Semaine du 4 au 10 août 2021 - Numéro 1384
80 ans d’archéologie
  Le groupe de Visegrad (regroupe­ment de quatre pays d’Europe cen­trale qui parraine plusieurs projets archéologiques en Egypte) a tenu, le 12 avril, le 1er Symposium d’égyp­tologie du Caire, organisé à l’ambas­sade tchèque. Focus sur les tra­vaux de la mission polonaise, l’une des plus actives du groupe.
80 ans d’archéologie
Les membres de la mission polonaise à Kom Al-Dekka. (Photo : Missions polonaises)
Doaa Elhami27-04-2016

Le 1er Symposium d’égypto­logie du Caire, organisé par le groupe de Visegrad à l’ambassade tchèque au Caire, s’est tenu le 12 avril. Consacré aux travaux archéologiques effectués en Egypte par les pays du groupe (Hongrie, Pologne, République tchèque et Slovaquie), ce symposium est le premier de son genre. Le groupe de Visegrad a été fondé en 1335, pour établir une coopération étroite dans les domaines politiques et écono­miques entre les royaumes de bohême, la Pologne et la Hongrie. Aujourd’hui, cette coopération s’est étendue au domaine archéologique et le groupe parraine plusieurs projets archéolo­giques en Egypte. C’est ce que explique Mme Véronika Kuchynova Smigolova, ambassadrice de la République tchèque en Egypte et pré­sidente du groupe de Visegrad (voir entretien). « Vu l’importance de l’égyptologie pour les pays du groupe, sa présidence a organisé ce sympo­sium qui était une bonne occasion pour que chaque pays présente un exposé expliquant l’un de ses projets en Egypte », explique l’ambassadrice.

La Pologne est un exemple actif de ce que fait le groupe de Visegrad. Le pays possède 17 missions qui opèrent dans les quatre coins de l’Egypte.

Kom Al-Dekka à Alexandrie, Marina Al-Alamein à Matrouh, Tell Al-Farkha dans le Delta, le temple de Hatchepsout à Thèbes, le port de Bérénice à la mer Rouge, ou encore le monastère de Naqloun au Fayoum, en sont des exemples. L’ensemble de la mission travaille depuis plus de 80 ans dans les fouilles, le nettoyage, la res­tauration et la préservation des sites, afin qu’ils deviennent accessibles au public. « Nous travaillons la signalé­tique des sites, pour que les touristes puissent se repérer et comprendre ce qu’ils sont en train de voir », explique Artur Obluski, directeur du Centre polonais d’archéologie méditerra­néenne, de la branche du Caire (PCMA). C’est le cas à Kom Al-Dekka, à Alexandrie, l’une des plus anciennes régions où opère la mission polonaise qui a révélé l’extra­ordinaire auditorium appartenant à l’antique université d’Alexandrie.

Un peu plus loin, à quelque 94 km à l’ouest d’Alexandrie, se trouve Marina Al-Alamein où opèrent deux missions égypto-polonaises, dirigées respectivement par Krzysztof Jakubiak de l’Université de Varsovie, et Rafal Czerner. Sur ces sites, les archéologues travaillent à la restaura­tion des maisons, du forum (le mar­ché) et d’un quartier de l’ancienne ville romaine de Marina. Outre leur importance archéologique, ces tra­vaux sont également, d’après Artur Obluski, une bonne occasion pour les jeunes archéologues égyptiens de s’initier au travail de terrain.

Etonnantes découvertes

Les archéologues, eux, de l’équipe dirigée par le professeur Marek Chlodnicki de l’Université de Poznan, ont été surpris de décou­vrir sur le site prédynastique de Tell Al-Farkha, datant de 3600 av. J.-C. dans le gouvernorat de Daqahliya au delta, plusieurs zones consacrées à la fabrication de la bière. La com­munauté locale de Tell Al-Farkha se serait adonnée à cette activité pendant une période. Du moins, c’est ce que révèlent les nombreux bassins de calcaire destinés à recueillir le précieux liquide et qui ont été découverts à plusieurs endroits. « Les bassins étaient entourés de bois afin de faire chauf­fer le liquide pour obtenir la bière », explique Marek Chlodnicki. Sur le même site, les archéologues ont découvert différents types de couteaux dont un en silex habile­ment façonné et enrichi d’un manche. Ces éléments, quant à eux, reflètent une évolution importante des techniques de taille à cette période.

80 ans d’archéologie
Redonner vie aux anciens monuments, l'un des objectifs de la mission polonaise en Egypte.

En Moyenne-Egypte, dans le gouverno­rat du Fayoum, la mission polonaise de l’Université de Delaware travaille en vue de redonner vie à l’ancien monastère de Naqloun datant du IVe siècle. Ce lieu, habité jusqu’aux débuts du XXe siècle, fournissait aux voyageurs chrétiens la nourriture et l’eau. « Pendant les années 1980, lors de nos premières saisons de fouilles, le monastère était presque déserté et peu connu. Mais avec les saisons qui se sont succédé et les restaurations effec­tuées, les jeunes ermites ont commencé à fréquenter à nouveau le monastère », raconte Artur Obluski. Parmi les décou­vertes les plus remarquables faites sur ce lieu, se trouve un ensemble de devises datant des époques islamique, omeyyade, abbasside, et surtout fatimide.

En Haute-Egypte cette fois, le site sacré dédié à Hatchepsout rassemble un nombre conséquent d’archéologues de l’Université de Krakow. La mission qui opère depuis plus de 30 ans a déjà dévoilé plusieurs secrets. Comme la découverte de la figure de Néfrourâ, fille de Hatchepsout, sur l’une des parois du deuxième étage du temple. « Peut-être que la reine voulait donner le trône à sa fille », commente Zbigniew Szafranski, chef de la mission. Les archéo­logues ont également nettoyé et restauré les deuxième et troisième étages. Récemment, ils ont inauguré la salle de la divinité du soleil Rê.

La mission polonaise a également étendu ses recherches jusqu’aux bords de la mer Rouge, à Qosseir plus précisément, où se trouve le port ptolémaïque de Bérénice, épouse de Ptolémée I. Sur ce site, l’équipe d’Ivona Zych de l’Université de Delaware a fait la remarquable découverte du « temple de Lotus » orné de scènes d’offrandes aux motifs floraux. « Ce type d’offrande était apprécié à Hadramout au Yémen, dans l’île des Arabes », reprend le professeur Artur Obluski. La mission a aussi dégagé au temple de Sérapis une stèle gravée au nom d’Amnemhat IV (1797-1787 av. J.-C.) de la XIIe dynastie du Moyen Empire. D’après lui, cette stèle pourrait provenir d’un autre endroit. « Mais qui peut bien connaître son lieu d’origine ? », ajoute-t-il.

Aujourd’hui, les missions polonaises sont présentes aux quatre coins de l’Egypte et couvrent presque toutes les époques histo­riques. Le directeur du Centre polonais d’archéologie méditerranéennes, de la branche du Caire (PCMA), espère établir un chantier islamique après avoir terminé la mission de la mosquée de Qorqomas, de l’époque mamelouke.

Nouveau directeur, nouvelles activités

Le professeur Artur Obluski a été nommé directeur du Centre polonais d’archéologie méditerranéenne, pour la branche du Caire (PCMA). Il est en train de développer plusieurs nouvelles activités, notamment un projet de coopération avec le ministère des Antiquités. Ce projet est nommé KAMMEL (Kazimierz Michalowski Memorial Lectures). Il s’agit d’une série d’expositions qui seront présentées par les archéolo­gues polonais renommés qui ont travaillé au Moyen-Orient. Quatre expositions seront programmées chaque année. « On espère les organiser dans la salle d’Ahmad Kamal pacha au ministère des Antiquités à Zamalek, afin de faciliter la venue du public », explique le professeur Artur Obluski. Le premier invité sera le professeur Gawlikowski, l’un des anciens directeurs du centre qui travaille depuis longtemps sur le site de Palmyre en Syrie.

Le centre organise aussi des chantiers de formation pour les jeunes archéologues pour les entraîner aux fouilles, à l’enregistrement, à la restauration, au net­toyage et à la conservation des pièces. Le directeur veut coopérer avec le syndicat des Guides touristiques pour leur organiser des formations. « Les guides touris­tiques doivent connaître les résultats de nos découvertes pour les expliquer le mieux possible aux touristes », reprend le directeur.

Enfin, le directeur espère ouvrir un nouveau chantier portant sur l’époque islamique, l’unique période histo­rique qui n’est pas traitée par les archéologues du Centre polonais de l’archéologie méditerranéenne.




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