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Syrie : L’interminable conflit

Maha Salem avec agences, Lundi, 03 décembre 2012

La guerre civile bat son plein alors que l'opposition, comme la communauté internationale, est toujours divisée. L'émissaire de l'Onu envisage le pire évoquant une « urgence absolue » à un cessez-le-feu.

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Les combats entre l’aviation syrienne, l’Armée syrienne libre et différents groupes extrémistes secouent le pays. (Photo: Reuters)

Rien ne progresse en Syrie. Après des coupures Internet et téléphoniques pendant trois jours, le régime de Bachar Al-Assad continue sa lutte contre des rebelles toujours divisés. Les combats entre l’aviation syrienne, l’Armée syrienne libre et différents groupes extrémistes secouent la capitale. Des combats se déroulaient pour la première fois en 20 mois de violence aux abords de l’aéroport international de Damas. Le régime, qui a lancé le 29 novembre une vaste offensive pour reconquérir les vergers qui bordent la capitale, veut à tout prix conserver Damas et sa banlieue pour être en position de négocier une issue au conflit. Face à cette situation, l’émissaire international, Lakhdar Brahimi, a dit redouter que la Syrie ne devienne un Etat en décomposition avec toutes les conséquences désastreuses pour le peuple syrien, pour la région et pour la paix et la sécurité internationales.

Brahimi a laissé entendre que le président syrien devra renoncer en fin de compte au pouvoir. Evoquant « l’urgence absolue » d’un cessez-le-feu dans le pays, il a souligné qu’il devrait être surveillé par une mission d’observation très importante. « Un cessez-le-feu ne pourra pas tenir s’il n’est pas surveillé de manière intensive, ce qui, je crois, nécessitera une mission de maintien de la paix », a-t-il déclaré. Mais le Conseil de sécurité de l’Onu reste divisé sur la crise syrienne. La Russie et la Chine ont rejeté trois résolutions occidentales destinées à faire pression sur Damas et à faire tomber Assad. L’ambassadeur russe à l’Onu, Vitali Tchourkine, a expliqué qu’il « fallait trouver des gens responsables dans les deux camps, capables de mettre de côté leur orgueil pour entamer des négociations. Nous ne disons pas que le président Assad doit être assis à la table des négociations », a déclaré Tchourkine. Une déclaration importante selon les analystes qui estiment que la Russie commence à limiter son soutien au régime syrien.
L’Otan sort ses griffes

Profitant de cette situation, les ministres des Affaires étrangères des pays de l’Otan se réunissent ce mercredi à Bruxelles avec la volonté de démontrer leur solidarité avec la Turquie, où l’alliance s’apprête à déployer des missiles Patriot près de la frontière avec la Syrie. Les alliés devraient sans surprise répondre positivement à la demande d’une protection contre les attaques aériennes, qu’Ankara leur a soumise le 21 novembre. La porte-parole de l’Otan, Oana Lungescu, avait indiqué qu’audelà de cette question, les ministres devraient débattre de l’évolution du conflit syrien, alors que Hillary Clinton a annoncé que les Etats-Unis envisageaient de venir davantage en aide aux rebelles. Mais l’installation de missiles Patriot est très mal perçue par la Russie. Serguei Lavrov, ministre russe des Affaires étrangères, a récemment fait part de l’inquiétude de son pays quant à l’installation de Patriot dans la région. « Plus on accumule d’armes, plus elles risquent d’être utilisées », a-t-il affirmé. Pour le rassurer, l’Otan, comme la Turquie, a fortement insisté sur le caractère « uniquement défensif » de ce déploiement. « Il s’agit d’une mesure de précaution et (ce système) ne sera absolument pas utilisé pour des opérations offensives », a assuré le chef de l’Etat turc, Abdullah Gül. Sur la même ligne, Mme Lungescu a expliqué que la présence de Patriot fera réfléchir « à deux fois quiconque envisage d’attaquer la Turquie ». Ankara a réclamé des batteries antimissiles après la mort de cinq civils dans un village turc, atteint par des obus envoyés depuis la Syrie le 3 octobre. Une fois le feu vert donné à leur déploiement, les modalités seront

finalisées par les trois pays de l’Otan possédant des Patriot, à savoir les Etats-Unis, l’Allemagne et les Pays- Bas. « Les batteries antimissiles devraient ensuite être installées dans les semaines suivantes », a précisé Mme Lungescu. Cette décision a été prise après qu’un groupe d’experts de l’Otan s’est rendu sur les sites susceptibles de les accueillir, à proximité de la frontière turco-syrienne qui s’étend sur plus de 800 km. « Les Amis de la Syrie » au Japon Par ailleurs, le groupe de travail des « Amis du peuple syrien » a appelé vendredi à Tokyo tous les pays à défendre le peuple syrien et à imposer de nouvelles sanctions contre le régime syrien, tout en disant redouter une extension du conflit à toute la région.

A l’issue de cette réunion coprésidée par le Japon et le Maroc, hôte de la prochaine réunion au niveau ministériel, le groupe a, au nom de 63 pays de la Ligue arabe, du Conseil de Coopération du Golfe (CCG) et de l’Union Européenne (UE), diffusé un communiqué s’inquiétant de l’escalade de la violence, d’une extension de la crise à toute la région, ainsi que de la détérioration de la situation humanitaire dans le pays. Selon le document final, le groupe souhaite que la Coalition de l’opposition syrienne prépare une transition rapide, pacifique et sans exclusive. Il appelle également tous les membres du Conseil de sécurité de l’Onu à agir de façon rapide, responsable et déterminée pour accroître la pression sur le régime de Bachar Al-Assad. Concernant les sanctions déjà existantes, le groupe a réitéré son engagement à améliorer leur application et à redoubler de vigilance pour empêcher le régime syrien de les contourner, notamment en cherchant des débouchés alternatifs pour son pétrole. De ce point de vue, le groupe a renouvelé son appel à tous les pays pour qu’ils imposent un embargo sur les produits pétroliers syriens et interdisent les systèmes d’assurance et de réassurance pour les cargaisons de produits pétroliers syriens. Le groupe a lancé un appel similaire concernant les livraisons d’armes à destination de la Syrie. Depuis août 2011, les Etats-Unis ont interdit d’importer des produits pétroliers syriens.

De son côté, l’UE a interdit le 24 septembre suivant tout nouvel investissement dans le secteur pétrolier, ainsi que l’exportation d’équipements à destination de l’industrie gazière et pétrolière syrienne, le 1er décembre 2011.
L’Union européenne a décidé de renouveler pour trois mois ses sanctions contre le régime syrien. Depuis mars 2011, 181 personnes proches du régime de Bachar Al-Assad et 54 sociétés ou administrations ont été placées sur les listes noires de l’UE. Leurs avoirs sont gelés et elles sont frappées d’interdiction de visa.

Le CNS veut un « premier ministre »

Profitant de ce soutien, la Coalition Nationale Syrienne (CNS) a fait un pas vers la nomination d’un premier ministre vendredi 31 novembre après trois jours de réunion au Caire, qui ont permis aux Frères musulmans de renforcer leur emprise sur cette nouvelle instance regroupant une partie de l’opposition à Bachar Al-Assad. Selon les règles internes fixées samedi dernier, le chef du gouvernement de transition que le groupement veut mettre en place pour asseoir sa crédibilité internationale sera élu à une majorité simple de la soixantaine de délégués composant la coalition, où les Frères musulmans et leurs alliés ont plus de 50 % des sièges. Les candidats devront avoir contribué au soulèvement qui a débuté en mars 2011 contre Bachar Al-Assad. Un soulèvement qui a fait 40 000 morts en vingt mois. Ils devront également être exempts de tout soupçon de corruption. L’ancien premier ministre, Riad Hidjab, qui a fait défection en août dernier, paraît le mieux placé pour obtenir ce poste. Soutenu par la Jordanie et les pays du Golfe, il sera probablement choisi avant ou pendant une réunion des Amis de la Syrie midécembre. Un autre candidat possible est Assaad Moustafa, ancien ministre de l’Agriculture sous Hafez Al-Assad, père de l’actuel président décédé en 2000. Le groupe s’est doté d’un nouvel organe exécutif, une « assemblée politique » de onze membres dirigée par l’imam modéré Moaz Al-Khatib,l’actuel président de la coalition, entouré de deux vice-présidents et d’un secrétaire général : l’homme d’affaires Moustafa Sabbagh, soutenu par le Qatar et qui apparaît comme l’un des plus influents responsables du nouveau groupement. Les délégués ne sont pas parvenus à s’entendre pour choisir les onze membres de l’assemblée politique. Au terme de cette réunion, les Frères musulmans ont de facto réuni un bloc majoritaire au sein de la coalition. Les Frères musulmans estiment avoir un rôle éminent à jouer en raison des exactions dont ils ont été victimes depuis le régime de l’ancien président Hafez Al-Assad, dans les années 1980. Les contacts entre coalition et insurgés en Syrie ont été confiés à l’ex-premier ministre Riad Hidjab. Son nom est cité pour le poste de premier ministre de transition mais son passé au parti Baas pourrait lui barrer le chemin. La coalition reste divisée et il est peu probable qu’elle parvienne à faire revenir une quelconque stabilité en Syrie.

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