Semaine du 19 au 25 janvier 2022 - Numéro 1407
Gaza cherche une ouverture
  En dépit du blocus, Gaza tente difficilement de se faire une place sur la carte du tourisme régional.
Gaza cherche une ouverture
(Photo : Reuters)
Nourane Chérif10-08-2016

La récente réconciliation entre Israël et la Turquie a donné un certain espoir à la bande de Gaza qui cherche à relancer son secteur touristique en berne depuis des années. Il est prévu, en effet, que la Turquie effectue de grands projets qui vont surtout mettre fin aux coupures d’électricité et d’eau à Gaza, ce qui donnera un coup de pouce au tourisme.

La bande de Gaza dispose d’un véritable gisement patrimonial avec ses demeures anciennes de plusieurs siècles, ses églises, ses mosquées, ses quartiers historiques, son style urbanistique et sa plage au bord de la Méditerranée ; pourtant, le secteur touristique souffre d’une stagnation catastrophique.

La crise a commencé sous l’occupation israélienne et s’est intensifiée surtout après que le Hamas eut pris le contrôle du territoire depuis 2007. Le problème ne se limite pas à l’échelle du tourisme externe, déjà en crise depuis le déclenchement de la deuxième Intifada en Palestine (2000-2005), mais s’étend aussi pour affecter le tourisme interne.

Les autorités israéliennes imposent un blocus terrestre, maritime et aérien sévère à ce petit territoire de 365 km2. Ce qui a isolé Gaza du reste du monde. Depuis 2007, les habitants de Gaza sont pris au piège entre le Hamas et Israël, ils vivent sous un climat d’instabilité politique, économique et sociale à cause des tensions qui éclatent de temps à autre entre le Hamas et les forces d’occupation israéliennes. « Rien ne garantit l’arrêt de ces tensions. Et le secteur du tourisme s’effondre graduellement », affirme Jihad Al-Harazyn, professeur de droit public et de sciences politiques à l’Université d’Al-Qods.

En six années, de 2008 à 2014, les Gazaouis ont connu trois opérations militaires israéliennes. « La dernière Bordure protectrice, qui a débuté le 7 juillet 2014 et a duré 51 jours, a mis fin au secteur du tourisme gazaoui », constate Chaïmaa Mounir, du Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram. « Durant cette guerre, les lieux historiques et l’infrastructure touristique ont été touchés à Gaza. En outre, Israël a empêché leur reconstruction. Le secteur du tourisme a alors enregistré des pertes d’environ 5 millions de dollars », ajoute-t-elle. « Les graves pénuries dans le domaine de l’eau, de l’électricité, de l’alimentation ainsi que les coupures de gaz et le manque de soins de santé aggravent la crise du secteur touristique, précise Mounir. A travers son contrôle de plusieurs points de passage, les forces d’occupation israéliennes empêchent l’entrée et la sortie de la plupart des habitants de la bande de Gaza, seuls ceux qui possèdent un permis de passage peuvent passer. Simultanément au blocus terrestre, Gaza ne possède aucun aéroport ni port maritime ».

Coupée du monde

Du côté égyptien, Rafah, seul point de passage non contrôlé par les Israéliens, est également fermé la plupart du temps « à cause des relations tendues entre l’Egypte et le Hamas », souligne encore Mounir. Ainsi, Gaza est coupée du monde pour une durée indéterminée, ce qui paralyse les flux touristiques.

Réussira-t-elle à relancer son tou­risme ? De nombreux efforts sont déployés mais avec peu de fruits. De jeunes Gazaouis diffusent des vidéos sur Internet en versions mul­tilangues et qui révèlent la richesse patrimoniale et touristique de Gaza, comme moyen d’attirer les tou­ristes. En outre, avec l’aide de l’Unesco, le ministère palestinien du Tourisme et des Antiquités s’ef­force de protéger et de restaurer les lieux touristiques à Gaza. « Mais en réalité, de tels efforts ne pourront pas avoir des conséquences concrètes tant que le blocus per­siste », annonce Al-Harazyn. Selon Mounir, il y a plusieurs facteurs structurels qui doivent être pris en considération, afin de faire sortir le secteur du tourisme de son état de mort clinique. En fait, le secteur du tourisme à Gaza ne démarrera pas s’il n’y a pas de solution politique dans cette région. « Il faut d’abord mettre fin aux divisions politiques interpalestiniennes entre le Hamas et le Fatah, et faire les arrange­ments nécessaires, afin que l’Auto­rité palestinienne exerce un contrôle sur les différents points de passage », conclut Mounir.




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