Tourisme > Voyages >

La botanique avec Thoutmosis III

Doaa Elham, Mardi, 24 février 2015

Dans le temple de Karnak, Thoutmosis III a dédié une salle à la botanique. Le pharaon y a fait répertorier une grande partie des plantes présentes en Egypte à l’époque. Un DVD permet de se replonger dans le monde de la flore antique.

63 espèces de plantes et 22 espèces de poules, bovins et gazelles sont gravées sur les murs de la salle botanique du temple de Karnak. Erigée par Thoutmosis III (1479-1425 av. J.-C.) de la XVIIIe dynastie, cette salle se situe précisément derrière la salle des festivités et celle des ancêtres.

Ayant mené plusieurs campagnes victorieuses en Syrie et en Palestine, Thoutmosis III ramène avec lui plusieurs espèces de plantes pour les faire cultiver en Egypte. Il crée un jardin botanique vers la 25e année de son règne, selon le texte inscrit sur les murs de la salle botanique. Son objectif était de répertorier toute la flore présente en Egypte, qu’elle soit d’origine locale ou étrangère. Cette flore est dédiée à la divinité Amon.

« Cette salle reste un témoignage important pour les botanistes. Elle répertorie les espèces de plantes, parmi lesquelles certaines ont disparu », explique l’égyptologue Ayman Mansour, directeur de Beit Al-Sennari, la branche de la Bibliotheca Alexandrina au Caire.

La pièce botanique de Karnak n’est pas unique en son genre. Il existe aussi une liste d’arbres, de poissons et de paysages du Pays de Pount au temple d’Hatshepsout à Deir Al-Bahari. Pourtant, la salle botanique de Karnak se distingue par le fait que les espèces végétales ne sont pas l’objet d’une mise en scène : elles en sont les seules protagonistes.

C’est la raison pour laquelle le Centre de documentation du patrimoine culturel et naturel (Cultnat) dépendant de la Bibliotheca Alexandrina y a consacré un DVD fournissant de brèves informations sur chaque espèce répertoriée.

Il est possible de cliquer sur telle ou telle espèce de la salle pour ouvrir une nouvelle page affichant le nom scientifique de la plante, sa description, le lieu de sa culture, ses utilisations passées comme présentes. On peut aussi voir les autres représentations de la plante rencontrées sur d’autres temples ou tombes.

« Le figuier, par exemple, est fréquemment représenté dans les tombes de la Ve dynastie à Saqqara, ainsi qu’à Béni-Hassan à Minya, précise Ayman Mansour, dans les mastabas de Ty, Ptah-Hotep et Iroka-Hotep à Saqqara et dans la tombe de Khnoum-Hotep de la XIIe dynastie à Béni-Hassan ».

Les autres espèces les plus fréquentes sont les laitues, les vignes, le blé et l’orge. Loin d’inclure toutes les espèces de plantes que l’on trouve sur les parois des temples et des tombes, ce DVD interactif reste un bon guide pour faire ses premiers pas dans le monde de la botanique antique.

Chaque plante, son usage

Fleurs, plantes aromatiques, oléagineuses et arbres étaient employés en abondance dans l›Egypte Ancienne. « Les pharaons excellaient dans l’exploitation botanique. Ceci est clair sur les bas-reliefs des temples et des tombes qui illustrent des scènes pectorales nombreuses. On trouve des papyri qui relatent des mixtures médicales », explique Rim Hamdi, botaniste à la faculté des sciences de l’Université du Caire. Coriandre, cumin, basilique ou menthe étaient utilisés pour leurs vertus médicales.

Même chose pour la coloquinte, le ricin, la laitue et l’olive. La coloquinte était connue pour soigner les rhumatismes et purifier l’estomac. Les graines de ricin servaient à produire une huile utilisée pour fortifier les cheveux et éloigner les mouches.

Le henné et le palmier dattier servaient dans l’embaument des corps. Le henné servait aussi à soigner les maladies de peau et à teinter les cheveux, les mains et les pieds.

Quant aux dattes, dont on tirait de l’alcool, elles servait à « purifier les intestins, le ventre et la poitrine vidés du défunt, selon les récits d’Hérode et de Dédore », reprend la botaniste Rim Hamdi.

Lien court: