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Le statut de la femme en débat

Amira Samir, Mardi, 20 janvier 2015

La place de la femme dans les sociétés africaines est l'un des principaux thèmes de la 24e session ordinaire du sommet de l’Union africaine.

Le statut de la femme
Les dirigeants africains devraient discuter les moyens de réduire les inégalités entre l'homme et la femme. (Photos : Reuters)

Quand on dit « une femme africaine », on pense immédiatement à une femme noire affairée à ses multiples occupations: enceinte avec un autre bébé sur le dos, et de petits enfants encore accrochés à ses basques. Ou une femme portant des charges qui dépassent parfois les 30 kilos, et les déplace sur des distances qui peuvent atteindre les 5 kilomètres, pieds nus ou portant de simples sandales. Mais en réalité, les femmes africaines représentent les premiers agents économiques et sociaux du continent noir qui regroupe 53 pays et 13% de la population mondiale.

Certes, il y a quelques tendances qui caractérisent l’Afrique par rapport au reste du monde. Et d’autres tendances qui font la différence entre les différents pays africains. « C’est abusif d’évoquer la place de la femme en Afrique sans autre précision. Parce que l’Afrique n’est pas un bloc. Le statut de la femme diffère en Afrique du Nord et en Afrique subsaharienne, et encore au sein de chaque zone. Il diffère aussi dans les pays musulmans et dans les pays chrétiens », souligne Amena Nassir, membre du Conseil national des femmes.

Dans la culture africaine, il n’existe pas de discrimination selon le sexe, ni à la naissance, ni dans les premières années de la vie. Filles ou garçons sont bien accueillis par la famille africaine. Mais tout change rapidement. Et c’est ici tout le paradoxe du statut de la femme en Afrique. Dans certains pays, quatre filles sur cinq ne sont pas envoyées à l’école. « C’est en Afrique centrale, région qui a été l’une des plus touchées par la guerre, comme en Afrique subsaharienne, que la situation des femmes est la plus difficile. La majorité des petites filles ne sont pas scolarisées. On préfère les mêler aux tâches domestiques comme le ravitaillement en eau, l’entretien du foyer, la préparation des repas … », explique Nassir. Le Centrafrique enregistre l’un des taux de scolarisation des femmes les plus faibles du continent. Par ailleurs, plus des trois quarts des femmes africaines travaillent encore dans le secteur agricole. En Afrique subsaharienne, celles-ci représentent, en effet, plus de 50% de la force de travail dans l’agriculture, mais elles ne sont que 3 à 20% propriétaires des terres agricoles.

« L’autonomisation des femmes », tel est le thème principal du prochain sommet de l’Union Africaine (UA) qui se tient à la fin du mois. Les invités vont donc discuter de la défense des droits de la femme africaine, la scolarisation, leur éducation, pour en faire des acteurs à part entière du développement et de leur propre épanouissement.

Le combat des femmes africaines se situe notamment dans les domaines de l’évolution des relations de genre en Afrique, de l’égalité entre hommes et femmes et de l’accès aux postes de décision, à l’emploi.

En général, les femmes ne parviennent pas à mettre leurs diplômes en valeur. Tandis que les hommes sont toujours prioritaires sur le marché de l’emploi. Ainsi, le chômage et le travail à temps partiel reviennent aux femmes. Or, les femmes africaines sont la première cible des activités de micro-crédit, car elles travaillent dur et remboursent scrupuleusement. Elles exercent certaines activités artisanales (confection de paniers, de tissus...), vendent les aliments qu’elles ont cultivés ou préparés (beignets, plats cuisinés), etc.

Dans bien des pays du continent noir, le taux de fécondité reste encore proche du maximum physiologique. Au Niger, il est de 9 enfants en moyenne. Il s’agit d’un record mondial (avec la Palestine). « Le statut gynécologique de la majorité de ces femmes est fréquemment désastreux à cause de la fréquence des grossesses et le faible encadrement médical. Cela est surtout dû au sous-développement de la majorité des pays du continent noir », précise Nassir.

Dans les pays du Nord et du Sud de l’Afrique, notamment dans les villes, la condition féminine s’est beaucoup améliorée ces dernières décennies. L’éducation, la santé, le travail … Les femmes ont réussi à prendre une place accrue sur le plan économique et à augmenter leur pouvoir social. Et par conséquent, leur rôle politique s’est aussi accru. Par exemple, en Egypte et dans les autres pays nord-africains, la femme a pu accéder à tous les métiers, voire les postes de responsabilité et de direction. Si la condition des femmes s’améliore en Afrique, il reste beaucoup à faire, et ceci reviendra aux participants à cette réunion.

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