Semaine du 4 au 10 août 2021 - Numéro 1384
Les trésors d’Alexandrie exposés à Londres
  Le British Museum de Londres accueille, du 19 mai au 27 novembre, l'exposition « Cités englouties : Le monde perdu de l’Egypte ». Un événement exceptionnel.
Les trésors d’Alexandrie exposés à Londres
(Photo : Franck Goddio)
Nasma Réda25-05-2016

Du 19 mai au 27 novembre prochain, le British Museum de Londres exposera 300 nouvelles pièces antiques découvertes au large des côtes de la ville d’Alexandrie entre 1996 et 2012. « C’est la première fois que des oeuvres aussi importantes sont exposées en Grande-Bretagne », souligne Elham Salah, chef du département des musées au ministère égyptien des Antiquités. Intitulée « Cités englouties : Le monde perdu d’Egypte », l’exposition retrace l’histoire des cités enfouies depuis plus de 2 300 ans au large d’Alexandrie.

Le British Museum n’est pas la première étape pour ces oeuvres antiques présentées précédemment à l’Institut du monde arabe à Paris en septembre 2015. L’exposition alors intitulée « Osiris, mystères engloutis d’Egypte » avait fait le choix de baser son exposition sur la légende d’Osiris. « Chaque pays apporte un angle différent et fait des choix artistiques », explique Mohamad Moustapha, chef du département des monuments sous-marins au ministère égyptien des Antiquités, qui a accompagné l’exposition à Paris pour une durée de six mois. « Même la muséographie est différente. Cela s’explique notamment par le type de public attendu. La langue diffère, mais le thème et l’angle développés par les commissaires d’expositions également », indique Salah, qui affirme qu’il y a eu plus de 160 000 visiteurs à l’exposition parisienne. Un nombre qui aurait pu doubler sans l’attentat terroriste de novembre 2015 qui a énormément influencé la fréquentation des expositions, ajoute-t-il.

Les trésors d’Alexandrie exposés à Londres
Stèle de Thônis-Heracleion, de Nectanébo (380-362 av. J.-C.), une copie de la stèle trouvée à Naucratis. (Photo : Franck Goddio)

Pour sa part, le chef du département des antiquités sous-marines affirme que les Français sont passionnés par la légende d’Osiris, déesse des enfers, qui a tenu la promesse de la vie éternelle, contrairement aux Britanniques qui « cherchent à travers cette exposition à montrer leur travail de fouilles effectuées par la mission du British Museum dans la ville engloutie de Naucratis, ainsi que dans les sites gréco-romains du Delta ».

Submergées depuis plus de 2 000 ans, les villes de Thônis-Heracleion, Canope, et surtout Naucratis, voient leur histoire racontée pour la première fois dans cette exposition. Une partie de l’exposition montre les recherches et les travaux de fouilles menés par l’archéologue français Franck Goddio, fondateur de l’Institut Européen d’Archéologie Sous-Marine (IEASM, à Paris).

L’exposition présente des objets remarquables tels que des statues colossales, des stèles, des bijoux, des offrandes sacrées et des objets de culte.

A Londres, les visiteurs sont accueillis par la colossale statue du dieu du Nil, Hapy, qui mesure 5,15 m de haut. « Cette statue a été découverte à 45 m de profondeur par l’équipe de l’IEASM », souligne Moustapha.

Les trésors d’Alexandrie exposés à Londres
Statue de la reine Arsinoé II, un mélange entre deux civilisations. (Photo : Franck Goddio

En outre, parmi les pièces exposées se trouve un chef-d’oeuvre des musées égyptiens, à savoir le « taureau Apis » ou encore une sculpture extraordinaire de Canope représentant Arsinoé II (la fille aînée de Ptolémée Ier, fondateur de la dynastie ptolémaïque). Cette reine gréco-macédonienne était devenue une déesse adorée par les Egyptiens comme les Grecs. Après sa mort, elle a été reconnue comme déesse de la beauté.

Le directeur du British Museum, Richard Lambert, est ravi de révéler les secrets de cette période importante de l’histoire. « Il est extrêmement passionnant de présenter cette première exposition à grande échelle sur les découvertes sous-marines égyptiennes au British Museum », se félicite Lambert. Il salue également la participation de la fondation pétrolière mondiale BP, qui a subventionné en partie l’exposition. Il ajoute : « Nous sommes tout à fait ravis de notre collaboration avec Franck Goddio et son équipe, la Fondation Hilti et bien sûr nos collègues égyptiens qui nous permettent aujourd’hui de redonner vie à ces cités perdues ».

Le président de l’IEASM a déclaré, à son tour, dans un communiqué de presse, que cette exposition leur permet de partager avec le public les résultats d’années de travail, ainsi que leur fascination pour des mondes et des civilisations anciens. « Cette exposition présente un aperçu unique d’une période fascinante de l’Histoire au cours de laquelle les Egyptiens et les Grecs se sont rencontrés sur les rives de la Méditerranée ». La troisième et dernière étape de l’exposition des trésors alexandrins sera le Musée Rietberg de Zurich, en Suisse. Après quoi, elle viendra retrouver son pays natal, l’Egypte, à l’aube du printemps 2017.

Trois cités sorties de l'oubli

La plupart des objets de l’exposition « Cités englouties : Le monde perdu d’Egypte » appartiennent à trois villes englouties par les eaux sur les côtes méditerranéennes.

Naucratis, qui se situe à 72 km au sud-est d’Alexandrie, sur la branche canopique du Delta, était l’une des premières villes colonisées par les Grecs. Entre l’an 650 et 630, elle devint un carrefour commercial important. Les commerçants grecs achetaient du blé, du papyrus et du lin aux Egyptiens qui, en échange, leur achetaient céramiques, huiles, argent et vin. A Naucratis, Egyptiens et Grecs vivaient dans des quartiers bien distincts et les mariages gréco-égyptiens étaient interdits. Une exception, car dans le reste du pays les aventuriers grecs avaient le droit de se marier avec des Egyptiennes. Enfin, la ville était principalement consacrée au dieu Horus, mais fut également un centre de culte pour les divinités Amon et Thot. La cité s’étendait des temples grecs jusqu’à une vaste enceinte qui abritait des temples des deux divinités égyptiennes.

A Thônis-Héracleion — nommée Heracleion d’après le héros grec Héraclès — ont été dégagées du sable de précieuses trouvailles, comme une stèle en granit noir de 1,6 tonne et de 2 m2. Celle-ci était gravée au nom du pharaon Nectanebo Ier (378-362 av. J.-C.) et des comptes tels que les taxes imposées aux marchands grecs. « Cette ville était l’un des centres commerciaux les plus importants entre l’Egypte et le reste du monde méditerranéen », explique Mohamad Moustapha. Selon Franck Goddio, il semblerait que Thônis ait été engloutie et rayée de la carte au VIIe siècle de notre ère, suite à un tremblement de terre qui provoqua un raz-de-marée.

Canope, quant à elle, ville voisine de Thônis, était le seul port égyptien ouvert aux commerçants grecs et phéniciens (Syrie et Liban). Elle était un important centre de culte des dieux égyptiens et était reconnue comme la ville de l’échange de l’art et la culture entre les deux civilisations. Elle se situait sur le Delta à l’embouchure de la branche canopique du fleuve, c’est-à-dire la plus importante des sept branches du Nil à cet endroit. « La découverte de ces deux villes bouleverse les croyances et éclaircit la compréhension des liens gréco-égyptiens », souligne Mohamad Moustapha.

Informations pratiques

Cités englouties : Le monde perdu d’Egypte (Sunken Cities, Egypt’s Lost Worlds)

Date : Du jeudi 19 mai au dimanche 27 novembre 2016

Horaires et tarifs

Les frais de réservation sont applicables en ligne et par téléphone britishmuseum.org/sunkencities

Email : [email protected]

— Du samedi au jeudi de 10h à 17h30

— Vendredi de 10h à 20h30

Dernière entrée 80 minutes avant la fermeture.

Tarifs d’entrée :

— Plein tarif : 16,5 £

— Enfants jusqu’à 16 ans : Gratuit

Tarifs de groupe disponibles

Adresse :

Musée britannique (British Museum)

Great Russell Street

UK1000, Londres

ROYAUME-UNI

Site internet :

http://www.britishmuseum.org/




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