Semaine 13 au 19 octobre 2021 - Numéro 1394
Egypte-FMI : La difficile quête d’un programme acceptable
  Le gouvernement a reporté ses négociations avec le créditeur international pour formuler un nouveau programme de réformes économiques capable de concilier des objectifs opposés. Explications.
difficile
Le Parti Liberté et justice veut reporter les réformes économiques après les législatives, de peur d'une grogne sociale (Photo: Bassam Al-Zoghby)
Salma Hussein20-02-2013

Un groupe d’économistes égyptiens et d’officiels est actuellement en train d’élaborer un nouveau programme de réformes afin de le présenter aux experts du Fonds Monétaire International (FMI). Le nouveau programme renfermera une hausse des taxes ainsi qu’une baisse des subventions. Toutefois, le ministère des Finances a refuséde donner des détails sur le nouveau programme. L’assistant du ministre Hani Qadri a soulignéàun groupe de journalistes que les «fondements »de l’ancien programme restaient les mêmes et qu’il s’agissait de reporter les dates d’application de quelques mesures.

Le dernier programme a étéapprouvépar le FMI fin 2012. Cependant, un accord pour obtenir un prêt de 4,8 milliards de dollars n’a pas étésignéen raison de l’instabilitépolitique dans le pays. Le programme de réformes n’a jamais étérendu public. En décembre 2012, les Egyptiens ont connu quelques-unes de ces mesures quand Morsi a signé(en tant que législateur temporaire remplaçant le Parlement dissous) un décret de loi pour augmenter la taxe sur la vente d’une vingtaine de produits. Une mesure qui a étéattribuée aux exigences du FMI.

Quelques semaines après, la Banque Centrale a abandonnésa politique de soutien de la livre égyptienne, menant àsa dépréciation de plus de 15 %. Les deux mesures ont causéune hausse des prix et une grogne sociale, conduisant le président ànommer un nouveau ministre des Finances et plus tard un nouveau gouverneur de la Banque Centrale.

Réduire le déficit budgétaire

Le changement des responsables ne signifie pourtant pas de nouvelles politiques. Selon Hassan Malek, président de l’Egypt Business Development Association et conseiller informel du président Morsi, le gouvernement a pris des mesures pour réduire le déficit budgétaire et des «mesures plus dures »auront lieu après les élections parlementaires, a-t-il révéléàl’agence Reuters, le lundi 18 février. «La population comprend maintenant qu’il y a un prix à payer pour obtenir le prêt. Nous avons déjà vu une hausse des taxes, nous avons augmenté les prix de quelques produits pétroliers avec en plus la dévaluation de la livre égyptienne », dit Malek, qui pense que la monnaie nationale connaîtra plus de dévaluation. Mais il espère que le gouvernement aboutira àun accord avec le FMI avant les élections législatives.

Plusieurs partis politiques ont refuséle recours àl’endettement auprès du FMI et appellent en revanche àun programme de réformes multipliant l’investissement public, avec un accent sur la justice sociale et la création d’emplois alors que le chômage ne cesse d’accroître (voir chiffre de la semaine, ci-dessous). «FMI ou pas, il devrait y avoir un programme de développement économique pour l’Egypte », souligne Abdel-Fattah Al-Guébali, conseiller au ministère de la Planification. Il plaide pour un programme prenant en considération les Egyptiens les plus démunis qui paieront davantage àcause des «réformes indispensables ».

Plus d’un membre appartenant au groupe d’économistes qui élaborent les nouvelles réformes estiment indispensable la baisse du déficit budgétaire. «Il faut réduire le déficit budgétaire, surtout après toutes les failles des deux dernières années de l’après-révolution », explique Abdallah Chéhata, conseiller du ministre des Finances et responsable du dossier économique au Parti Libertéet justice (islamiste). Chéhata accuse par exemple le gouvernement d’Al-Ganzouri d’embaucher plus d’un demi-million de fonctionnaires, dont des diplômés universitaires en 2006. «Il sera très difficile de réduire ces dépenses publiques. 36 milliards de L.E. ont été dépensées hors budget planifié en 2011-2012 », indique Chéhata.

Si la baisse du déficit public est au menu des réformes, d’autres sujets constituent une pierre d’achoppement dans l’équipe, «comme la réforme fiscale et les subventions », a-t-il ajouté. Selon Chéhata, le programme comporte deux objectifs parallèles : encourager la croissance et réduire le déficit budgétaire. Il n’a pas expliquécomment les réformes permettront de réactiver l’économie.

En ce qui concerne le déficit, l’équipe d’experts discute de la baisse des subventions àl’énergie qui coûtent au budget plus de 100 milliards de L.E. par an. «Les subventions au gasoil (absorbant plus du quart de cette somme) vont être probablement coupées mais pas tout de suite », précise une autre source de l’équipe. «Même le gasoil subventionné destiné au secteur de l’hôtellerie et des restaurants a été remis à plus tard », révèle la source.

Le Parti Libertéet justice au pouvoir, qui vise àreporter les prochaines législatives dans deux mois, craint de prendre des mesures peu populaires avant les élections, car «la population a souffert ces derniers mois », souligne Chéhata. Il ajoute que ceux qui subiront les conséquences de la libéralisation des prix de l’énergie doivent être compensés. «La recherche de plus de ressources à travers les taxes doit aller en parallèle avec la compensation de la population pour ne pas nuire à la croissance. Mais cela ne fait pas encore le consensus entre les différents membres de l’équipe », confie Chéhata. Un autre point de différend est la hausse des taxes sur les revenus et les taxes sur les ventes. «Les ratios de ces taxes sont sur la table des négociations », révèle une autre source de l’équipe qui garde l’anonymat, en notant qu’il ne peut dévoiler plus de détails avant que le programme ne soit finalisé dans quelques jours.

Le temps presse. «L’Egypte espère pouvoir obtenir un total de prêts extérieurs à hauteur de 14 milliards de dollars, mais cette somme dépend de l’accord avec le FMI », a annoncéle ministre de la Planification, Achraf Al-Arabi. Le ministre prévoit un taux de croissance de 3,5 % pour l’exercice qui se termine fin juin 2013. Le second semestre a connu une croissance de 2,4 % seulement.




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