Semaine du 4 au 10 août 2021 - Numéro 1384
Qasr Al-Wizz : Les secrets d’un site englouti
  Les études effectuées sur les archives de Qasr Al-Wizz (le palais des oies), site submergé sous le lac Nasser, témoignent de la naissance de la vie ecclésiastique nubienne. Focus sur un site perdu qui continue à révéler ses secrets.
Qasr Al-Wizz
Le minbar en calcaire orné de croix gravées. (Photo : L'Institut oriental de Chicago et la Fondation pour la science polonaise)
Doaa Elhami11-05-2016

Qasr al-wizz est un complexe religieux situé en Nubie au sud de l’Egypte, qui date du VIe siècle et qui comprenait un monastère et une église. Il avait été inondé lors de la construction du Haut-Barrage d’Assouan. Il est depuis englouti sous le lac Nasser. En 1965, le site a été pour la première fois fouillé, juste avant son inondation, par l’archéologue Georges Scanlon de l’Institut oriental de l’Université de Chicago qui y avait travaillé pendant trois semaines. Ce même institut, en coopération avec la Fondation polonaise pour la science, a repris aujourd’hui les recherches, faisant appel à une nouvelle technologie pour traiter plus de 200 fragments qui avaient été dégagés du site. Ces études ont révélé des informations précieuses sur les débuts du christianisme et de la vie monastique sur ce site.

Il s’est ainsi avéré que ce complexe dépendait de la cathédrale de Faras, capitale de la Nubie, au cours du VIe siècle. « On avait retrouvé une petite église en brique crue de 7 X 2,5 mètres de dimensions », explique l’archéologue Artur Obluski, membre de la Fondation polonaise pour la science. Selon lui, la structure architecturale de l’église à cette époque suivait le style typiquement égyptien. Au fond d’une salle rectangulaire, où se dressent deux rangs de colonnes latérales, se trouvait l’autel. Les murs et les chapiteaux comprenaient des traces d’ornements floraux.

Déchiffrer les manuscrits

Qasr Al-Wizz
L'état du manuscrit lors de la découverte. (Photo : L'Institut oriental de Chicago et la Fondation pour la science polonaise)

Le programme utilisé par l’institut a aidé les archéologues à déchiffrer les manuscrits retrouvés sur le site en 1965. Les caractères coptes et nubiens qui sont rédigés sur les parchemins en cuir et sur les papyri sont devenus lisibles. « Ils sont rédigés dans le style d’écriture chénoutite, connu dans les monastères blanc et rouge de Sohag dont le chef était l’ermite Chénouda », reprend Obluski. Ce qui montre l’influence de l’architecture égyptienne du nord sur cette église nubienne du sud d’Egypte. En étudiant les manuscrits, les chercheurs ont pu comprendre que l’église a subi des travaux d’extension du côté sud, probablement à cause de la diffusion du christianisme à l’époque. Et à partir de là, vers le VIIe siècle, les traces de l’art nubien ont commencé à apparaître, explique Obluski. Le baptême dans une église égyptienne typique avait lieu, en général, dans la cour de l’église, alors que dans une église égyptienne nubienne, il se tenait dans la salle. Au fur et à mesure, l’architecture particulière du sud égyptien, la Nubie, a pris le dessus. Des modifications architecturales ont eu lieu. Deux entrées latérales, au nord et au sud, avaient remplacé celle du centre, alors que la partie ouest a été répartie en trois. Dans la partie sud-ouest, il y avait des escaliers qui menaient vers la tombe d’un moine. D’après Obluski, les traditions égyptiennes voulaient que les lieux de culte soient séparés des tombes. En revanche, la tradition nubienne ne fait pas de telle séparation, d’où la présence de cette tombe, ajoute-t-il. Parmi les trouvailles les plus précieuses, il y a une inscription sur les murs extérieurs de l’église, où est mentionné le nom du prêtre Dioscoras, l’un des plus importants patriarches d’Alexandrie. « On ne sait pas jusqu’à présent à qui appartient cette église, peut-être qu’elle était liée à Dioscoras », renchérit l’expert. Cette inscription est un indice supplémentaire que l’église nubienne dépendait du Patriarcat alexandrin.

Site de pèlerinage

Qasr Al-Wizz
Une partie de l'église. (Photo : L'Institut oriental de Chicago et la Fondation pour la science polonaise)

Les recherches ont confirmé le fait qu’au Xe siècle, les moines avaient rattaché cette église à une autre qui se trouvait à l’est. A partir de cette date, ce complexe, qui s’est énormément agrandi, est devenu un site de pèlerinage qui attire tous les chrétiens d’Afrique. Quant au monastère, il était plus développé que ceux du reste de l’Egypte. Ceci dit, « la vie monastique et ses normes sont nées en Egypte et ont été diffusées dans le monde entier. Raison pour laquelle les monastères des autres pays n’ont pas connu les premières étapes de cette vie austère », reprend Obluski. En effet, le monastère comprend deux rangs de cellules rectangulaires qui renfermaient des bancs semi-circulaires. Ce qui est plus impressionnant est la technologie qui a été utilisée par les archéologues. « Cette technologie nous a permis de connaître l’endroit où a été trouvé le manuscrit et son état d’origine lors de sa découverte sur le site », explique Obluski. Parmi les découvertes les plus importantes dans la biographie des saints, figure celle d’une certaine Hélaria qui s’était rendue au monastère consacré aux hommes seulement. Pour y demeurer, elle s’était déguisée en tenue d’homme, jusqu’à sa mort. « D’après les documents, son identité a été révélée pendant ses funérailles », souligne l’expert étonné. Bien que Qasr Al-Wizz ait été submergé, il continue à livrer ses secrets.




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