre erreur peut coûter la vie à n’importe qui.

Le rêve en train de se réaliser

Un futur complexe pharaonique
Medhat Abdallah vérifie l'état d'un statut en bois. (Photo: Bassam Al-Zoghby)

Lors de la pause, l’ingénieur Abanoub Emad atteste qu’ils sont tous fiers de travailler sur un tel projet, car ce musée va prouver au monde entier que les fils des pharaons sont capables de conserver leurs trésors. « Un projet grandiose du point de vue architectural, des techniques et des matériaux utilisés. La source d’énergie qui alimentera l’ensemble du musée a été conçue pour lui fournir l’électricité nécessaire à travers une unité d’énergie indépendante », ajoute Emad. Tenant son talkie-walkie à la main, cet ingénieur ne cesse de s’assurer du bon déroulement des travaux. Lui et les autres travaillent avec rigueur et enthousiasme pour achever ce chef-d’oeuvre auquel leurs noms sont associés. Au départ, l’endroit n’était qu’un désert au sein duquel ils ont passé des mois à retirer des tonnes de sable. C’est là qu’ils ont réalisé que le rêve auquel ils aspiraient était en train de se réaliser. « Je suis venu ici, après avoir obtenu mon diplôme à l’âge de 22 ans. Aujourd’hui, je suis marié et j’ai deux enfants », relate un des agents de sécurité. Bien que les travaux de construction ne soient pas achevés, le centre de restauration et de conservation, construit sur une superficie de 32 000 m2, est d’ores et déjà en pleine activité. Là, on accueille toutes les pièces antiques provenant de différents musées et dépôts, y compris celles du Musée du Caire à la place Tahrir.

Issa Zidane, directeur général de la restauration préliminaire et du transport des objets antiques au musée, explique qu’avant de déménager des objets précieux, les ouvriers doivent les emballer et les envelopper soigneusement de matières protectrices pour éviter toute détérioration ou fêlure. L’équipe chargée du déménagement est constituée de professionnels, d’ouvriers et de chauffeurs bien qualifiés et donc très conscients de la valeur et l’importance de ces objets antiques.

Voyage dans l’au-delà

Un futur complexe pharaonique
Le centre de restauration comprend 18 laboratoires chargés chacun d'une étape de restauration. (Photo: Bassam Al-Zoghby)

Zidane explique que les pièces sont transportées dans des camions bien équipés de l’intérieur, surtout que la plupart des objets sont fragiles. Généralement, le véhicule est escorté par la police. Au centre de conservation, les murs sont peints en gris et les portes en acier sécurisées et blindées accentuent l’effet du froid.

Dans la salle, on a l’impression que l’âme des pharaons plane partout. Un sarcophage placé sous un microscope, une vasque qui servait à emmagasiner des provisions pour le voyage dans l’au-delà est entre les mains d’un restaurateur. Il l’observe minutieusement comme s’il voulait l’interroger sur son histoire. Des momies placées en retrait attendent également d’être examinées. De la poterie, des objets en bois, en cuir, des pierres précieuses, des étoffes, chaque pièce est rangée soigneusement, attendant d’être transférée dans l'un des 18 laboratoires chargés chacun d’une étape de la restauration. Chaque laboratoire est équipé d’un matériel spécifique ou d’instruments comme des microscopes et des radiographies. Pour bien préserver ces antiquités, la température ambiante doit être invariable et la salle aseptisée. « Ces objets sont à restaurer. On en profite également pour enregistrer leur nombre et leur état actuel. Le surplus sera rangé dans un dépôt du musée », ainsi explique Medhat Abdallah, responsable du laboratoire des objets en bois, avant de remettre son masque et ses gants pour continuer à examiner le statut d’Amenhotep, un fonctionnaire de la cinquième dynastie. L’odeur de l’huile de cidre et du sycomore embaume le laboratoire. Ces produits avec d’autres aident à conserver en bon état le bois, une matière organique qui a besoin de plusieurs mois de traitement, comme l’explique un jeune restaurateur. Celui-ci travaille avec des dizaines d’autres chargés de restaurer les objets antiques dans les différents laboratoires. Certains passent des jours et même des mois devant une paire de sandales de Toutankhamon, une épée ou un morceau de textile ancien. D’autres sont chargés de nettoyer, traiter les pièces et s’assurer que des insectes n’ont pas attaqué le bois. D’autres encore cherchent à retrouver les couleurs d’un sarcophage ou à réparer un papyrus. D’après Hussein Kamal, directeur général des affaires techniques au Grand Musée, ces restaurateurs forment le noyau de la première école de restauration en Egypte. Une école fondée par des spécialistes égyptiens qui ont mis au point de nouvelles techniques de restauration. « Avant, on imitait la façon de faire des écoles européennes, mais nos pièces sont tellement particulières et ne ressemblent guère à d’autres à travers le monde. Ce qui nécessite une certaine technique de restauration bien spécifique avec le moins possible de matières chimiques pour conserver l’état original des pièces le plus longtemps possible », dit Kamal. Pour arriver à cet objectif, les restaurateurs du centre de restauration du Grand Musée ont suivi des études, dans plusieurs pays, notamment au Japon. « En fait, ce musée n’est pas seulement un grand centre d’exposition, mais un complexe de civilisation, de culture et d’art », dit Tarek Tawfiq. Il comprendra non seulement des galeries d’exposition, des centres de conservation et de restauration, mais aussi un centre commercial, des restaurants, un cinéma 3D et pourra accueillir entre 5 et 8 millions de visiteurs par an.




Lien court:

 

Courriel
 
Nom
 
Titre
 
Commentaire