Semaine du 15 au 21 septembre 2021 - Numéro 1390
L’Egypte en bicyclette, une formidable aventure
  L’initiative « Notre pays est plus beau à vélo » organise tous les vendredis des excursions touristiques pour découvrir les gouvernorats d’Egypte. Reportage.
L’Egypte en bicyclette, une formidable aventure
L'équipe satisfaite d’atteindre Le Caire islamique après une longue distance.
Doaa Elhami28-07-2021

Un pot de miel, une bouteille d’eau, une tente, un sac à dos et une bicyclette, ce sont les outils nécessaires pour faire le tour des gouvernorats et des villes d’Egypte à vélo. Un groupe de jeunes Egyptiens du village de Safour, au gouvernorat de Charqiya, a déjà fait l’expérience en faisant le tour de plusieurs gouvernorats du Delta égyptien. « J’ai vu beaucoup de personnes voyager d’un pays à l’autre en bicyclette. J’ai alors eu l’idée de faire le tour de l’Egypte à vélo », explique Hussein Fayadh, étudiant à la faculté de commerce de l’Université de Zagazig, qui a commencé ses randonnées il y a quelques années avec sa bicyclette. Il s’est rendu à Ismaïliya, à Wadi Al-Natroun et au Caire, où il a visité la place Tahrir, les pyramides et la nouvelle ville d’Al-Chorouq. De retour à son village natal, Safour, sa mère lui a dit que tous les villageois et elle n’avaient jamais vu les pyramides et qu’ils ignoraient tout de ces édifices et de leur histoire. C’était il y a 3 ans. En réaction, le jeune Hussein a créé une page sur Facebook intitulée Notre pays est plus beau à vélo, et ce, pour y publier les photos de ses excursions accompagnées de quelques informations. « J’ai voulu faire partager mon expérience et encourager le tourisme rural et le tourisme interne à travers la bicyclette », se souvient Hussein Fayadh, qui a réussi à former un groupe de cyclistes de son village et qui organise désormais des excursions tous les vendredis, et ce, à travers sa page Facebook.

L’Egypte en bicyclette, une formidable aventure

Pour lui, rouler en bicyclette est une occasion pour contempler le paysage égyptien, d’une beauté exceptionnelle, et découvrir de nouveaux horizons difficiles à observer en voyageant en voiture ou en train. « Lors de notre tournée au gouvernorat de Kafr Al-Cheikh, on a découvert une île au lac Borollos appelée Chakhlouba. Celle-ci renferme un petit village de pêcheurs qui habitent de simples huttes. Pour atteindre ce village, il fallait laisser nos bicyclettes et prendre une felouque ou un petit bateau à voile », raconte Fayadh qui a eu l’occasion, lors de cette tournée, d’observer plusieurs espèces d’oiseaux migrateurs. Il explique que faire du vélo sur une distance de 114 km entre Charqiya et Kafr Al-Cheikh n’a pas été facile. « Faire du vélo n’est pas une habitude dans les villages. J’étais très souvent sujet à la critique et l’ironie », reprend Hussein Fayadh.

Lancement de l’initiative

Au cours de cette initiative, Hussein a fait la connaissance du Libanais Mohamed Abdel-Wahab qui lui aussi fait le tour du Liban à vélo. Ce dernier l’encourage. Au bout de deux ans et demi, cette initiative a eu un écho positif dans le village et a réussi à attirer des jeunes. « A vélo, je peux m’arrêter et prendre des photos sans la moindre difficulté. J’aimerais voir l’île des roses, ainsi que Guéziret Al-Ward, qui se trouve dans le gouvernorat de Mansoura, et prendre des photos de ce jardin qui remonte à l’époque ayyoubide », affirme Mahmoud Taha, joueur de judo et de kickboxing, membre de l’équipe de cyclistes et étudiant à la faculté de pédagogie. Il tourne des vidéos des voyages et les poste sur la page de l’initiative. L’une des excursions les plus attirantes pour lui est celle de Qanater Dahtoura à Zefta, dans le gouvernorat de Gharbiya, connues aussi comme les Qanater « aux 50 yeux ». Il s’agit d’un barrage dressé sur la branche de Rachid renfermant 50 portails dans lesquels s’engouffre l’eau du Nil pour cultiver près de 1 million de feddans dans le Delta. Ces Qanater, érigées sous le khédive Abbas Helmi en 1903, sont entourées de jardins et de constructions d’un style architectural particulier. « Le paysage est formidable. L’architecture est remarquable. L’entrée des eaux dans les portails forme des vagues, il y a des jardins tout autour et on voit les bateaux à voile sur les rives du Nil, sans oublier les amateurs de pêche. Tout cela donne lieu à un formidable tableau naturel », raconte Mahmoud Taha.

L’Egypte en bicyclette, une formidable aventure
Pour atteindre l'île Chakhlouba, les membres de l'équipe prend une petite felouque.

Quant à Mohamad Al-Cherbini, le plus jeune cycliste de l’équipe, il a réussi en dépit de ses 13 ans à parcourir 160 km par jour en allant à Tanta. Il a dû modifier son mode de vie. Maintenant, il se réveille tôt, suit un régime alimentaire sain et pratique des activités sportives variées pour améliorer sa condition physique. « Enfin j’ai pu accompagner l’équipe à Tanta. J’ai fait 160 km en un seul jour », dit Mohamad, ravi de son exploit. Il y a vu le marché, s’est baladé dans les anciens quartiers de la ville et s’est installé sur la corniche avec les habitants de Tanta qui ont l’habitude de sortir chaque semaine en famille sur la corniche après la prière du vendredi. « Les citoyens de Tanta et des lieux que nous avons visités nous ont chaleureusement accueillis, nous ont invités à prendre du thé et nous ont offert des repas », reprend Hussein Fayadh.

Préparation et organisation

En effet, l’équipe organise des excursions les vendredis, puisque la plupart des membres sont des étudiants et font différents boulots à côté de leurs études universitaires. Le vendredi, jour de congé, ils partent en excursion à vélo. Ils préparent chaque promenade en vérifiant les équipements et l’état des bicyclettes. Ils ont suivi des stages pour apprendre la réparation des vélos. Il faut aussi savoir bien calculer la durée de la promenade pour se doter de suffisamment de nourriture. Par exemple, pour se rendre à Alexandrie, loin de leur point de départ, les cyclistes ont commencé leur promenade à 23h pour arriver tôt le vendredi. Pour aller à San Al-Hagar dans le gouvernorat de Charqiya, ils sont partis de Safour à 7h du matin. Les préparatifs varient en fonction de la destination. Ayant acquis plus d’expérience, l’équipe coordonne avec les cyclistes des autres gouvernorats pour les rencontrer à l’entrée des villes visitées. C’est ce qu’a fait le chef de l’équipe lors de la dernière excursion à Bassioun, dans le gouvernorat de Gharbiya. « 25 kilomètres avant notre destination, le chef des cyclistes de la ville de Bassioun, Mohamad Al-Masri, nous a surpris avec des musiciens de tambourin (mezmar baladi) et des cris d’accueil et d’encouragement, alors que des citoyens nous ont accompagnés jusqu’à notre entrée dans la ville », reprend Fayadh. Une scène documentée par une vidéo postée sur Facebook.

L’Egypte en bicyclette, une formidable aventure
Filles et femmes, récentes membres de l’équipe « Notre pays est plus beau à vélo ».

Chaque ville visitée a ses caractéristiques particulières et aussi son dialecte. Ismaïliya est connue pour ses jardins de manguiers, Alexandrie pour sa plus longue corniche et son marché de poissons, ainsi que le pont Stanley et la citadelle de Qaïtbay, alors que Tanta est connue pour ses anciens quartiers. De toutes les corniches des villes du Delta, celle de Mansoura est la plus belle aux yeux de Fayadh.

Adel El-Gendy, directeur général du département général du département de la stratégie au ministère du tourisme et des antiquités, encourage ce genre d’initiatives. « La campagne égyptienne se caractérise par ses paysages variés, offrant une expérience riche aux touristes. Egalement, les traditions et les coutumes varient d’un lieu à l’autre. La population est chaleureuse. N’oublions pas le dialecte et l’art culinaire de chaque village », souligne-t-il. Il insiste sur la nécessité de promouvoir ce genre de tourisme. L’équipe de l’initiative a suspendu ses activités pour le moment et les reprendra après les examens. Leur première destination sera Port-Saïd. Plus tard, au moment des vacances du petit Baïram, qui auront lieu au mois de mai, les cyclistes comptent se rendre à l’oasis de Siwa dans le gouvernorat de Matrouh, à travers le désert occidental. La durée estimée de cette promenade est de huit jours. Fayadh, en coopération avec l’écrivain Samar Al-Wesseifi, est en train d’écrire un livre intitulé Al-Rahalla (le voyagiste), où il explique que faire le tour des gouvernorats avec un budget limité, c’est possible.


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