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Mohamad Zarea : Le juge ne disposait pas de documents, il ne pouvait qu’acquitter Moubarak

May Atta, Mardi, 02 décembre 2014

Mohamad Zarea, président de l’Organisation arabe pour la réforme pénale, revient sur le procès de l’ancien président Hosni Moubarak.

Réforme pénale
Les familles des victimes ont montré leur colère après le verdict.

Al-ahram hebdo : L’ancien président Hosni Moubarak vient d’être blanchi de toutes les accusations portées contre lui, alors qu’il avait été condamné en 2012 en première instance à 25 ans de prison pour le meurtre des manifestants pendant la révolution du 25 janvier. Comment expliquer, selon vous, cette disparité entre les deux jugements ?

Mohamad Zarea: A mon avis, la situation politique en Egypte a joué un grand rôle dans les deux verdicts. En 2012, la population sentait que les objectifs de la révolution du 25 janvier 2011 n’avaient pas été réalisés. Les Egyptiens vou­laient instaurer la justice, combattre la corruption et punir les responsables qui ont été la raison derrière les conditions difficiles qu’ils ont connues pendant des années, tant au niveau économique que social. Les Egyptiens voulaient aussi punir les responsables qui sont derrière la mort des martyrs de la révolution du 25 janvier. Le premier verdict contre Moubarak répondait à toutes ces aspirations. L’ancien chef de l’Etat a été condamné à 25 ans de prison par la Cour d’as­sises, pour sa responsabilité dans la mort des manifestants de la révolution. La peine de mort était requise contre lui. Aujourd’hui cependant, un an et demi après les manifesta­tions du 30 juin 2013 et 4 ans environ après la révolution du 25 janvier 2011, les choses ont bien changé. Les mauvaises conditions économiques qui ont suivi les deux révolutions du 25 janvier et du 30 juin avec la baisse des investissements, le recul du tourisme, l’augmentation des dettes, la résurgence du terrorisme, les manifestations des Frères musulmans et les événements terroristes dans plusieurs gouvernorats, tous ces événements ont fait que le peuple a commencé à oublier Moubarak.

— Mais est-il possible que la situation politique soit la seule explication de l’innocence de Moubarak ?

— Non bien sûr, le plus important c’est l’absence de docu­ments et de vidéos qui peuvent appuyer les accusations contre Moubarak. Je crois que certains responsables au ministère de l’Intérieur ont tout fait pour que de tels docu­ments appuyant les accusations contre Moubarak ne parvien­nent pas au tribunal, pour éviter qu’il ne soit reconnu cou­pable, lui, son ministre de l’Intérieur ou les responsables de la sécurité. Les vidéos qui prouvaient que les officiers ont joué un rôle dans le meurtre des manifestants ont toutes dis­paru. Etant donné que le juge ne disposait pas de documents, il ne pouvait qu’acquitter Moubarak.

— Mais l’ancien président de la République a été aussi blanchi dans l’affaire de l’exportation du gaz naturel à Israël...

— Là aussi, le juge s’est référé aux documents mis à sa disposition. Je crois que le juge s’est référé aux accords signés entre l’Egypte et Israël, surtout l’accord de paix signé en 1979. En outre, le juge avait aussi devant ses yeux les relations stratégiques entre l’Egypte et les autres pays comme les Etats-Unis, Israël et autres. Le verdict est très sensible dans ce cas et il peut exposer l’Egypte à des pro­blèmes avec ces pays.

— Les familles des martyrs de la révolution du 25 jan­vier sont extrêmement déçus. Y a-t-il pour eux un recours possible ?

— Non, il n’y a plus de recours possible pour les familles des martyrs. Ils peuvent seulement engager un procès pour demander des indemnités.

— Et le Parquet, peut-il engager un recours ?

Réforme pénale
Dans l'autre camp, des scènes de joie et de liesse.

— Le Parquet est dans une mauvaise situation, et sa réputa­tion risque d’en prendre un coup. Le juge a annoncé samedi que le Parquet a classé le procès de Moubarak en mars 2011 avant le verdict de 2012. Cela veut dire que le Parquet a consi­déré que Moubarak était innocent et que le premier procès n’était qu’une mise en scène. Le Parquet a le droit d’annoncer l’innocence d’un accusé et ne pas le transférer devant la Cour. Mais ce que le juge a annoncé est terrible. Le Parquet doit à présent prou­ver qu’il n’a pas participé à une mise en scène avec le ministère de l’Intérieur et l’ancien régime.

— Pensez-vous que les gouvernements qui sont venus après la révolution doivent juger Moubarak et les autres devant un tribunal révolutionnaire ?

— Je ne crois pas, nous n’avons pas besoin de ce genre de procès. Il faut un pouvoir d’Etat pour punir ces gens. Les institutions gouvernementales ont assez de documents qui prouvent la corruption de Moubarak, la privatisation des compagnies publiques à bas prix, la torture dans les prisons, la loi d’urgence et beaucoup de choses qui exposent Moubarak à la prison.

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