Semaine du 26 janvier au 1er février 2022 - Numéro 1408
La calligraphie arabe désormais protégée
  La calligraphie arabe, désormais inscrite sur la liste du patrimoine immatériel de l’Unesco, n’est pas une simple écriture, mais un art qui mérite d’être conservé.
La calligraphie arabe  l  désormais protégée
Kiswet Al-Kaaba, un modèle de la calligraphie arabe très répandu dans les pays islamiques.
Nasma Réda12-01-2022

Un an après l’inscription du tissage à la main de la Haute-Egypte sur la liste du patrimoine immatériel de l’Unesco, l’organisation onusienne a accepté, lors de sa 16e session tenue en ligne au mois de décembre, d’inscrire la calligraphie arabe sur sa liste du patrimoine culturel immatériel suite à la demande de 16 pays arabes dont l’Egypte. Les ministères de la Culture et des Affaires étrangères ont déployé de grands efforts pour préparer le dossier. « C’est une nouvelle réussite pour l’Egypte qui cherche à conserver son identité. Cette inscription aidera à établir un dialogue interculturel avec différents pays », a annoncé Inès Abdel-Dayem, ministre égyptienne de la Culture, qui a souligné la valeur culturelle, sociale et économique exceptionnelle de la calligraphie arabe.

Pour les défenseurs de la calligraphie arabe, cette décision permettra de préserver cette pratique artistique qui consiste, selon les mots de l’Unesco, « à retranscrire l’écriture arabe manuscrite avec fluidité, harmonie, grâce et beauté ». D’après Nahla Emam, experte des traditions et des arts égyptiens, nommée membre du comité qui examine les dossiers relatifs au patrimoine immatériel présentés à l’Unesco, « cette inscription de la calligraphie arabe permettra aussi d’élever la conscience des citoyens et de développer les connaissances et les compétences artistiques transmises d’une génération à l’autre ». Selon Mohamad Baghdadi, coordinateur et chef du comité scientifique en charge du dossier de la calligraphie arabe au Conseil suprême égyptien de la culture, l’organisation onusienne n’a pas inscrit la calligraphie arabe en tant qu’art restreint aux pays arabes, puisque cette écriture est aussi utilisée dans d’autres pays islamiques, à l’exemple de la Turquie et de l’Iran. En fait, c’est grâce à l’Arabie saoudite, où la calligraphie arabe témoigne d’un grand élan surtout avec les broderies de Kiswet Al-Kaaba (tissu couvrant la Kaaba), à l’Egypte, à la Tunisie et au Maroc que le dossier a été préparé, montrant à l’Unesco la richesse de cet art. « Ces dossiers collectifs rapprochent les peuples et montrent la similarité de leurs traditions, coutumes et modes de vie », assure Nahla Emam.

Un art millénaire

La calligraphie arabe s’est développée il y a plus de 14 siècles dans différentes régions du monde arabe. « Les Ottomans ont le plus contribué au développement rapide de la calligraphie arabe. Ils l’ont intégrée partout: dans leurs mosquées, leurs résidences, leurs établissements, de même que dans les rues », explique Mohamad Wahdan, directeur de l’institut Al-Qalam, spécialisé dans l’apprentissage de la calligraphie et l’art arabe, soulignant que l’importance de l’écriture arabe a surgi surtout lorsque les Arabes ont voulu conserver leurs poésies et quand les premiers musulmans ont voulu documenter le Coran. En fait, la première forme de l’alphabet arabe, connue sous le nom d’écriture Jazm, a été utilisée par les tribus du nord de la péninsule arabique. « Cette écriture a continué à se développer jusqu’au début de l’ère islamique à La Mecque et à Médine », affirme Wahdan. Et d’ajouter que les archéologues ont trouvé, toujours au nord de la péninsule, des inscriptions qui montrent une relation étroite entre les écritures arabes et certaines écritures antérieures, telles que les alphabets cananéen et araméen nabatéen. L’écriture coufique est devenue après l’étape suivante du développement de la calligraphie arabe. Celle-ci s’est rapidement développée dès le VIIe siècle pour arriver à son apogée au XIIIe siècle. « Son nom fait référence à la ville de Koufa en Iraq, où cette écriture est apparue pour la première fois, mais des copies de cette écriture ont été retrouvées dans différents pays arabes », souligne Salah Abdel-Khaleq, professeur d’écriture coufique. Au début, le coufique n’incluait pas les points utilisés actuellement dans l’écriture arabe moderne. « L’écriture coufique a continué son développement durant les différentes époques islamiques, notamment à l’ère des Omeyyades (de 661 à 750) et des Abbassides (de 750 à 1258). L’Egypte a utilisé cette écriture, l’a modifiée petit à petit et l’a nommée le coufique fatimide qu’on utilise jusqu’à maintenant et qui distingue l’Egypte de tous les autres pays arabes », souligne Abdel-Khaleq. L’écriture coufique fatimide s’est répandue en Afrique du Nord. Le Maroc, par exemple, utilise le coufique maghribi qui comprend plus de courbes, contrairement au texte coufique original. « Malgré les défis, nous essayons actuellement d’inscrire les différents genres de calligraphies arabes et de faciliter leur usage », indique Wahdan. Selon lui, beaucoup de jeunes apprennent cet art qui les inspire dans certains métiers comme celui de bijoutier, de menuisier et même de designer. « Les maisons de haute-couture utilisent les écritures arabes pour attirer leur clientèle », indique Abdel-Khaleq. « C’est devenu un art et pas seulement une écriture. Nous recommandons la création au sein des universités égyptiennes de filières de calligraphie arabe comme c’est le cas en Turquie », affirme Mohamad Baghdadi. L’art de la calligraphie arabe continue à se développer dans le monde arabe et au-delà. « Donc, pour préserver notre calligraphie arabe, largement répandue dans le monde, je propose aussi de créer des écoles spécialisées et des ateliers d’apprentissage de cet art », conclut Baghdadi .


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