Semaine du 19 au 25 janvier 2022 - Numéro 1407
Tiran et Sanafir: Le débat sur les îles continue
  Le statut des îles de Tiran et Sanafir, une semaine après la décision du gouvernement de les rétrocéder à l'Arabie saoudite, alimente toujours les discussions. La balle est désormais dans lecamp du parlement.
Le débat sur les îles continue
May Al-Maghrabi20-04-2016

Une semaine après la décision du gouvernement de rétrocéder les îles de Tiran et de Sanafir à l’Arabie saoudite, le statut des deux îles de la mer Rouge continue à alimenter le débat. Tandis que certains appellent à un référendum sur le statut des îles, d’autres ont choisi de manifester, protestant contre ce qu’ils considèrent comme une « concession injustifiée ». Les deux îles avaient été rétrocédées à Riyad en vertu d’un accord de délimitation des frontières maritimes conclu le 9 avril entre les deux pays. Le gouvernement affirme que « ces îles n’étaient pas égyptiennes à la base » et que Riyad avait demandé en 1950 à l’Egypte « d’assurer leur sécurité ». La rétrocession des îles a ouvert un large débat sur les réseaux sociaux.

Sanafir et Tiran contrôlent l’entrée du golfe de Aqaba et donc des ports israélien d’Eilat et jordanien de Aqaba. Une position stratégique qui a poussé certains à se demander si cet accord n’affectera pas le rôle régional de l’Egypte. Cherchant à rassurer l’opinion publique, le président Abdel-Fattah Al-Sissi s’est expliqué le 13 avril devant 107 représentants de partis politiques, syndicats, journalistes et députés. « L’Egypte ne cédera jamais un grain de sable de son territoire. Mais cette terre ne nous appartenait pas et a été rendue à ses propriétaires », a déclaré le chef de l’Etat, affirmant que des négociations « non-déclarées » avaient lieu depuis 8 mois sur la question des îles et ont abouti au fait que celles-ci étaient une propriété saoudiennes. « Même si cela est douloureux, on ne peut pas garder ce qui ne nous appartient pas », a affirmé le président qui a mis en garde contre l’exploitation de cette question pour semer les troubles. « L’affaire est close. Il appartient à présent au parlement de se prononcer sur l’accord ».

Mais ces propos du chef de l’Etat n’ont pas mis fin au débat. Le 15 avril, plusieurs centaines de manifestants sont descendus dans les rues du Caire pour le « vendredi de la terre » afin de protester contre la rétrocession des deux îles. La principale manifestation a eu lieu près du syndicat des Journalistes, au centre-ville, à l’appel de militants de gauche et de libéraux (parti Al-Dostour, le Front patriotique, le mouvement du 6 Avril et les Socialistes révolutionnaires) qui ne s’étaient jamais mobilisés depuis 2014. « Pain, liberté, ces îles sont égyptiennes », « Cette fois-ci, c’est sérieux … On ne cédera pas la terre », ont scandé les manifestants devant le syndicat des Journalistes, réclamant l’annulation de l’accord de délimitation des frontières. « On ne restera pas les bras croisés face à cette concession. Cette décision doit être reconsidérée, ces îles sont depuis 1906 sous la souveraineté de l’Egypte. A cette date, l’Arabie saoudite n’existait pas sur la carte, l’Egypte a mené deux guerres contre Israël et a payé du sang de son armée pour les libérer », s’indigne Khaled Al-Qadi. Al-Qadi, du mouvement du 6 Avril, pense que sa participation au vendredi de la terre est un « devoir patriotique ». Une autre manifestation est prévue le 25 avril, date de la Fête du Sinaï. Par ailleurs, l’avocat Khaled Ali, ancien candidat à la présidence de la République, a intenté un procès devant la justice administrative pour contester la validité de l’accord. Celui-ci doit être examiné le 17 mai.

« Difficile de prouver »

Le débat sur les îles continue
Des manifestants devant le syndicat des Journalistes, réclamant l’annulation de l’accord de délimitation des frontières.

Les Egyptiens restent, malgré tout, très divisés sur la question. Et face à ceux qui manifestent contre l’accord, beaucoup sont ceux qui le défendent n’y voyant que la restitution d’un droit. La conseillère Tahani Al-Guébali, ancienne viceprésident de la Haute Cour constitutionnelle, pense que du point de vue juridique et constitutionnel « il est difficile de prouver que ces îles sont saoudiennes ». « En vertu de l’accord de paix signé entre l’Egypte et Israël, ces îles sont dans la zone C sous le contrôle de l’Egypte. L’Egypte a mené des négociations autour de ces îles sans que le nom de l’Arabie saoudite soit mentionné. Cela signifie que l’Egypte exerçait sa souveraineté sur les îles et ne les administrait pas comme il a été dit. En revanche, les documents sur la possession par l’Arabie saoudite de ces îles doivent être examinés par des spécialistes internationaux des frontières », a affirmé Al-Guébali dans des déclarations aux médias. Hassan Haridi, ancien diplomate, ne voit pas les choses du même oeil. Selon lui, il n’y a pas de raison de « faire des histoire sur les îles ». « Les deux pays ont choisi de résoudre la question des îles de manière pacifique valorisant leurs relations et leurs intérêts communs », pense Haridi. Quant au fait de savoir pourquoi l’Arabie saoudite n’a pas récupéré les îles depuis plus de 60 ans, il souligne que c’était à cause de la guerre dans la région arabe avec Israël. Toujours est-il que la balle est maintenant dans le camp du parlement. « Comme l’a souligné le président lui-même, l’accord doit être soumis au parlement », explique le conseiller Nour Farahat, professeur de droit à l’Université de Zagazig. L’article 151 de la Constitution stipule en effet que le président de la République conclut des accords et des conventions internationaux, mais ne les ratifie qu’après l’approbation du parlement, à l’exception cependant des accords relatifs aux coalitions internationales.

Le parlement a demandé au gouvernement tous les documents qui prouvent la possession des îles par l’Arabie saoudite et en vertu desquels l’accord a été conclu. Selon le député Haissam Al-Hariri du parti Al-Dostour, le parlement organisera une audience à laquelle seront conviés des spécialistes de droit international et maritime, ainsi que des professeurs d’Histoire pour faire le point sur la question. Il affirme que deux scénarios sont possibles. « Le premier est que le parlement approuve l’accord de délimitation des frontières, et dans ce cas, celui-ci sera envoyé au président pour le ratifier et entrera en vigueur. Le second scénario est que le parlement rejette l’accord, et dans ce cas, il sera considéré comme caduc », explique Al-Hariri, qui exclut dans le cas de ce second scénario un incident diplomatique entre Le Caire et Riyad. « Les problèmes frontaliers existent dans tous les pays, et l’Arabie saoudite le sait très bien ». Al-Hariri pense même que si le parlement approuve l’accord il faut organiser un référendum. Le député indépendant, Eid Heikal, pense au contraire qu’un référendum n’est pas nécessaire si le parlement approuve l’accord. « Je voterai pour cet accord qui a été conclu à la lumière des documents incontestables prouvant que les îles ne sont pas égyptiennes », conclut Heikal.




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